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Les sentiers de l’amour à l’Opéra de Tours

Les sentiers de l’amour à l’Opéra de Tours

16 novembre 2021 | PAR La Rédaction

Nous étions samedi soir à l’opéra de Tours pour assister au très beau concert « Les sentiers de l’amour » autour d’un programme original d’œuvres très contrastées, interprétées par l’orchestre symphonique région centre val de Loire – Tours dirigé par Marc Minkowski, premier chef invité de la nouvelle saison.

Le nouveau directeur Laurent Campellone avait annoncé une saison sous le signe de la diversité ; voici une belle réussite, hier soir, au grand théâtre de Tours, avec la venue d’un des plus grands chefs au monde : Marc Minkowski. Minkowski et Campellone ont pour point commun d’aimer passionnément le répertoire français du 19e siècle, et de le porter avec excellence auprès des orchestres depuis plusieurs années. L’art du phrasé, de la respiration, de la nuance, c’est toujours ce qui frappe quand on voit Marc Minkowski diriger. Une certaine idée de la musique, qui est un mélange de grande élégance et de fougue, avec des interprétations toujours très personnelles et engagées, qualités qui distinguent, parmi les autres, les grands chefs d’orchestre.

Le maestro avait ici choisi de diriger trois œuvres peu connues du grand public, la fantaisie « Roma » de Georges Bizet, le « Poème de l’amour et de la mer » d’Ernest Chausson et la « Symphonie no2 » de Kurt Weill. Un des fers de lance de Marc Minkowski, c’est de retrouver l’authenticité des œuvres qu’il interprète et de se rapprocher le plus possible de la version originale.
Dans cette œuvre de jeunesse de Bizet, écrite pendant son séjour à la Villa Médicis, d’où les inspirations romaines, il a tenu à jouer la suite d’origine en trois mouvements qui évoque trois atmosphères : « une chasse dans la forêt d’Ostie », « une procession » et « carnaval à Rome ».

Expliquant au public tourangeau entre chaque mouvement les symboliques de l’œuvre, Minkowski ouvre le concert avec un orchestre de Tours attentif, dont le chef cherche les regards de chaque instrumentiste à chaque instant, toujours attentif au contact, pas toujours évident, il est vrai, avec la présence toujours d’actualité des masques chirurgicaux aux musiciens.
Cela ne nous empêche pas de partir rapidement à Rome et de rêver de ces souvenirs avec cette musique exquise d’un Bizet déjà très inspiré, fin orchestrateur, surprenant harmoniquement, et laissant se développer son génie mélodique.

Le « Poème de l’amour et de la mer » est une des plus belles pièces vocales de la fin du 19e, d’un romantisme désespéré teinté d’une étrange fatalité, bercée par le mouvement de la mer évoqué dans l’orchestration colorée de Chausson. Sur les textes de Maurice Bouchor, Chausson évoque avant tout la nostalgie, de l’amour perdu, de moments qui ne reviendront jamais comme cette mer qui va et vient, avec comme l‘écrira Fitzgerald quelques années plus tard, le renvoi sans cesse de la pensée « telle une barque à contre courant, vers les fantômes de notre passé »
Adèle Charvet, mezzo soprano très complice de Marc Minkowski, interprète ces mélodies avec émotion, présence et incarnation, tandis que l’orchestre de Tours en glisse subtilement toutes les nuances, notamment avec les très beaux solos de violoncelle de Maryse Castello, dans un intermède musical très senti.

Deuxième partie, deuxième ambiance, avec ce petit chef d’œuvre qu’est la 2eme symphonie de Kurt Weill

Écrite à Berlin en 1933, cette symphonie fut une des dernières œuvres du compositeur sur le sol allemand, avant qu’il quitte l’Allemagne nazie pour les États-Unis.
Beau miroir avec l’œuvre de Bizet, elle est écrite également en trois mouvements, vif-lent-vif. L’œuvre comporte tout ce qui est et sera Kurt Weill, la fin d’une certaine idée du romantisme, le cabaret où l’on boit beaucoup, le Jazz, la décadence d’avant guerre. Marc Minkowski s’amuse beaucoup avec cette œuvre qui lui va comme un gant, et entraine l’orchestre de Tours dans un tourbillon de nuances et de rythmes qui comble les spectateurs.

Ils le sont d’autant plus quand le chef raconte, à la fin du concert, que sa famille américaine avait choisi Tours pour émigrer des États-Unis ; car c’est « la ville où l’on parle le mieux le français ».
Rabelais, Ronsard ou Balzac, illustres écrivains tourangeaux, auraient été ravis de l’entendre.

Vladimir

Visuel : © Marie Petry.

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