Théâtre

Le festival Trente-Trente enchante la MECA

Le festival Trente-Trente enchante la MECA

08 février 2020 | PAR Eriksen

Trente-Trente (rencontres de la forme courte en Nouvelle Aquitaine) fait escale en ce jeudi 30 janvier à la MECA, la MAISON de l’ECONOMIE CREATIVE en nouvelle AQUITAINE, bâtiment aux allures de Grande Arche, inaugurée en juin 19 en bordure de Garonne. Quatre spectacles en sortie de résidence nous ont été présentés : quatre univers différents du spectacle vivant, touchant au cirque, à la danse et au cinéma.

Le bâtiment fait partie du spectacle, surtout pour une première collaboration de 30-30 avec la MECA. Celle-ci héberge, entre autres agences culturelles, l’OARA (Office Artistique de la région Nouvelle-Aquitaine). Selon Jean-Luc Terrade organisateur de Trente-Trente, l’OARA a permis d’excellentes conditions de résidence aux artistes – c’est sans doute cela, l’Economie Créative. Puisse la Création s’y élever à la hauteur du bâtiment grandiose,… et agrémenter de nature et d’humanité un lieu désuètement futuriste et encore un peu froid.

L.A. Los Angeles, Hollywood… A L’écran des chromos superposés de piscines ensoleillées, de palmiers-feux d’artifice et de nuits allumées. Les couleurs sont bâtardes et les contours dégradés en estompent les limites. Dos à nous et face à l’écran, assis dans un fauteuil de cinéma, un homme décrit une errance en quatrième vitesse sans rien raconter. Des lieux, des choses, des hommes parfois, mais comme des choses, sans raisons et sans buts. Les arbres défilent, la voiture s’arrête, un coup de feu part, L.A. scintille, … un trip hyperconscient du sensible mais autiste. L’homme traverse le monde dans une bulle, n’y comprenant rien mais n’en n’ayant cure. Parfois une étincelle, quand le féminin émerge à sa conscience – en général une femme fatale fumant – on sent alors bouillonner en lui pour un instant le loup de tex Avery. Même si on ne connait pas les films desquels ces images mentales sont tirées (Blue Velvet, Chinatown etc), ce n’est nullement un handicap pour apprécier la performance et entrer dans le trip sous acides de cet homme, et cette traversée d’une une nuit chaude à l’arrière d’une berline, sur fond de Rock psychédélique. Son point de vue sans point de vue efface de l’immédiateté tout ce qu’il sait, ouvrant sur un regard sans avis ni jugement. Une forme de pureté enfantine. Avec son tee-shirt orange, sa veste molle et sa casquette de baseball, l’homme semble un adulescent fasciné, refaisant pour la nième fois son trip filmique de L.A., ville à l’ouest, face au mur Pacifique, bout du chemin de ceux qui courent après le soleil et les anges, territoire d’expérience de l’absolu en tout, et en particulier en soi. La gêne, qui finalement se dégagent de ces trips et de ses tripes, est la grande force de cette performance.

Je pars demain. Un mat chinois tenu par des 4 filins obliques donne à la scène un air de squelette de parapluie. Un homme fait voguer un bateau en papier sur son coude. Il rêve. La scène devient la mer, il monte au mat, regarde au loin, chute, s’accroche au mat, recommence… il monte comme un chat mais les chutes sont lourdes et les accrochages crispés. Les déséquilibres inquiètent. Il joue sur la crainte que l’on a qu’il se blesse. Heureusement la base du mat amortit les chocs. La rambarde en forme d’étrave sert de paravent, tout comme le scénario-prétexte masque une technique encore perfectible… Il semble au service d’elle, alors qu’on attendrait l’inverse.

La soirée se poursuit par Le jour de la nuit, un spectacle polysémique sur fond douloureux. Au sol à droite un rectangle délimité par des bandes blanches, dans lequel pendent de grands tissus noirs, contrastant avec l’horizontalité du reste de la scène. Deux mondes séparés par une frontière blanche. A gauche un homme-orchestre (basse, guitare, percussion) enregistre des boucles de rumba congolaise. Au centre un homme noir s’avance. Parfois libres et parfois bridés, ses gestes souples et précis entretiennent avec la musique un rapport changeant, d’abord provoqués par elle, ils semblent ensuite la générer. L’éclairage zénithal lui donne des airs de totem et quelque chose suggère l’âme des anciens. Plus tard le musicien cesse de jouer et intervient, comme pour amener l’homme à accomplir une sorte de rite autour de l’espace circonscrit plein de verticalités.

Le clou de la soirée est Equilibre Précaire. Le circassien domine si bien son sujet que l’on en vient à douter du titre. Sa balle orange roule de la nuque au crâne et du crane à la tempe, comme aimantées de l’intérieur. De même quand elle roule d’une main à l’autre par le torse. Elle est une excroissance mobile de lui-même, et lui un homme augmenté par quelque technologie du futur. Quand il vaque à d’autres occupations, la boule reste sagement au sommet de son crâne. Il en résulte un déplacement fluide et un sacré port de tête, fier et serein. la boule reste sage quand il monte au mat chinois à la force des bras et se cale sur sa tempe lorsqu’il se tend corps et jambes à l’horizontal ou presque. Plus tard il lâche la balle et chute avec elle, s’arrêtant à un pied du sol en serrant le mat. Tout est extraordinaire de maîtrise et de liberté, un travail phénoménal qui vient refouler les limites des capacités humaines. Il est des performances techniques si extraordinaires qu’on en oublie qu’il y avait un scénario de grand horloger et de temps suspendu : à revoir avec plaisir.

L.A.
D’après Flip-Book et autres textes inédits de Jérome Game?
Voix : François Sabourin?
Son : C_C?
Image : Sonia Mikowsky

JE PARS DEMAIN
Textes originaux : Samuel Rodrigues
Accompagnement artistique : Jean-Luc Terrade
Construction structure : Sylvain Rizzello – Cie Main de bois
Production déléguée : Cie les Marches de l’Été

LE JOUR DE LA NUIT
Production artistique : Compagnie Hara
Chorégraphie et danse : Patrick Haradjabu
Composition musicale : Rodriguez Vangama
Création lumière : Fabrice Barbotin

EQUILIBRE PRECAIRE
Avec Floris Bosser (Collectif Tarabiscoté)
Musique : Benjamin Ducroq
Lumière et accompagnement artistique : Jean-Luc Terrade

 

 

Crédits Photos © Pierre Planchenault

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