Spectacles
Bruegel : grandeur et confusion

Bruegel : grandeur et confusion

24 juin 2022 | PAR Zoe Grandjacques

Hier soir, Lisaboa Houbrechts, étoile montante de la scène flamande, a présenté Bruegel à la Villette. La pièce sur le peintre flamand Bruegel l’ancien y est programmée jusqu’au 25 juin. 

Margot la folle 

Plus que sur Bruegel, la pièce fait vivre Margot la folle, ou en flamand Dulle Griet, un personnage du folklore gantois mis en scène dans l’un des tableaux du maître. 

Pieter Bruegel the Elder – Dulle Griet (detail)

Personnage énigmatique d’une femme armée, pratiquement masculine dans les traits, Bruegel l’utilise pour se moquer du bruit, de l’agressivité des femmes. Elle est représentée avec un coffre rempli d’affaires surement volées. Dans sa pièce, Lisaboa décide de laisser se défendre ce personnage, « j’existe ! » crie Anne-Laure Vandeputte dans ce rôle face à Bruegel, interprété par Andrew Van Ostade. Et si cette femme traitée « d’hommasse » avait son mot à dire ? Et si ces objets qu’elle vole n’étaient pas des objets sauvés des conflits par cette femme qui traverse le temps et les conflits ? Le projet de décortiquer la vie de Bruegel l’ancien et son tableau à la lumière de problématiques contemporaines sur la place de la femme dans l’art, l’histoire et la religion est ambitieux mais il se perd dans une mise en scène confuse et éparse. 

On s’y perd

La pièce s’ouvre sur une scène prometteuse, Margot descend dans les gradins en armure pendant que sur scène les années défilent, rappelant les conflits mondiaux de ces derniers siècles. La pièce se referme sur une autre scène intéressante où les paysans soutiennent et font marcher Margot lance à la main. Mais entre les deux, on se perd. On passe de scènes en scènes, de tableaux en tableaux, d’époques en époques, de langues en langues, et on ne sait plus où on en est. Un accouchement, une querelle entre la Vierge et Athéna conclue par « les filles si on arrêtait de s’engueuler ». Puis le protestantisme qui débarque sur scène en criant « quel est ce mauvais spectacle ? », on se le demande. Le fil conducteur est dur à saisir, à force de grotesque on ne distingue plus ce qui est du grand guignol et ce qui est un questionnement sérieux. Dans la dernière demie heure, on entrevoit enfin ce que le propos aurait pu être avec moins de détours temporels qui perdent le spectateur. Mais le coup de grâce est assèné lorsqu’une paysanne accuse Bruegel de les avoir représentés heureux alors qu’ils mourraient de faim, un axe réflexif de plus dans ce galimatias et on se noie. 

© Visuel : Affiche officielle

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Zoe Grandjacques

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