Opéra
V’lan dans l’oeil de Hervé ou la résistance de l’opéra-bouffe par temps de Covid

V’lan dans l’oeil de Hervé ou la résistance de l’opéra-bouffe par temps de Covid

04 février 2021 | PAR Gilles Charlassier

Palliant la fermeture des salles et des théâtres au public, pour une durée sans terme déterminé, l’Opéra national de Bordeaux a procédé à une captation de la résurrection de l’opérette V’lan dans l’oeil d’Hervé, produite avec le soutien du Palazzetto Bru Zane, pour une diffusion ultérieure.

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Après Les chevaliers de la table ronde et Mam’zelle Nitouche, Pierre-André Weitz, Christian Grapperon et le Palazzetto Bru Zane, partenaire désormais incontournable de la résurrection de tout un pan de la musique romantique française tombé plus ou moins en désuétude, redonnent vie à une autre opérette d’Hervé, V’lan dans l’oeil. La veine comique et volontiers loufoque du metteur en scène, que l’on associe généralement à Olivier Py, et dont il est le scénographe attitré, se délecte naturellement de la dramaturgie non moins déjantée d’Hervé, flirtant avec l’irrévérence, si ce n’est la polissonnerie. Parodiant entre autres Le Freischütz de Weber – et son concours de tir pour avoir la fiancée en récompense – ou encore le Guillaume Tell de Rossini, le chassé-croisé amoureux n’hésite pas à verser dans une excentricité aux confins du surréalisme, et à se teinter d’une généalogie qui tourne au galimatias. Les cœurs et les couronnes sont joyeusement malmenés. Réalisés par les ateliers de l’Opéra national de Bordeaux, coproducteur du spectacle et première étape de la tournée, les décors et costumes de Pierre-André Weitz puisent dans ses souvenirs d’enfance et de fêtes foraines, et assument le kitch du carton-pâte, et pour le moins fort coloré, sous les lumières tout aussi vivantes de Bertrand Killy.

Comme dans les précédents opus d’Hervé, on retrouve le travestissement d’Olivier Py, dans le truculent personnage de la Marquise d’Esprucprucpruck, qui s’amuse avec quelques grands numéros du répertoire lyrique – à l’exemple du fantôme de la scène de la folie de Lucia de Lamermoor, tandis que le metteur en scène se grime lui-même en Duc-d’en-Face atrabilaire. La Dindonnette piquante de Lara Neumann fait chatoyer un babil souple, aérien et fruité, idéal dans ce registre, et irrésistible dans le vêtement de la jeunette un rien capricieuse, contrastant avec la Fleur-de-Noblesse nerveuse campée par Ingrid Perruche, héritière aux préférences rustiques. Avec son sens de l’artifice dans la déclamation, Damien Bigourdan fait montre en Alexandrivore de la même théâtralité comique que dans ses précédentes apparitions dans les Chevaliers de la table ronde et Mam’zelle Nitouche. Ce sont d’ailleurs des qualités d’acteurs que requièrent la plupart des rôles secondaire, à l’instar du Marquis de Flannan Obé, du Géromé alerte de Pierre Lebon, ou des prétendants Ernest et Chavassus, confiés respectivement à David Ghilardi et Antoine Philippot, sans oublier le Roussin plus vocal du solide Sévag Tachdjian. Le trio féminin d’Eclosine et ses deux serveuses Mariette et Françoise ne démérite pas avec Sandrine Sutter, Clémentine Bourgoin et Sophie Calmel. Un peu trop appuyé pour être parfaitement intelligible, Jean-Damien Barbin convainc moins en Bailli.

Masqués, les choeurs relaient l’énergie impulsée par le plateau et la direction enthousiaste de Christophe Grapperon, à la tête des musiciens de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine répartis en fosse selon les règles sanitaires en vigueur. Pour autant, même si les chorégraphies réglées par Ivanka Moizan participent de la vitalité du spectacle, la longueur parfois bavarde des dialogues et l’absence de public, partenaire si précieux pour la complicité de la vis comica, tendent à limiter les potentialités d’une captation qui a cependant le mérite de témoigner du travail de l’équipe artistique, et que les mélomanes pourront découvrir sur France 3 Nouvelle-Aquitaine et, en version réduite et adaptée par Victoria Duhamel, sur NoA. En attendant de pouvoir découvrir le spectacle en salle, lors d’une des prochaines étapes de la tournée de ce V’lan dans l’oeil...

Gilles Charlassier

V’lan dans l’oeil, opéra-bouffe de Hervé, mise en scène : Pierre-André Weitz, Opéra national de Bordeaux

Visuel © Eric Bouloumié

 

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Gilles Charlassier

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