Danse

Le ballet de Lorraine danse le son de Cunningham à Chaillot

Le ballet de Lorraine danse le son de Cunningham à Chaillot

16 octobre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival d’Automne fête comme il se doit la naissance il y a tout juste 100 ans du maître américain mort il y a tout juste 10 ans. Dans le cadre de la programmation Hors les murs du Théâtre de la Ville, c’est le beau plateau de Chaillot qui accueille l’excellent ballet de Lorraine pour trois pièces dont… une création.

Entre ces trois pièces se tisse un lien fort : le son. Le programme se compose de deux tubes : Sounddance et Fabrications, et d’une création,  For Four Walls de  Petter Jacobsson et Thomas Caley. Ils sont respectivement chorégraphe et directeur du CCN Ballet de Lorraine et coordinateur de recherche et assistant chorégraphe. Ils ont Cunnigham dans la peau, transmettent son oeuvre comme des passeurs de mémoires vivantes.

For Four Walls est une pièce miroir à tous les sens du terme. Les 24 danseurs du ballet et la pianiste Vanessa Wagner sont au centre d’un dispositif troublant. Plusieurs miroirs multiplient la perception. Il est impossible de savoir combien ils sont ni même de comprendre si l’on regarde la réalité ou son reflet. La musique, arythmique arrive. La partition Four Walls de John Cage a été retrouvée dans les années 1970 par Richard Bunger. Nous n’avons en revanche aucune trace du spectacle jouée une seule fois en 1944 et qui était une création dramatico-chorégraphique sur un texte et une chorégraphie de Merce Cunningham, et une musique pour piano seul de John Cage.

C’est une musique sans fin qui sonne comme une pièce de Steve Reich où toutes les notes sont des doubles temps. Dans la réécriture, la pièce For Four Walls est plus une boite à outils qu’un hommage à Cunnigham. Les grands pliés en seconde et les hanches déviées sont à la fête dans une chorégraphie de l’arrêt. Les gestes sont suspendus et les corps toujours contraints à une raideur qui se transforme en beauté.  Les costumes sèment le trouble entre tenues de ville et de sport au point que l’ambiance est celle de la construction d’un spectacle.  

Ensuite la présence des iconiques Fabrications et Sounddance sont un voyage dans le temps, d’abord 1987 avec Fabrications puis 1975 pour Sounddance. 

Dans les pas, ces deux pièces montre l’espièglerie du chorégraphe qui étire le temps comme les muscles, transforme les pieds plats en aiguille montrant les directions. Dans les deux cas, la musique est une diva qui dicte sa loi de façon aléatoire. Pour Fabrications, Emanuel Dimas de Melo Pimenta et Etienne Caillet créent en live (ils sont présents à Chaillot, en régie). La composition se base sur un système de tirage hérité du Yi Kin. C’est comme un jeu de cartes.  Le nombre de danseurs, le sens de la chorégraphie, ne sont pas prédéterminés. Encore une fois, les interprètes ne s’embarrassent pas du rythme de la musique, la danse est chez Cunnigham indépendante du son.  Fabrications amuse en faisant virevolter les robes et en donnant l’illusion de portés non réalisés. Les bras longent le corps, les jambes s’étirent à contre-sens, les corps sont comme des métronomes. Pour le si célèbre Sounddance, la composition de David Tudor est psychédélique. Les danseurs sont accouchés par un rideau baroque doré et se mettent à danser comme des automates. Le rythme est très intense et les sauts prennent ici de la hauteur. Rien n’est à sa place, tout est déconstruit et les torsions du torse résonnent avec des pieds qui fuient la pointe. De ce tohu-bohu très maîtrisé naît une beauté que peu de chorégraphes, à part Anne Teresa de Keersmaeker peuvent égaler. 

A voir ce soir à 20H30 au Théâtre National de la Danse-Chaillot. Il reste de la place.

Tournée dans le cadre du Festival d’Automne : Théâtre du Beauvaisis – Scène nationale 3 et 4 Décembre.  Théâtre Paul Eluard ( Bezons) le  12 Décembre.

Visuel : Petter Jacobsson et Thomas Caley / Ballet de Lorraine, « For Four Walls » © Laurent Philippe

La modernité sort des cases de la bande dessinée
Women In Motion Podcast: Season 2
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *