Pop / Rock

L’interview stroboscopique : Hollydays

L’interview stroboscopique : Hollydays

02 mars 2015 | PAR Bastien Stisi

Crépitements lumineux, rugissements scintillants, et coup de strobo sur le duo Hollydays, composé d’Elise et de Sébastien, et qui réussit sur son premier EP Des Animaux à regrouper une variété façon Véronique Samson et une synthpop façon Tristesse Contemporaine.

Est-ce parce que vous écrivez vraiment très mal l’anglais que vous avez pris le parti de chanter vos morceaux en français ? (ceci est bien évidemment une référence au nom de votre groupe pas très bien orthographié…)

Sébastien : Au début, l’anglais était une facilité pour moi car j’étais prof d’anglais et que j’ai fait des études de littérature américaine et britannique, mais à un moment, on a voulu être compris lorsqu’on chantait…

Elise : … que les gens puissent chanter avec nous.

Sébastien : L’anglais était assez simple dans nos chansons, mais on préfère être compris là où on vit, là où on bosse, là où on fait des concerts. On a orthographié Hollydays de cette manière car c’est plus facile à googler (rires), mais surtout pour se réapproprier l’orthographe du mot, un univers. C’est le mélange de « holidays » (les vacances) et « Hollywood », comme un rêve de gosses.

Alors, l’EP et son morceau éponyme s’appelle Des Animaux. Et je me demandais ainsi : globalement, votre animal préféré, c’est lequel ?

Elise : Je crois que c’est l’ours (rires)

Sébastien : Moi j’aime bien les pandas…

En cœur : On aime bien les grosses bêtes ! (rires)

Elise : Dans le titre « Des Animaux », on fait plus référence à l’animal sauvage car l’humain peut lui aussi l’être sauvage.

Sébastien : C’est une métaphore super facile : on trouve que les gens font vraiment flipper, un peu comme un animal sauvage que l’on ne connaît pas. C’est vraiment un raccourci facile, mais c’est celui qui nous semblait le plus parlant.

J’ai interviewé il n’y a pas longtemps Cléa Vincent (avec qui vous avez récemment partagé une date d’après ce que j’ai compris), qui cite Véronique Sanson dans ses influences. Et vous vous reprenez aussi Véronique Sanson avec « Bahia ». Alors, il s’agit d’une secte, d’une hype, ou d’un retour en force de la variété française marquée 70-80 dans la pop d’aujourd’hui ?

Sébastien : Cléa Vincent (que l’on aime d’amour très fort) fait une pop-variété super assumée, et on adore. Il y a un an encore quand on parlait de variété, on criait à l’antéchrist. Mais au final, on connait tous quelques chansons de Michel Berger, de Véronique Sanson ou de France Gall. Cette pop-là à l’époque, surtout à l’époque, était bien faite, qu’on aime ou qu’on n’aime pas le son. Ces artistes ont apporté une qualité à la variété française, et en effet, en ce moment ça redevient une hype… Tant mieux, on en profite ! (Rires)

Elise : Quand tu écoutes les paroles de « Bahia », c’est l’évasion, le voyage, se projeter ailleurs qu’ici, et l’amour qui revient, toujours.

Sébastien : Même si c’est toujours un peu niais les chansons d’amour dans la variété, ce n’est pas grave, ça fait du bien des bons sentiments ! Niais pas dans le sens péjoratif du terme, c’est du « feelgood song ».

Pour être honnête, le côté synthpop pas bien chaude avec têtes d’animaux obscènes dans le clip, ça m’évoquait plutôt Tristesse Contemporaine à la base…

Sébastien : Notre format chanson est plutôt directement inspiré de la variété. Mais notre son est clairement inspiré d’autres influences. On va vraiment pioché dans tout ce qu’on aime, on se retrouve dans des titres à la fois très « club » ou électro, comme dans des titres très rocks. Du coup, peut-être que nos chansons ne sonnent pas comme de la variété, c’est peut être plus l’intention. C’est sûr que dans nos instrus, il y a quelque chose de plus… Tristesse Contemporaine, oui peut-être, je n’y avais jamais vraiment pensé.

