Opéra
Laurent Naouri, magistral Don Pasquale à l’Opéra de Tours

Laurent Naouri, magistral Don Pasquale à l’Opéra de Tours

04 février 2021 | PAR Paul Fourier

Promis à une diffusion prochaine, l’opéra de Donizetti, mis en espace, et sans public, a été capté dimanche 31 janvier. Toute la Culture était présent pour vous en rendre compte.

La période donne aux représentations d’opéra des formes inhabituelles. Ainsi, les journalistes, conviés à assister à cette captation dans un théâtre fermé au public, étaient-ils invités à passer par l’entrée des artistes et par la scène, avant de gagner les espaces publics et de trouver la place idéale pour apprécier musique et voix, sans gêner les techniciens.

Le dispositif retenu plaçait l’orchestre dans la fosse et le parterre et les chanteurs, sur scène. On pouvait craindre que ce « mur de son » n’altère l’équilibre instruments – voix. Ce ne fut, heureusement, pas le cas.

Don Pasquale (1843) est, si l’on peut dire, une œuvre de « vieillesse » de Donizetti, ce prolifique compositeur qui la composa à 45 ans (et mourut à 50). Créée au théâtre italien de Paris, elle est considérée comme l’un des derniers avatars de l’opéra bouffe à l’italienne, avant, naturellement, le génial Falstaff de Giuseppe Verdi (1893). Le livret – assez cruel – tourne en ridicule un septuagénaire qui, tentant d’épouser une jeune fille, va se retrouver entraîné dans une grotesque aventure.
Musicalement, c’est une partition formidablement enlevée qui enchaîne airs et ensembles réjouissants et confirme que Donizetti était maître dans le répertoire de l’opera buffa. Témoin de cette réussite, le succès de l’œuvre ne se démentit jamais.

L’Opéra de Tours la présente en une version de concert, mise en espace par Nicola Berloffa et, en cette époque de vaches maigres pour les théâtres, les artistes et le public, cette initiative est, naturellement, la bienvenue. Les artistes déambulent sur une scène uniquement pourvue de deux fauteuils ; le ténor fait une apparition dans une loge de côté et les interventions du chœur (masqué) se font en arrière-scène.

Le plaisir ressenti dans ce dispositif, pourtant minimaliste, démontre parfaitement que lorsqu’une œuvre est bien construite, le succès repose sur l’interprétation des artistes. Ainsi, le plus remarquable réside dans le jeu de scène des chanteurs qui portent les situations, souvent burlesques, de cette histoire.
Et le Don Pasquale de Laurent Naouri, comme le Docteur Malatesta de Florian Sempey, savent insuffler une vis comica permanente, sans jamais atteindre l’outrance.

Laurent Naouri excelle dans ce registre ; son Don Pasquale, jamais caricatural, allie, à tout moment, gestes et mimiques à un chant expressif et débridé.
Chaque posture du barbon, chaque exaltation ou déception trouvent couleurs et intonations dans un chant tantôt staccato, tantôt legato.
Quant aux récitatifs, si importants dans l’opéra bouffe, ils ne sont jamais délaissés, car l’artiste est aussi un diseur à l’élocution claire et à l’italien idoine. Ce faisant, tantôt excessif – mais jamais grotesque -, tantôt touchant, il délivre un Don Pasquale vrai, humain, en un mot : magistral.

Il faut dire qu’il trouve en Florian Sempey un acolyte de choix. Le baryton, rompu à l’exercice, familier de Rossini comme de Donizetti, démontre, une fois de plus, sa maîtrise son aisance naturelle dans la farce. La voix est ample, les vocalises solides et son personnage truculent est parfaitement en phase, tant avec le pauvre Pasquale qu’avec Norina, sa complice en mauvais coups.

Anne-Catherine Gillet campe une formidable jeune fille délurée, prête à faire tourner en bourrique l’impudent vieillard. Scéniquement, elle épouse le tempérament de Norina et sa voix fruitée – agrémentée d’un charmant vibratello – bien projetée, s’accorde à ce rôle de jeune fille volontaire.

Du côté de son jeune amoureux, la tâche est moins aisée. Sébastien Droy peine à trouver sa place au milieu d’un plateau qui atteint de tels sommets. Le timbre est assez beau, mais, en début de représentation, la voix semble complètement engorgée, les aigus ne passent pas. Il faudra attendre le dernier acte lorsqu’il paraît au balcon pour son air Com’è gentil la notte, pour que le chant se libère et que le personnage trouve une belle mélancolie dans cette scène – traditionnelle dans l’opéra bouffe – où le ténor se languit de sa belle.

Enfin, même si le rôle du notaire est très court, il permet néanmoins d’apprécier la voix ample et profonde de François Bazola.

L’orchestre, dans les opéras bouffe, est un élément essentiel à la réussite de l’ensemble. L’ouverture de Don Pasquale, prologue qui donne le ton et la cadence de la comédie qui se joue devant nous, est un petit chef-d’œuvre.
Mais, ce n’est pas parce que nous sommes en territoire comique que Frédéric Chaslin sacrifie la noblesse de la musique de Donizetti. Cette ouverture est, à la fois, dynamique et ample ; l’accompagnement des chanteurs est respectueux du rythme et du confort des interprètes et l’on est emporté par les ensembles, comme dans la scène du mariage, où le délire règne en maître.

Ainsi, en un dimanche pluvieux, dans une ville endormie, se manifestait une oasis de talents, une scène où la joie des artistes se transmettait au public réduit à son strict minimum. Il reste à attendre que, prochainement, ce plaisir soit démultiplié par le miracle numérique et apprécié par un grand nombre d’amateurs qui attendent, avec impatience, le retour du spectacle vivant.

© Marie Pétry – Opéra de Tours

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