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[Live report] Les Two Door Cinema Club au Zénith : sautillant et enflammé

[Live report] Les Two Door Cinema Club au Zénith : sautillant et enflammé

17 novembre 2012 | PAR Bastien Stisi

Le Zénith : son odeur de sueur et de friture, son brouillard enfumé, sa sono cloisonnée et vibrante, son arène calibrée pour les groupes qui ne sont pas encore disposés à remplir le Palais omnisports de Bercy. L’enceinte rougeotte du parc de la Villette accueillait hier soir les nord-irlandais des Two Door Cinema Club, phénomènes électro rock de ces dernières années . Un show de haute volée, et des sourires pop jusqu’aux oreilles.

Plus d’un million d’albums vendus à travers le monde, une participation à la cérémonie d’ouverture des JO de Londres pour le chanteur Alex Trimble : la période est propice aux Two Door Cinema Club, labellisés Kitsuné, qui présentaient hier soir aux yeux du public les compositions de Beacon, leur dernier album sorti au coeur de l’été.

Les Cast of Cheers, hors-d’œuvre au parfum électro rock, nord-irlandais eux aussi, assurent la première partie du concert, conviés du côté de la Porte de la Villette pour faire monter la température. L’éclairage scénographique est là pour rappeler cette évidence, en projetant ses néons immobiles et rubiconds sur la scène du Zénith et sur ses acteurs, furieusement rougis pour l’occasion. Le math’rock brutal et bordélique de ces gamins énergiques fait le boulot, et annonce sans cligner le passage des vedettes de la soirée : le guitariste avoue fièrement jouer avec l’une des guitares des TDCC, le chanteur évoque (en français dans le texte) sa passion pour la pomme de terre, alors que certains morceaux, parmi lesquels le très bon « Animals », citent et imitent de manière ostentatoire les sonorités électroniques de Tourist History et de Beacon. Dans les tribunes, les amants s’enlacent, les guitares, trop fortes, font trembler nerveusement le sol du Zénith et saturent l’atmosphère, et les beuglements du chanteur, souvent inaudibles, peinent à combler un public qui apprécie le punch divertissant proposé à ses yeux, mais n’en redemande pas. L’entracte est là, mais personne ne s’en offusque.

Alt-J : une somptueuse mise en bouche

Les lumières s’éteignent de nouveau, et l’atmosphère nerveuse qui maculait jusque-là les travées du Zénith peut, déjà, débuter une profonde mutation : les Alt-J, révélation 2012 de la scène alternative rock, introduisent leur douceur et leur folk suinté sur scène. A l’indifférence navrante entourant les Cast of Cheers succède un enthousiasme palpable, perceptible dès les premières notes de guitares balancées par ces britanniques, originaires de Leeds : Joe Newman et ses trois acolytes ont un public, et celui-ci se fait immédiatement entendre, volubile et sonore. Les Alt-J, dès lors, sapent tranquillement le travail de destruction massive orchestrée par leurs prédécesseurs nord-irlandais,  et métamorphosent le Zénith, véritable cathédrale folk rock pour l’occasion, accueillant les merveilleuses traînées vocales de « Tessellate », les rythmiques pop/rock de « Fitzpleasure » ou la détresse amoureuse de « Breezeblocks » et de ses paroles largement reprises par le public (« Please dont’go/I’ll eat you whole/I love you so »). Apothéose et titre terminal de l’excellente prestation de ses audacieux musicos, la merveilleuse et délicate ballade folk « Taro » enivre définitivement le public parisien, qui adoube avec chaleur et respect les quatre artistes britanniques.

Alors que les i-Phone se connectent déjà sur i-Tunes pour télécharger ce qui vient de s’écouler brillamment sous leurs yeux,  l’assistance se déverse spontanément par-delà les gradins pour rejoindre la fosse crasseuse et collante qui se remplit en un clin d’œil, disposée à accueillir comme il se doit les vedettes de la soirée.

La salle se noircit soudain, puis voit sa scène éclairée par un vaste jeu de lumières niché et habile, qui introduit avec efficacité les premières notes de « Sleep Alone », titre phare de Beacon. Les Two Door Cinema Club et le rouquin Alex Trimble pénètrent sur la piste, modestes stars acclamées par un public qui entre immédiatement en ébullition. Les stroboscopes se déchaînent, une fumée blanche s’échappe du devant de la scène, les néons lumineux se croisent et s’enlacent : le joyeux show des quatre nord-irlandais peut débuter. Avec une efficacité fulgurante et un professionnalisme cadré, les tubes de Tourist History s’enchaînent (« What You Know », « This is the Life », « Can I Talk ») et se confrontent avec ceux de Beacon, presque trop bien récités (« Sun », « Next Year », « Someday »), dans une prestation régulière et linéaire qui procure la même continuité musicale que lorsque l’on écoute le groupe en studio. Traînée de poudre électro rock faisant exploser sur son passage les sourires et les déhanchements d’un public en transe, les  TDCC, piles enjouées et vitaminées, livrent une prestation de haute volée, et présentent aux yeux de la capitale parisienne les progrès scéniques réalisés par le groupe au cours des deux dernières années.

Les TDCC transforment le Zénith en dance-floor électro rock géant

Puis, lorsque les guitares s’exaltent et se déchaînent dans la cacophonie électronique grandiloquente de “Eat That Up, It’s Good For You”, d’immenses ballons se détachent du plafond et viennent virevolter dans l’éther cloisonné de la salle. L’espace d’un instant, l’enceinte du Zénith, dansante et sautillante, est semblable à une œuvre de Yayoi Kusama, et à l’une de ses installations colorées aux formes rondes et répétées.

A 23 heures et après un fructueux rappel, les Two Door Cinema Club rendent les armes et les instruments, et quittent la scène sous un tonnerre d’applaudissements. En 2009, lors de leur première date parisienne, la Maroquinerie et 200 personnes avaient pu découvrir la performance du groupe, qui présentait son premier album Tourist History. A la vue de la prestation hyper calibrée proposée hier soir par le groupe, une chose est désormais certaine : ces types-là n’ont justement rien à voir avec un groupe de touristes, et ne sont pas près de voir leur belle histoire musicale s’interrompre de sitôt…

Visuels (c) : Willy Orr

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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