Danse

Les Eurockéennes et Viadanse, militants chorégraphiques sur une presqu’île

Les Eurockéennes et Viadanse, militants chorégraphiques sur une presqu’île

18 juin 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Mouvements, c’est le joli nom du projet partagé entre le festival de rock et Viadanse, le Centre Chorégraphique National de Bourgogne-Franche-Comté à Belfort. Aujourd’hui s’ouvrait le premier jour de ces « interstices chorégraphiques », dans une ambiance bucolique.

Du 18 juin au 8 juillet, la presqu’île du Malsaucy se transforme. Jusqu’au 4, elle est en phase de construction, et se prépare à accueillir tout l’arsenal des Eurockéennes de Belfort : scènes, bars, boutiques, toilettes et même… une grande roue. Car cette année, le mot d’ordre, c’est le mouvement. « Au moment où on réfléchit à un anniversaire, en général on va dire qu’on est relativement happé par le côté « dans le rétroviseur » » nous confie Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes, « et c’est ce que je voulais absolument éviter, ça c’est la première chose ! La deuxième chose, c’est que  si anniversaire il y avait, il fallait qu’il touche un peu les parties prenantes du festival, voire même les échos en dehors. Je considérais qu’un festival qui a 30 ans, si on dit qu’il est vraiment une institution et ce, en dehors de son territoire, il faut qu’il arrive à prouver autre chose que durant les 3-4 jours pendant lesquels il se passe. Après je suis un fan de danse… »

De la danse dans un festival de rock donc. Oui, mais sous quelle forme ?
Pour Eric Lamoureux, le défi est jubilatoire. Il co-dirige actuellement le CCN de Bourgogne-Franche-Comté aux cotés de Héla Fattoumi avec qui il collabore depuis trente ans. « Il fallait penser un projet pour les 30 ans, pour ce festival qui évolue tout le temps. L’enjeu était d’inscrire le mouvement symboliquement dans une date anniversaire »
Alors, sur une idée du directeur des Eurockéennes, Mouvements est né. Et Mouvements est appelé à devenir un outil chorégraphique viral. Pour le moment, silence, ça tourne ! Et il ne faudrait pas empiéter sur les clapotis de l’eau des lacs qui entourent la presqu’île sublime où croassent gentiment les reinettes, ni sur les flâneurs qui profitent déjà de la plage ( oui, la plage).
Derrière la camera, on croise le regard décidé de Nicolas Habas qui revient ici à ses premières amours, lui qui en 1998 débutait sa carrière par une vidéo de danse. « Mon approche c’est de partir du lieu ».
Ce lieu, Jean-Paul Roland nous le décrit comme « notre point d’identification ». Il ajoute :« est-ce que l’on peut dire de ce territoire-là qu’il est inspirant ? Si il est inspirant, peut-être qu’on peut imaginer que des gens, des artistes, viennent avoir une sorte d’énergie qui serait diffusée par ce festival. Et donc je me suis dit, la danse, ça serait idéal. »

Montrer la danse
Pendant le festival, les films tournés par Nicolas Habas seront diffusés sur les écrans dédiés aux concerts, avant et après ceux-ci. Ces Interstices vont créer « un esprit qui traverse le festival ». Le réalisateur doit donc tourner chaque jour avec un chorégraphe-interprète différent. Au moment où nous le rencontrons, il filme Julien Gallée-Ferré, qui représente le CCN d’Orléans. Le danseur est long, son geste est contraint. Il est sur un ponton, prêt à tomber à l’eau. La mort ou la naissance d’un cygne selon ce que votre imaginaire vous dictera. L’image est dingue. Pas de musique, et un homme seul qui semble être happé par la houle, qui chute, avec en toile de fond, des petits voiliers roses.
L’idée brillante de Mouvements est de danser pour montrer des lieux que les spectateurs ne connaissent pas à leur état brut. Une « traversée du site en évolution, voir le festival se créer »
La première étape est claire pour le réalisateur : « On se promène ». Chaque jour l’artiste et lui cherchent l’endroit clé. Pour Julien Gallée-Ferré : « Ce qui est agréable c’est de s’appuyer sur l’espace extérieur, on avait repéré hier, on avait très envie de ce ponton ( rires) »
Il y a cette envie de montrer le lieu en train de se faire, de partir d’une terre vide pour arriver à une zone pleine.
Ces films seront donc des trois minutes, diffusés sur Arte Concert, mais également un 18 minutes, comme un best-of.

Montrer toutes les danses
Dans leurs travaux, Fattoumi et Lamoureux ont toujours cherché à décloisonner. Ils invitent souvent Peter von Poehl à jouer en live pendant leurs spectacles. Le chorégraphe nous raconte ses points clés pour Mouvements : « Nous voulions échapper à toute chapelle, nous voulions du transgénérationnel », il ajoute « nous voulions des danseurs-chorégraphes ».
La programmation répond exactement à son désir. Elle croise des artistes issus de territoires proches comme le CCN Ballet du Rhin, le CCN Ballet de Lorraine, Marie-Caroline Hominal avec des chorégraphes venus d’autres zones : Jann Gallois, Tatiana Julien, Volmir Cordeiro…
Les esthétiques sont, cette liste le prouve d’elle-même, le reflet de la vivacité de la danse actuelle. Diversité de mouvements, de pratiques et d’objectifs.

Mouvements futurs
Jean-Paul Roland pense déjà l’après 8 juillet : Notre grande réussite, ça va être que finalement, les 30 ans des Eurockéennes ont permis de mettre en lumière des actes chorégraphiques, on va appeler ça des « interstices », avec de la vidéo, donc un regard formel sur ça, et qui va quand même rester, puisque ça ne sera pas éphémère…et donc on a appelé ça « Mouvements », et « Mouvements  » est devenu finalement le symbole de la façon dont on a abordé le trentième…La Grande Roue, les spectacles pyrotechniques, bien sûr les mouvements de foule, et la patrouille de France…mais je dois vous dire que les premiers qui m’ont inspiré ça, c’est (La) Horde. Ce sont les premiers que j’ai contacté. Ils ont refusé au départ parce qu’ils ne voulaient pas se plier à notre cahier des charges qui était que le même réalisateur réalise toutes les vidéos…Néanmoins, je les ai rencontrés et ils m’ont dit « on a trop envie d’aller aux Eurockéennes », donc ils viennent.. capter des mouvements de foule qui vont leur servir pour la prochaine Biennale de Lyon. Et c’est avec ces matériaux-là qu’ils vont faire leur spectacle.
Eric Lamoureux espère : « Cette collection pourra voyager, je le souhaite, les Centres Chorégraphiques Nationaux auront peut-être envie de la montrer »

Mouvements déborde des Eurockéennes et permet d’offrir en vidéo un panel complet de ce que danser veut dire en 2018.

A voir en ligne, bientôt, et surtout, pendant les Eurockéennes, du 5 au 8 juillet.

Visuel : ©Amélie Blaustein Niddam

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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