Danse
Je me souviens de la mémoire de l’eau

Je me souviens de la mémoire de l’eau

18 octobre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Il nous a été donné de découvrir en primeur, à l’Espace Neptune de Donges (la piscine municipale de cette cité proche de Saint-Nazaire), La Mémoire de l’eau, de Nathalie Pernette, qui sera l’un des événements du festival OVNI organisé par Malakoff scène nationale, le Théâtre de Châtillon, le Théâtre de Vanves, en et hors les murs, du 12 au 27 novembre 2021.

Bains-douches

Les Romains, on le sait, raffolaient des thermes. Mais aussi, déjà, des spectacles aquatiques, qui étaient présentés dans les cirques, avec combats d’animaux amphibies, mises en scène inspirées de légendes gréco-latines comme celle de Héro et de Léandre et autres chœurs de Néréides dessinant non seulement des ronds dans l’eau mais également toutes sortes de figures géométriques. Dans son ballet aquatique, la contemporaine Nathalie Pernette a voulu, quant à elle, « convoquer le chant des sirènes, le faux silence des profondeurs, le grondement, rugissement et gazouillis de l’eau ». 

Depuis au moins le début du parlant, le 7e Art a gardé trace de numéros aquatiques en bassins plus ou moins olympiens, sinon olympiques. On a ainsi en tête les effets spéciaux illustrant les quatre éléments dans Sunny Side Up (1929) de David Butler, les séquences sous-marines de Taris, roi de l’eau (1931) de Jean Vigo, la séquence de plongeons en tous sens des Dieux du stade (1938) de la danseuse labanienne et cinéaste hitlérienne Leni Riefenstahl, les numéros d’Esther Williams chorégraphiés par Busby Berkeley dans des films comme Million Dollar Mermaid (1952) de Mervyn LeRoy. Et, plus près de nous, la pièce de Daniel Larrieu, Waterproof (1986), qui usait des caméras immergées de Luc Riolon, et fut immortalisée par ce dernier en vidéo.

Danseuses en nage

Les quatre excellentes interprètes de La Mémoire de l’eau, Léa Darrault, Jessie-Lou Lamy-Chapuis, Claire Malchrowicz et Anita Mauro, ne cherchent à concurrencer ni les champions d’exception ni les adeptes de natation synchronisée. De fait, elles passent quasiment plus de temps hors de l’eau que dans le grand ou le petit bain où elles produisent de jolies corolles d’apparence abstraite. La première partie se déroule en arrière-plan, au fond de la piscine, si l’on peut dire, mais au bord du grand baptistère. Fabienne Desflèches a conçu pour elles de longues robes sombres aux reflets colorés, grisés, « irisés » rappelant les tenues de deuil des femmes de marin et celles des lavandières de Nazaré. Le quatuor évolue tantôt à l’unisson, tantôt deux par deux ou une par trois.

Les suites gestuelles, produites avec aisance et fluidité, coulent de source, soutenues par la B.O. de Franck Gervais, à base de basses continues (ou pas : de contrebasses, violoncelles et violons), d’inserts bruitistes mixés à des boucles néoclassiques aux velléités atonales, de percussions, de plages et ou nappes plus ou moins frénétiques – les frottis et coups d’archets faisant ce qu’il faut leur office. Pernette qualifie son travail de « mouvement sonore », la notion d’onde (et de fréquence) caractérisant  l’eau, la musique, la lumière. Du tango, on passe à la samba, à des moments plus agités. Après un temps morbide, le bassin virant au rouge sang, le grotesque, le comique, le mécanique prend le dessus. Puis la pièce se calme au fil du temps, au cours de l’eau. Se fondent alors, non sans lyrisme, tout en douceur, image et son.

Visuel : La Mémoire de l’eau, chorégraphie de Nathalie Pernette, photo : Mélune.

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Nicolas Villodre

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