Danse

« Oscyl » danse avec ses sculptures anthopomorphiques au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes

« Oscyl » danse avec ses sculptures anthopomorphiques au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes

23 septembre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Héla Fattoumi, Eric Lamoureux et leurs danseurs présentaient cette année au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes leur création Oscyl, spectacle de danse ambitionnant de permettre la rencontre entre deux présences, celle des 7 danseurs et celle des 7 « oscyls », sculptures anthropomorphiques sur lesquelles la chorégraphie vient s’appuyer. Très réussi en tant que spectacle de danse, Oscyl manque à atteindre une dimension marionnettique faute pour les « oscyls » d’être investis d’une vraie anima.

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Sur scène, au début du spectacle, seul et centré, un « oscyl », sculpture quasi anthropomorphique à échelle humaine, aux contours doux et élégants, sur sa base sphérique qui lui autorise les mouvements d’oscillation qui lui donnent son nom. Insensiblement, il se met en mouvement par des mécanismes invisibles. Il s’incline, comme pour saluer le public. Le mouvement lui donne vie. L’isolement lui confère une vraie densité dramatique et marionnettique. On se dit que l’on va assister à un spectacle très singulier, réellement marionnetique, où les objets inanimés vont être habités d’une présence, qui n’est pas le simple mouvement mais l’invocation d’un ensorcellement, quand le public consent à voir une chose non-vivante comme un être et non comme un objet.

Côté danse, la chorégraphie est très belle, et utilise efficacement les agrès que constituent les « oscyls » pour offrir des possibilités corporelles nouvelles aux danseurs, dans leurs postures et dans leurs mouvements. Soli et figures de groupe s’enchaînent harmonieusement, dans un crescendo efficace qui finit par occuper tout le plateau, dans des explosions d’énergie réjouissantes: humains et « oscyls » sont parfois en symbiose, parfois en opposition, parfois même dans un rapport quasiment érotique, mais toujours il se passe quelque chose de lisible, et toujours l’exécution se montre efficace.

Malheureusement, l’entrée en scène des danseurs dissipe en revanche le sortillège de la marionnette. La présence en scène des partenaires humains des « oscyls » change le focus et la signification du mouvement des objets oscillants. Le mouvement des sculptures se vide de sa signification marionnettique, dans les rapports que les « oscyls » ont au corps des danseurs, car l’impulsion ne semblera plus jamais venir des premiers, ni dans les phases de contact, ni même dans les situations où ils sont mis en oscillation ou rotation et abandonnés quelques instants à leurs propres évolutions. Cela reste très beau, mais la mystique marionnettique s’absente de la scène, et n’aura donc guère qu’esquissé un entrechat avant de s’éclipser dans la coulisse…

La mise en scène et en lumière est belle et efficace, bien qu’un peu froide, à l’image d’ailleurs de la musique très moderne, dont le beat très techno manque parfois de rondeur. C’est globalement précis et dynamique, rarement sinon jamais gênant, et la sortie des danseurs qui abandonnent leurs « oscyls » pour se transformer en ombres est une belle trouvaille visuelle.

Si on prend ce spectacle comme un spectacle de danse contemporaine, explorant le rapport à une altérité, qui est ici celle du corps vivant du danseur qui joue avec le corps inerte mais facilement mobile d’un objet anthropomorphique, c’est globalement très bon, même si la précision de la danse eclipse parfois l’émotion, malgré l’immense talent et la considérable énergie des interprètes. Si on prend ce spectacle comme un spectacle – au moins en partie – marionnettique, en revanche, on ne trouve pas son compte.

Les représentations au FMTM 2017 sont finies, mais Oscyl bénéficie de nombreuses dates pour les mois qui viennent, notamment en ouverture de saison de VIADANSE le 4 octobre à 19h30.

CHORÉGRAPHIE Héla Fattoumi, Éric Lamoureux
AVEC Sarath Amarasingam, Jim Couturier, Robin Lamothe, Bastien Lefèvre OU Matthieu Coulon (EN ALTERNANCE), Johanna Mandonnet, Clémentine Maubon, Angela Vanoni
PLASTICIEN, SCÉNOGRAPHE Stéphane Pauvret
LUMIÈRES Éric Wurtz
COSTUMES Gwendoline Bouget
CONSTRUCTION DES OSCYLS Cyril Cornillier
MUSIQUE Éric Lamoureux
ASSISTÉ DE Jean-Noël Françoise
COLLABORATION ARTISTIQUE Valentine Paley (DANS LE CADRE DU DISPOSITIF RELÈVE CHORÉGRAPHIQUE / PRO HELVETIA)
Visuels: (c) Laurent Philippe

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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