Opéra
Don Quichotte sous le signe du songe à Saint-Etienne

Don Quichotte sous le signe du songe à Saint-Etienne

07 février 2020 | PAR Gilles Charlassier

L’opéra de Saint-Etienne présente une nouvelle production du Don Quichotte de Massenet dans une mise en scène onirique de Louis Désiré, sous la direction de Jacques Lacombe. Le rôle-titre est remarquablement incarné par Vincent Le Texier.

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Si l’Opéra de Saint-Etienne a pendant près de deux décennies programmé une biennale en l’honneur de Massenet, enfant du pays, le compositeur français n’est pas pour autant négligé, après l’évolution des choix de programmation par Eric Blanc de la Naulte. En collaboration avec Tours, où le spectacle sera donné le mois prochain avec une distribution et un chef différents, l’institution stéphanoise présente une nouvelle production du Don Quichotte de Massenet, confiée à Louis Désiré. Réalisés par les ateliers de la maison, les décors et costumes imaginés par Diego Mendez-Casariego plongent le spectateur dans une atmosphère onirique et décantée, habillée ça et là de projections vidéos conçues par Blai Tomas Bracquart. Avec une économie d’accessoires, le plateau, qui s’ordonne autour du baldaquin en fer forgé de l’hidalgo, que l’on déplace au gré des saynètes, façonne des tableaux sculpturaux, dont les contours sont rehaussés par les lumières évocatrices de Patrick Méeüs. Une statuette de bronze au style évoquant peut-être vaguement Giacometti fonctionne comme un double miniature du chevalier que l’on promène au fil des séquences, dans une esthétique qui emprunte au théâtre de marionnettes. Au diapason d’une scénographie au confins de l’abstraction poétique, la sincérité du jeu d’acteurs oppose efficacement les élucubrations de Don Quichotte à la trivialité du monde qui l’entoure.

Dans le rôle-titre, Vincent Le Texier impressionne par une incarnation investie. Si l’on avait parfois décelé quelque fatigue relative dans des apparitions récentes, la plénitude de la maturité des moyens résonne ici à la mesure d’un personnage complexe, dont il fait vivre l’évolution des fantaisies jusqu’à la touchante désillusion à l’heure du grabat. Marc Barrard détaille la gouaille gourmande de Sancho Pança, sans cependant se laisser piéger dans le stéréotype. La rondeur de l’émission affirme une bonhomie bienveillante, au chevet de l’imagination indocile de son maître. En Dulcinée, Lucie Roche fait montre d’une appréciable homogénéité, qu’elle sait à l’occasion creuser pour accentuer le relief, et parfois les minauderies, de sa coquetterie, au milieu de comparses plus unilatéralement moqueurs envers les extravagances de l’hidalgo. Le Pedro de Julie Mossay s’apparie avec le Garcias de Violette Polchi, le Juan de Frédéric Corneille et le Rodriguez de Camille Tresmontant, équilibrant les ressources comiques et l’intégrité de la voix. Les répliques parlées du chef des bandits reviennent à Philippe Lebas.

Préparés par Laurent Touche, les choeurs ne manquent pas à leur office. Sous la baguette de Jacques Lacombe, l’Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire fait vivre la vitalité expressive d’une partition qui mériterait plus souvent les honneurs de la scène. A cet égard, on saluera l’initiative de l’Opéra de Saint-Etienne, qui plus est dans une production de belle tenue.

Gilles Charlassier

Don Quichotte, Massenet, mise en scène : Louis Désiré, Opéra de Saint-Etienne, février 2020

©Opéra de Saint-Etienne

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