Danse

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Kaguyahime de Jiri Kylian : sensualité lunaire à l’Opéra Garnier

06 février 2013 | PAR Géraldine Bretault

Après la nomination tapageuse de Benjamin Millepied à la direction du Ballet de l’Opéra de Paris, la vie reprend son cours, et la programmation se poursuit. Place à Kaguyahime, ballet du chorégraphe Jiri Kylian entré au répertoire de l’Opéra en 2010, dans une nouvelle production.

Nous devons à René Sieffert de pouvoir lire le Conte du Coupeur de bambou en français. La princesse lunaire Kagiyahime descend sur terre, et sème le trouble parmi les hommes, par sa beauté et son étrangeté. Le compositeur japonais Maki Ishii en donne une traduction musicale en 1988, en pensant dès la création à la gestation possible d’un ballet. C’est ici qu’intervient Jiri Kylian : le chorégraphe tchèque s’appuie sur la partition très contemporaine d’Ishii pour produire un ballet abstrait. Foin de folklore pesant ici, mais une relecture épurée et sobre, qui sied à merveille aux élans et aux tourments qui traversent le livret. L’intensité servie par la simplicité, soit une variation sur le thème du ma, si cher à Mashii et à la culture japonaise en général : le ma designe la tension qui relie deux êtres, le vide signifiant qui les unit et les sépare à la fois.

Un enjeu très bien restitué par la disposition scénique prévue pour les musiciens : une estrade unit la fosse à la scène, de manière à ce que l’ensemble gagaku puisse jouer dans un espace flottant, intermédiaire. Le volume sonore est puissant, la flûte en bambou ryuteku entêtante. La musique est donc primordiale dans ce ballet, socle à partir duquel le chorégraphe a bâti sa scénographie. Sur scène, le décor peut presque se résumer à quelques accessoires, flamboyants : des cloisons noires, des voiles dorées, quelques pivoines et des chevaux.

Il revient donc aux danseurs d’exprimer leur passion pour Kaguyahime à travers leur corps. On distinguera ce soir la prestation d’Alessio Carbone, très enlevée. Point de Muriel Zusperreguy ni de Jérémie Belingard, déclarés souffrants, remplacés ce jour par Valentine Colasante et Yvon Demol. Restent, dans le rôle titre, la première danseuse Alice Renavand, déjà aguerrie dans ce rôle. Si la sensualité de ses courbes se prête à merveille aux déhanchés et torsions imaginés par Kylian, on peut parfois regretter le manque de conviction de son interprétation. Car le secret pour danser Kaguyahime tient aussi à la réserve que l’on sait imposer pour ne pas verser dans un lyrisme superflu.

Un clin d’œil intéressant : les glissades jambes en avant sont nombreuses dans ce ballet, et on se souvient de Marie-Agnès Gillot s’est déjà distinguée dans ce rôle. Une chorégraphique qui doit lui tenir à cœur, puisqu’on retrouve ses fameuses glissades dans sa dernière pièce, excutées par les hommes pointes au pied…

 

Crédits photographiques © Charles Duprat, Opéra de Paris.

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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