Musique

Suicide de Mark Linkous : le rock américain est endeuillé

08 mars 2010 | PAR Mikaël Faujour

Le rock alternatif américain vient de perdre l’un de ses plus authentiques orfèvres en la personne de Mark Linkous, fondateur (et, en fait, unique membre) de Sparklehorse, qui a mis fin à ses jours ce 6 mars. Il n’avait que 47 ans. Il laisse derrière lui une discographie précieuse et élégante.

Compositeur rare, dont les albums sont d’une minutie et d’une richesse que révèle chaque réécoute, Mark Linkous s’est donc donné la mort samedi, se mettant « d’une balle un point final », comme l’écrivit autrefois Maïakovski, qui se supprima mêmement.

Après des années infructueuses au sein d’un groupe demeuré inconnu, le musicien (multi-instrumentiste, compositeur, arrangeur et chanteur) avait surgi au mitan des années 90 sur la scène du rock indépendant avec Sparklehorse. Les années passant, le « groupe » s’avèrera plus clairement être le projet solo de Linkous. Un premier album (Vivadixiesubmarinetransmissionplot) paraît en 1995, qui vaut à Sparklehorse de tourner en 1ère partie de Radiohead, dont la carrière commence à décoller avec The Bends. En 1996, alors qu’il tourne avec la bande à Thom Yorke, il est retrouvé inanimé dans sa chambre d’hôtel après une première tentative de suicide avortée. Les séquelles sont lourdes et lui valent une longue rééducation et plusieurs mois de chaise roulante…

En 1998, il revient avec un second album, qui évoque l’accident à mi-mots. Mais c’est surtout avec le bijou It’s a Wonderful Life (2001) que Sparklehorse gagne en notoriété. L’album accueille divers invités de prestige (Tom Waits, Nina Persson des Cardigans, PJ Harvey, Adrian Utley de Portishead, Vic Chesnutt – lui aussi suicidé, fin 2009 –, ainsi que John Parish et Dave Fridmann à la co-production). À l’image de sa chanson-titre  (dont le clip est réalisé par Guy Maddin) et du titre lui-même, la musique de Mark Linkous est douce-amère, signalant un artiste mature, en pleine possession de ses moyens (il a alors près de 40 ans), à la mélancolie toute intérieure, feutrée. Remarquable songwriter aux compositions délicates, Mark Linkous semble soigner un mal de vivre dans l’élaboration des belles choses. Entre folk éthéré, rock revêche et bricolage lo-fiIt’s a Wonderful Life est un chef d’œuvre à (re)découvrir d’urgence.

On retrouve Mark « Sparklehorse » Linkous 5 ans plus tard, avec un album coproduit avec Dave Fridmann à nouveau, ainsi que… Danger Mouse (moitié de Gnarls Barkley, producteur de Gorillaz et DJ du remarqué mashup Jay-Z /The Beatles, The Grey Album). Cette collaboration avec Danger Mouse conduira d’ailleurs à l’une des ultimes œuvres de Linkous.

En effet, la paire Linkous (sous le nom de Sparklehorse) / Danger Mouse donne naissance à l’un des plus ambitieux projets musicaux de l’année 2009. Les deux artistes invitent un all star rock (Julian Casablancas des Strokes, Black Francis des Pixies, Jason Lytle de Grandaddy, Iggy Pop, les Flaming Lips, Vic Chesnutt, Suzanne Vega…) à se joindre à son album au titre intriguant : Dark Night of the Soul (« Sombre nuit de l’âme »), référence au mystique saint Jean de la Croix. David Lynch, présent sur deux titres, apporte avec ses photographies la touche visuelle arty à ce projet… qui n’aboutit pas, EMI compliquant les choses. Tant pis pour la maison de disques : l’œuvre est offerte en téléchargement à des auditeurs qui ne demandaient pas mieux. Album à écouter et réécouter, Dark Night of the Soul révèle toute sa richesse d’écoute en écoute. La patte du producteur/bricoleur/compositeur Linkous est nettement sensible, dès le fantastique morceau d’ouverture (« Revenge », en collaboration avec les Flaming Lips), qui trouve en Danger Mouse le parfait associé pour un travail de pure orfèvrerie musicale. Même s’il n’a pas été édité en 2009 (mais pourrait l’être cette année), il est considéré par beaucoup de blogs et médias musicaux comme l’un des tout meilleurs albums de l’année passée.

Cette même année 2009, une autre collaboration, cette fois avec l’artiste electro Fennesz, aboutit à un disque, quant à lui bel et bien édité : Sparklehorse vs. Fennesz.

Mark Linkous disparaît à l’âge de 47 ans, laissant derrière lui une peu abondante mais remarquable discographie, à la beauté trouble, mélancolique, et aux arrangements minutieux, qui lui garantit une postérité méritée. Adieu adieu Soleil cou coupé.

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Mikaël Faujour

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