Danse

La Russie s’installe au Théâtre du Châtelet

12 juillet 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Pour ouvrir le Festival des étés de la danse de Paris, le Théâtre du Châtelet consacre une soirée entièrement dédiée à Balanchine. Le Ballet de Novossibirsk dirigé par Igor Zelensky depuis 2006 revisite quelques classiques du chorégraphe russe pour le plus grand plaisir des spectateurs parisiens.

Trois volets de l’univers de Balanchine sont livrés, trois ballets aux tonalités différentes et aux couleurs variées. Sérénade ouvre le bal. Un ballet sans histoire, captivant uniquement par la danse, créé en 1934 par le jeune chorégraphe. Lorsqu’il s’installe aux Etats-Unis, Balanchine découvre un pays sans tradition académique, il y transpose sa version des Sylphides, en adaptant le climat lyrique de son pays aux mouvements presque gymniques que lui proposent les jeunes américaines aux corps modernes. Entré au répertoire du Ballet de Novossibirsk en 2008, ce ballet se pare aujourd’hui d’un ineffable mystère.

Ici, pas d’anecdote, seules des émotions sont suggérées, femmes et hommes se rencontrent, se séparent et se retrouvent mais sans aucune dramatisation particulière. Une précision sans faille et un rythme soutenu enchaînent pas de deux, pitrouettes, arabesques, sauts coupés, et autres carpettes. Sur les partitions de Tchaikovski, la grâce et la volupté animent des danseuses-poupées, volant avec légereté et fluidité. Un moment de grâce, céleste, casi divin porté par la mouvance d’oiseaux blancs élèvant l’âme par le seul mouvement de leurs corps.

Après le rêve des Sylphides, les mythes et les dieux investissent la scène. Apollon entouré de ses trois muses s’adonne à une danse de charme et de séduction. Dans Apollon, Stravinsky célebre l’harmonie d’un monde où règnent l’intelligence et la beauté, que les vestiges de l’art grec semblent nous trasmettre en modèle. Au chaos du monde primitif du Sacre du Printemps, aux dissonnances barbares qui, en 1913, scandalisèrent le public du Théâtre des Champs-Elysées, a succédé chez le compositeur une période néo-classique.

Le chef des Muses inspire à chacune d’elle leur art. Caliope reçoit le stylet et le parchemin, personnifiant la poésie. Polymnie, un doigt sur la bouche, figure la pantomine. Enfin, Terpischore, réunissant en elle les rythmes de la poésie et l’éloquence du geste, révèle au monde la danse, et trouve ainsi parmi ces muses la place de l’honneur. C’est elle qui communique à Apollon le désir de danser, en touchant  son doigt de son index, comme Dieu donnat la vie au premier homme. Apollon, en apothéose, conduit alors les trois muses jusqu’au Parnasse dans une danse enchanteresse et féérique.

Pour terminer en beauté, le Ballet de Novossibirsk offre au public du Châtelet un ballet très américain, Who cares? Sur une ambiance jazzy et music-hall, Balanchine s’empare des chansons de Georges Gershwin pour en faire un ballet. Avec pour toile de fond, la silhouette des grattes-ciel de Manhattan, le ballet est construit en deux parties: dans la première, un ensemble de danseurs et danseuses en diverses formations est une sorte de « Raymonda sur la 5ème avenue », tandis que la seconde réunit seulement quatre solistes, come une possible mouture « d’Apollon dans Central Park ».

En rendant hommage à Balanchine, le Ballet de Novossibirsk réaffirme le style du chorégraphe qui parvenait à « transformer directement le son en mouvement ». Le ballet devient alors une visualisation de la musique, la danse épousant la partition et se fondant en elle.

Les étés de la danse de Paris, Théâtre du Châtelet, jusqu’au 24 Juillet 2010 Le Lac des Cygnes, du 13 au 17 Juillet, La Bayardère, du 20 au 24 Juillet.

http://www.lesetesdeladanse.com

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Alienor de Foucaud

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