Elise : Il est vrai que nos textes sont plutôt tristes, bien qu’on ne rende pas nos chansons spécialement tristes. En effet, le clip « Des Animaux » est hyper froid.

Sébastien : Les têtes d’animaux et cet étalonnage froid, c’est vraiment pour ce clip-là. C’est pour faire vivre le texte que l’image est un peu clostro, un peu malsaine et un peu Tristesse Contemporaine. C’est plus par rapport à l’univers de cette chanson que par rapport à l’univers global de nos titres.

En parlant de cette reprise de Véronique Sanson. En plus de celle-ci, on vous a déjà vu reprendre le « Caroline » de MC Solaar, « L’Amour à la Plage » de Niagara, « Psylla » de Glass Animals….Ce qui est déjà pas mal pour un groupe aussi jeune que le vôtre. Reprendre les morceaux des autres, est-ce aussi passionnant pour vous que de composer vos propres morceaux ?

Sébastien : Oui, à partir du moment où on revisite complètement les instrus, on a le même processus créatif que quand on fait nos propres instrus.

Elise : C’est passionnant de se réapproprier une chanson et d’en faire autre chose, l’emmener ailleurs.

Sébastien : D’un point de vue strictement technique, c’est intéressant d’aller voir comment elle a été construite. Je trouve que ça enrichit la façon dont on compose ou on produit après, parce qu’on analyse vraiment une chanson qu’on aime, la façon dont elle a été faite, du coup l’exercice est fun, ludique et en même temps il permet vraiment d’apprendre sur la production, sur le son.

Elise : Comme on l’a dit tout à l’heure, il s’agit de faire complètement autre chose de ces chansons. J’aime aussi bien reprendre des titres que je ne connais pas, que je n’ai pas écouté, comme ça a été le cas pour « Psylla ». Ou même « Bahia », que j’avais certes déjà entendue, mais que je ne « connaissais » pas par cœur. Je n’étais pas vraiment familière avec la mélodie de la chanson, c’est peut-être ce qui m’a permis de me la réapproprier. C’est peut-être plus facile de toucher le public avec une reprise car les gens connaissent l’originale, mais ce n’est pas facile de reprendre une chanson car il faut en faire quelque chose de différent, la moderniser, l’emmener ailleurs.

Sébastien : Comme on est un jeune groupe, on n’a pas un répertoire énorme, ça nous permet donc de continuer à étoffer notre répertoire pour la scène et en acoustique, tout en touchant des gens qui ne nous connaissent pas forcément et qui seront peut-être amenés ensuite à découvrir nos chansons.

D’un point de vue discographique, où en êtes-vous ?

Sébastien : En ce moment, on bosse des nouvelles chansons, on prépare un deuxième EP, qu’on commence à tester en live. On continue à travailler le son pour le rendre cohérent avec nos précédents titres…

Elise : Mais ce sera quand même assez différent du premier EP.

Sébastien : Les nouvelles chansons sont en effet un peu moins ‘club’, un peu plus réfléchies, moins instinctives, plus travaillées, mais avec peut-être moins d’artifices, un peu plus épurées et un peu plus émotionnelles.

Elise : Par exemple, le titre « Bonne Nouvelle » a bientôt un an, donc forcément il y a une évolution.

Sébastien : On n’est que deux, notre son est amené à changer. Pour l’instant, on n’est que deux et ça nous va comme ça. Mais c’est sur que si on a envie de faire évoluer le son, à un moment on cherchera peut-être d’autres sonorités avec d’autres musiciens, ou alors travailler différemment, on ne sait pas.

Elise : On avait vraiment envie de quelque chose plus épuré et plus émotionnel, vraiment axé sur les textes.

Je cherche des sons pour remplir mon iPod…quelque chose à me conseiller ?

Shamir, « It Wasn’t True » / Alex Beaupain ; Camélia Jordana, « Avant la Haine » / Yelle, « Ba$$in » / Grand Blanc, « Samedi la Nuit » / Movement, « Like Lust » / Glass Animals, « Psylla »

Visuel : (c) pochette de Des Animaux de Hollydays

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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