Danse
Le fameux spectacle annuel de l’École de Danse de l’Opéra de Paris

Le fameux spectacle annuel de l’École de Danse de l’Opéra de Paris

16 avril 2022 | PAR Lison Rabot

Dirigée par Élisabeth Platel, l’École de Danse de l’Opéra national de Paris présente son spectacle annuel au Palais Garnier jusqu’au 16 avril. L’occasion pour les jeunes élèves d’y dévoiler l’étendu de leur talent, cette fois-ci en interprétant trois ballets qui sont autant de visions musicales singulières. Tantôt en dialogue avec l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire tantôt avec le piano d’Ellina Akimova, les petits rats nous ont ébloui au cours de cette soirée riche en couleurs et en émotions.

Le récit de la Somnambule

Contrairement aux Démonstrations, qui présentent plutôt les fondations du langage classique sous forme d’exercices, le spectacle annuel est l’occasion pour les élèves d’interpréter des rôles et de révéler leurs singularités. Le premier volet du triptyque proposé lors de cette soirée comblait très justement cette ambition. La Somnambule de George Balanchine raconte l’histoire d’un poète qui fait la cour à une demoiselle lors d’un bal masqué. Sur des airs d’opéra de Bellini arrangés par Vittorio Rieti, le ballet s’ouvre sur une danse de cour, qui laisse apprécier la rigoureuse orchestration des jeunes danseurs tous somptueusement costumés. Après que les invités se soient livrés à une série de divertissements, mettant en scène un arlequin aussi drôle que ravissant par ses bonds exceptionnels, ils s’en vont souper avec la demoiselle, laissant le poète seul. Quelques instants suffisent avant qu’apparaisse une mystérieuse somnambule dont il tombe éperdument sous le charme. Le regard vide, son emblématique bougie à la main, la jeune danseuse toute en pointe semble voler. Envoûté tout comme le public par cette pantomime, le poète tentera en vain de la réveiller. Surpris par la demoiselle jalouse, il est tué avant que son corps ne s’élève dans les bras de sa somnambule bien aimée. Accompagné de l’orchestre des Lauréats du Conservatoire, dirigé par Yannis Pouspourikas, ce ballet narratif offre à voir le talent théâtral des élèves de l’école de Danse, tout aussi bien que leur maîtrise de l’espace scénique lors d’une Polonaise millimétrée. 

Une superbe démonstration de Variations 

Pour ce second volet, l’Orchestre quitte la fosse pour laisser la musique entre les doigts agiles d’Ellina Akimova. Un décor simple, comme le souhaitait sa créatrice Violette Verdy, recueille le dialogue poétique entre les danseurs et les partitions de Johannes Brahms, dialogue intime et coloré du ballet Variations. Si l’on n’y retrouve pas la trame narrative de La Somnambule, une diversité de verbes, de maximes, de poèmes et d’émotions contenus dans les brèves Variations de Brahms forment un ensemble expressif. Les danseurs en duo, trio et quatuor s’élancent tour à tour sur scène pour rendre un magnifique hommage à la chorégraphe et ancienne directrice du Ballet de l’Opéra de Paris,  

Finir en émotion avec une Symphonie de Guerre 

Après une courte entracte, durant laquelle les jeunes enfants s’appliquent à tournoyer dans les galeries de l’Opéra, le spectacle reprend avec toujours plus de sensations. On retrouve l’Orchestre et cette attention à l’espace du premier volet, mais cette fois-ci pour y instaurer un contexte de guerre propre à la Symphonie en trois mouvements de Nils Christe, inspiré de la partition d’Igor Stravinsky créé en 1946. Tous de noirs vêtus, les jeunes danseurs expriment les tourments de la guerre en une chorégraphie plus abstraite qu’auparavant. Une pièce à la fois dynamique et sensible, décrivant des scènes de conflit opposant les danseurs, les femmes et les hommes, les civils et les soldats, les morts et les vivants. Cette création, datant de 1983 ne perd visiblement pas en intensité au fil des années, d’une part par l’exigence et la puissance dramatique de la partition de Stravinsky, d’autre part parce que l’univers grave de la guerre est, bien malheureusement, saisissable par toutes les générations. 

 

Visuel : © La Somnambule (Saison 21/22) Opéra National de Paris 

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Lison Rabot

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