Danse
L’éclaboussant Lavagem d’Alice Ripoll, par le collectif brésilien REC

L’éclaboussant Lavagem d’Alice Ripoll, par le collectif brésilien REC

18 octobre 2021 | PAR Orane Auriau

Lavagem, nom que porte cette chorégraphie, signifie « lavage », « nettoyage » en portugais. Six danseurs originaires des favelas de Rio, membres du collectif REC, ont interprété à l’occasion du Festival d’Automne ce spectacle conçu par Alice Ripoll, chorégraphe brésilienne, qui souhaite interroger autour de cette notion de propreté.

Nous avons ainsi assisté à cette performance  lors de la soirée du 16 octobre au théâtre Louis Aragon, à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis). Sans aucun regret. 

 

Un univers riche et travaillé

C’est un spectacle aussi bien de déchaînement que de calme, d’apaisement, purificateur, dans un univers foisonnant d’expressions différentes. Il revêt un caractère presque rituel, sacré au milieu de cette harmonie des corps, dans un décor réduit au strict minimum : une bâche bleue. Il en ressort un aura de puissance et beauté, par ces jeux avec la bâche d’un bleu vibrant, symbolique de l’eau et du lavage. Tantôt les danseurs font corps avec elle, disparaissent sous sa structure, tantôt en font leur terrain de jeu, leur océan. La claquant, la renversant, comme si elle devenait un fleuve secoué par la tempête, qui retrouve ensuite sa tranquillité.
L’utilisation de seaux recrée un quotidien du nettoyage, mais ils servent aussi de caisses de percussion aux rythmes desquels ils dansent, effectuent des portés. Joyeusement brésilien, on ressent le caractère des favelas et de sa culture de la danse, son rythme et ses spécificités. Une chorégraphie qui n’a rien d’innocent, puisque ces quartiers rassemblent une population pauvre, majoritairement non blanche et très souvent employée dans le ménage. Des habitants également soumis aux stéréotypes : celui de corps racisés qui seraient plus « sales », dans une société brésilienne inégalitaire. Une vision qu’Alice Ripoll compte combattre en rendant sa danse à la fois politique et belle. 

 

La polysémie du mot nettoyage

La joie de laver est exprimée par le chant, décrit comme élément culturel, mais aussi représenté comme un objet de tristesse et de sérieux. On est spectateurs du bruit et de la clameur s’élevant du groupe des danseurs qui, ensemble, étendent du linge, moussent l’eau, puis, au fur-et-à-mesure que le temps avance, effectuent une procession semblant viser à purifier un corps, dans le silence. 
Le temps est suspendu, puis saccadé, comme une vie somme toute, faite de cette succession d’évènements qui caractérisent ces étapes de l’existence ; joie intense, deuil, repos, calme, euphorie.
Ils dansent avec cette eau qu’ils répandent sur leurs corps, sur le sol. On salue la difficulté de s’exécuter dans ce type de conditions, sur une bâche transformée en patinoire et avec laquelle ils ne font plus qu’un : ils glissent et dansent, dansent et glissent, rampent. L’eau est un danseur à part entière, le septième membre du groupe qui s’exprime par une chorégraphie : elle se déploie pure sur la bâche, est projetée en gouttelettes, en geysers, en mousse, en explosions.

 

Un spectacle impressionnant et magnifique à voir qui communie autour du lavagem grâce à cette solidarité et cette harmonie des corps qui s’enlacent, se nettoient mutuellement. Une chorégraphie gracieuse et belle, voire sensuelle. 
Leurs corps traduisent finalement une certaine forme de pureté : les danseurs sont quasiment nus, sans artifice, la couleur de leurs maillots évoquant celle de la bâche -bleue-, de la pureté -blanche-, et des sceaux servant au nettoyage -rouges-.

 

Lavagem d’Alice Ripoll © Renato Mangolin

 

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