Opéra
Don Quichotte onirique à Tours

Don Quichotte onirique à Tours

10 mars 2020 | PAR Gilles Charlassier

L’opéra de Tours présente une nouvelle production du Don Quichotte de Massenet dans une mise en scène onirique de Louis Désiré, sous la direction de Gwennolé Rufet, et Nicolas Cavallier dans le rôle-titre.

[rating=4]

En partenariat avec Saint-Etienne, où le spectacle a été donné le mois dernier avec une distribution et un chef différents, l’Opéra de Tours présente une nouvelle production du Don Quichotte de Massenet, réglée par Louis Désiré. Avec la complicité de la scénographie de Diego Mendez-Casariego, le metteur en scène français souligne la poésie onirique des aventures du héros de Cervantès. Le plateau décanté est seulement meublé de quelques accessoires, et s’ordonne autour du baldaquin en fer forgé de l’hidalgo, que l’on déplace au gré des saynètes. Une statuette de bronze au style évoquant peut-être vaguement Giacometti fonctionne comme un double miniature du chevalier que l’on promène au fil de la soirée, dans une esthétique qui emprunte au théâtre de marionnettes. La sincérité du jeu d’acteurs se met au diapason de cette économie presque abstraite et oppose efficacement les élucubrations de Don Quichotte à la trivialité du monde qui l’entoure. Réglées par Patrick Méeüs, les lumières modulent les illusions visuelles et les atmosphères de cette épure scénographique nourrie de sentiment.

Dans le rôle-titre, Nicolas Cavallier réserve une incarnation investie, attentive aux fantaisies du personnage, et à la vulnérabilité secrète gisant sous les accès de vaillance. Conjuguant à la fois maturité et intégrité lyrique, le grain de la voix du baryton-basse résume idéalement la complexité de Don Quichotte, qu’il rend profondément attachante, sans oublier une diction sans reproche, sensible aux mots comme aux affects. Pierre-Yves Pruvot lui donne la réplique en Sancho d’une évidente tendresse, avec une appréciable plénitude de moyens qui magnifie d’humanité émouvante la teneur comique du caractère. Julie Robard-Gendre se distingue par l’homogénéité vivante et maîtrisée de la tessiture, sur laquelle s’appuie la mezzo pour affranchir sa Dulcinée des stéréotypes figés. Au travers de quelques fugitifs accents de commisération, elle se montre moins monolithique dans la moquerie cruelle que ses comparses Pedro, Garcias, Rodriguez et Juan, dévolus respectivement à Marie-Petit Despierres, Marielou Jaquard, Carl Ghazarossian et Olivier Trommenschlager – le début du quatrième acte, baigné dans une lumière de bougie et de soirée festive en témoigne. Les répliques parlées du chef des bandits sont assumées par Philippe Lebas.

Préparés par Sandrine Abello, les choeurs ne manquent pas à leur office. Sous la baguette de Gwennolé Rufet, l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire-Tours accompagne avec une belle vitalité les saveurs d’une partition qui mériterait d’être montée plus souvent. A l’évidence, le répertoire recèle des perles qui devraient inciter les théâtres lyriques à renouveler davantage leur répertoire. L’Opéra de Tours s’y emploie admirablement en cette deuxième partie de saison, compromise hélas par la pandémie du coronavirus.

Gilles Charlassier

Don Quichotte, Massenet, mise en scène : Louis Désiré, Opéra de Tours, mars 2020

©Sandra Daveau

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Gilles Charlassier

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