Cirque

« Dans ton cœur », la nouvelle création virevoltante d’Akoreacro

« Dans ton cœur », la nouvelle création virevoltante d’Akoreacro

24 mai 2019 | PAR Carole Marchand

C’est à la Villette, sous le grand chapiteau, que se produit jusqu’à dimanche la Compagnie Akoreacro avec sa dernière création 2018, Dans ton cœur. Un spectacle tout public mêlant cirque, théâtre et musique, le tout dans une effervescence acrobatique puissante et délirante.

Un premier tableau s’ouvre sur une femme sous la pluie, qui se fait remarquer puis poursuivre par une bande de grands gaillards musclés en blousons cuir : la troupe Akoreacro s’empare dès les premières secondes, comme à son habitude, de l’espace qui leur est donné avec puissance et humour. S’ensuit une scène à l’usine, où les deux voltigeurs Claire Aldaya et Antonio Segura Lizan, se retrouvent coincés dans un engrenage amoureux un peu à la Charlie Chaplin dans Les Temps modernes. Le rythme est effréné, les quatre musiciens, perchés aux poutres soutenant le grand chapiteau de la Villette font résonner leurs instruments jusqu’en haut des gradins. Le spectacle commence sous forme d’une pièce de théâtre romantique, accentué par le choix du metteur en scène sur la scénographie. L’espace du plancher est en effet séparé en deux parties égales grâce à un tapis dressé au centre de la piste, on semble assister à un spectacle de marionnettes géant en bi-frontal, comme au théâtre, où les voltigeurs excellent. On rit beaucoup, le pari de l’humour et du spectacle grand public est rempli. Chaque moité du chapiteau assiste tour-à-tour au coté coulisses du spectacle, dans un va-et-vient complexe et précis des porteurs, puis à l’illusion parfaite du côté des deux marionnettes voltigeuses. Claire Aldaya, seule femme de la troupe, mène clairement la danse, à coup de pirouettes et enjambées bondissantes. On suit alors l’histoire de ce couple, dans son bonheur d’abord, avec l’arrivée d’un, puis de deux bébés, dans un appartement fictif qui ne cesse de s’agrandir. Machine à laver, frigo, micro-ondes et autres objets du quotidien font bon ménage sur la scène et s’amusent à déambuler dans le public, se déplacent avec les corps, et incarnent les premières difficultés et disputes du couple en prenant de la hauteur : de plus en plus de linge, le biberon de plus en plus compliqué à réchauffer… Les affrontement passionnés du couple se poursuivent en mêlant gestes familiers et figures de haute voltige avec brio.

Thème délicat à plusieurs lectures

Sont abordés dans le spectacle la violence, les disputes amoureuses, le désir, la rupture, le tout dans un ton résolument léger, peut-être trop d’ailleurs. C’est dans un cadre aérien que le mari s’envoie en l’air avec sa maîtresse, incarné par un acrobate musclé et travesti, jouant efficacement avec les codes du burlesque et de drag Queen. La scène est érotique mais bien menée, avec des jeux de lumières qui s’amusent à dévoiler puis cacher les ébats sexuels des deux protagonistes. Le spectateur est plongé dans une ambiance Moulin Rouge à Pigalle : costumes à paillettes, strip-tease et positions de kamasutra poétiques. Mais rassurez-vous, l’image est subtile et se prête à plusieurs sens de lecture, pour les petits et les grands.

Prouesse musicale et technique

Au son de la batterie et des percussions d’Eric Delbouys, du clavier et de la flûte de Johann Chauveau, de la contrebasse, du violoncelle et de la basse de Vladimir Tserabun, et du saxophone de Nicolas Bachet, le public ne peut qu’être emporté dans l’euphorie du spectacle. Porteurs et voltigeurs effectuent avec une facilité incroyable leurs acrobaties respectives – mains à mains, trapèze, jonglerie, cerceau, voltige – et nous offrent un final aérien époustouflant. Le spectateur est conquis. Le spectacle s’est construit à partir des objets et non des acrobaties, et ça se voit. C’est avec le metteur en scène Pierre Guillois, homme de théâtre, que la compagnie Akoreacro a monté le spectacle. Les jongleurs s’amusent avec les assiettes, se contorsionnent dans la machine à laver, montent à dix mètres de haut dans une baignoire, … chaque objet est théâtralisé, ce qui créé des scènes décalées et clownesques, uniquement possibles grâce aux idées farfelues de Pierre Guillois.

En résumé, un spectacle grand public qui mélange avec poésie et force le talent respectif des douze interprètes éblouissants, mettant en lumière leurs corps bien dessinés et l’absurdité de leurs prouesses avec une facilité déconcertante. Avec Dans ton cœur, Akoreacro nous a rendu accro.

La rédaction avait assisté à ce spectacle au Festival de cirque actuel Circa, en octobre 2018 ( retrouvez la précédente chronique ici

Informations et réservations ici.

La troupe est ensuite en tournée :

  • du 1er au 3 Aou?t 2019 – Festival Sce?ne de cirque, Puget-The?niers (06)
  • du 18 au 21 septembre 2019 – Sce?ne nationale de Macon (71)
  • du 26 au 29 septembre 2019 – Festival CIAM, Aix en Provence (13)
  • du 5 au 11 octobre 2019 – Sce?ne nationale de Se?nart (77)
  • du 25 au 27 octobre 2019 – Festival Theater op de Markt, Neerpelt (be)
  • du 4 de?cembre 2019 au 6 janvier 2020 – Festival Winterfest, Salzburg
  • du 30 janvier au 2 fe?vrier 2020 – Cirque The?a?tre d’Elbeuf (76)
  • du 7 au 9 fe?vrier 2020 – Turnhout (be)
  • du 22 au 24 fe?vrier 2020 – The?a?tre de Vitry
  • du 26 au 29 mars 2020 – The?a?tre de Se?te
  • du 7 au 9 mai 2020– The?a?tre de Maubeuge
  • du 14 au 17 mai 2020 – The?a?tre d’Epinal
  • du 27 au 30 mai 2020 – Les Transversales, Verdun
  • du 4 au 7 juin 2020 – Sce?ne nationale d’Orle?ans

Visuels © Richard Haughton

 

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Carole Marchand

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