Danse
Chaignaud, Bengolea, Forsythe, le post classicisme s’empare du Ballet de Lorraine

Chaignaud, Bengolea, Forsythe, le post classicisme s’empare du Ballet de Lorraine

13 mai 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour encore deux soirs, l’Opéra de Nancy accueille le CCN-Ballet de Lorraine pour LIVEXPERIENCE. L’objectif, qui intervient dans le cadre de l’anniversaire des trente ans des CCN, est de se faire rencontrer des temps de la danse qui résonnent et s’installent dans une évidente filiation. Entre Forsyhte et Chaignaud/Bengolea, la longue ligne est tracée jusqu’aux pointes.

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Le programme ouvre sur le sensuel et somptueux Steptext (1985). Dans ce pur chef d’œuvre les grands écarts se font à la verticale, les bras s’étirent, les courbes sont lignes. La signature de Forsythe qui livrera son climax en 1990 avec Limb’s theorem (qui ouvrait d’ailleurs le dernier Festival d’Automne), est là. Une figure déjà mécanique, quasi industrielle, mais sans perdre de vue le beau absolu. Les interprètes sont dans une force douce où le désir est lisible dans les corps. La « Partita No 2 BWV10004 in D minor, Chaconne » de Bach est hachée menue, elle devient halètement suspensif qui surprend le spectateur. Les danseurs, Jonathan Archambault, Fabio Dolce, Nina Khokham et Yoann Rifosa n’ont pas le droit à l’erreur. La concentration est ici la clé de la réussite dans ce quatuor où les corps sont contraints dans une redéfinition des codes de la danse classique.

Cela semble être le fil conducteur de la soirée. Après Steptext, Pauline Colemard et Marion Rastouil entrent en scène pour danser Duo (1996) à l’occasion de son entrée au répertoire du CCN-Ballet de Lorraine. Ici, on est quasiment dans du sur place où le sol est un espace de jeu passionnant. Avec la régularité d’une horloge les danseuses (ou les danseurs selon les soirs) offrent une symétrie mathématique qui bientôt prendra en liberté. Ce qui passionne dans ce Duo porté par l’aridité de la musique de Thom Willems c’est la difficulté avec laquelle les interprètes doivent interagir sans se toucher et sans se regarder. Il y a quelques imperfections dans la transmission de cette rigueur mais les obsessions de Forsythe restent intactes.

A la suite de ce programme de reprises, la création du duo composé de François Chaignaud et Cécilia Bengolea semble une évidence. Neuf ballerines en justaucorps vert arrivent sur scène sur pointe. Les filles avancent comme dans Dub Love où Cécilia Bengolea venait tourner sur elle-même, comme une figurine sur une boîte à musique. Le travail est là dans l’alignement parfait créateur d’équilibre. La ligne se fera en apparence classique, l’illusion est donnée par les pointes mais très vite la folie et la déstructuration arrive, dans le halo de lumière qui balaye le plateau. Tenir bon devient une lutte violente et douloureuse où les bras tempèrent des chutes possibles. Les ballerines pour enfant se lâchent, elles twerkent, déhanchent et désaxent. Leurs corps peints à la façon des Danses Libres, leurs yeux ornés de faux cils papillons. Elles deviennent icones folles sans jamais sortir vraiment du cadre que leur impose le mécanisme de leur boite. Leur droit est d’aller venir dans des lignes définis qui croisent et décroisent le plateau. Les spins (tourbillons) viennent casser les cordes raides dans les voix entêtantes du chœur qui chante Another Look at Harmony Part IV.

De Forsythe à Bengolea-Chaignaud, la danse s’appuie sur la musique contemporaine et vient repenser la définition même du ballet.

Visuels : ©Arno Paul

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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