Danse
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Don Quichotte selon Noureev : le folklore russe sous la flamme ibère

17 novembre 2012 | PAR Géraldine Bretault

Après La Bayadère la saison passée, c’est au tour du Don Quichotte de Noureev de revenir cette année sur les planches de l’Opéra Bastille, dans la production de 2002. Entre l’inspiration initiale de Petipa, la musique offerte à la danse de Minkus et le remaniement réussi de Noureev, Don Quichotte est sans doute un des plus beaux ballets du répertoire classique pour ce qui est des tableaux de groupe. Nous étions à la première.

De l’œuvre de Cervantès, Petipa avait fait resurgir les personnages de Kitri et de Basile, dont les amours contrariées constituent le noyau de l’argument.Si Noureev avait interprété le rôle de Basile au Kirov (actuel Théâtre Marinski), il remaniera subtilement le prologue pour resituer le caractère littéraire et onirique de la pièce : c’est parce que Don Quichotte a assez d’imagination pour bâtir des châteaux en Espagne, qu’il part à la recherche de sa Dulcinée, laquelle prendra bientôt les traits de Kitri.

Drôle d’Espagne que celle qui nous est dépeinte ici, entre architecture mauresque, toréadors et danseuses aux castagnettes…. et des danseuses qui lèvent la jambe comme dans du cancan ou jettent leur verre au-dessus la tête ! Noureev embrasse la partition de Minkus et trouve un rôle à tous les membres du corps du ballet, comme il lui tenait à cœur. Rarement a-t-on l’occasion de voir des scènes de groupe si animées et vivantes dans un ballet classique. Ainsi, l’acte I – La grande place à Barcelone – est un trésor d’inventivité, un régal de tous les instants, entre les pas de deux virtuoses offerts aux rôles titres, Sancho Pança qui se soule à vue d’œil, un vendeur d’éventails par-ci, un étal de pastèques par-là, ou encore de jeunes hommes en habit de lumière qui esquissent de gracieuses faenas.

Naturellement, l’interprétation est capitale pour que ressorte l’intrigue. Ludmila Pagliero s’illustre par sa maîtrise technique dans un rôle exigeant, maniant aussi bien l’éventail que les castagnettes, altière et mutine à la fois. Karl Paquette, sans être irréprochable techniquement, se tire avec mérite des variations imaginées par Noureev et sert avec générosité sa partenaire. Quant à Stéphane Phavorin, il campe à merveille le ridicule de Gamache, prétendant de Kitri adoubé par son père, dans un rôle qui lui sied comme un gant.

Peut-être nostalgique des grandes productions du Kirov, Noureev a même ajouté une scène à l’acte II de Petipa : le campement des gitans est un autre morceau picaresque, qui s’inscrit en contrepoint de la rêverie de Don Quichotte qui lui succède. Celle-ci sera l’occasion de brosser un pur tableau classique en tutus, rompant avec le faste baroque des costumes, qui déclinent mantilles, brocart, velours et sequins.

Un ballet à (re)découvrir, ne serait-ce que pour la part belle faite aux rôles masculins, qui ne sont plus chez Noureev de simples faire-valoir pour des ballerines esseulées. Et comme il eut été dommage, en effet, que ces messieurs continuent de danser en culotte bouffante, devant tant de virtuosité si chèrement acquise – sûrement pas la moindre des contributions de Noureev à son art…

 

Crédits photographiques : Don Quichotte © Julien Benhamou / Opéra national de Paris

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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