Métal
In Theatrum Denonium acte V : dans les forges de Denain

In Theatrum Denonium acte V : dans les forges de Denain

03 mars 2020 | PAR Simon Théodore

Le 7 mars prochain, se déroulera dans le magnifique théâtre à l’italienne de Denain le festival In Theatrum Denonium. Toute La Culture s’est entretenu avec Frédéric Cotton, responsable de la programmation, pour parler de cet événement métal atypique. L’occasion également pour nous d’en apprendre plus sur la scène métal dans le Nord de la France.

 

Du black metal au théâtre

À quelques jours de sa tenue, la cinquième édition du In Theatrum Denonium affiche sold-out. Des Israéliens Melechesh en 2016 aux Belges d’Enthroned en 2017, en passant par les Grecs de Septicflesh en 2018, ce festival célèbre, d’année en année, le black metal avec des groupes à la renommée internationale. Pour l’acte V, grâce à la venue de Carpathian Forest, la Scandinavie est mise à l’honneur. « Nous avions à cœur de faire venir un groupe culte norvégien, puisque la Norvège est le berceau du Black Metal. Nous avions travaillé l’an passé déjà sur la venue de Carpathian Forest, véritables légendes du genre, et c’est cette fois chose faite » explique le programmateur, également fondateur et trésorier de l’association Nord Forge qui organise et produit le festival.

Située à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Valenciennes, la ville de Denain, comptant environ 20 000 habitants, bénéficie avec son théâtre à l’italienne d’un patrimoine architectural remarquable. Depuis 2016, il est le lieu de résidence du festival. Lorsqu’il nous parle de la salle, les propos de l’organisateur trahissent sa passion et sa connaissance du patrimoine historique local. « C’est un véritable bijou d’architecture de style Néo Louis XVI, classé Monument Historique, et construit à partir de 1906, dans une ville alors très riche, capitale du charbon et de l’acier. La façade est monumentale avec colonnes et pilastres, et la salle intérieure est une réplique au 1/5ème de l’Opéra Garnier, ce qui lui confère la troisième meilleure acoustique de France » décrit-il précisément.

Sans renier les joies des danses métalliques et des pogos, les festivaliers pourront alors également admirer le riche décorum de ce lieu, transformé en temple de la musique électrique le temps de quelques heures. Le Métal investit d’autres espaces du spectacle vivant, parfois réservés à des arts considérés comme élitistes ou savants. L’inspiration littéraire et sophistiquée de certains groupes à l’affiche trouve alors un écho avec ce cadre raffiné. Alors que la formation suisse Borgne fêtera la sortie de son dernier album Y, le métal symphonique de Carach Angren transportera dans l’univers de J.R.R Tolkien et Sulphur Aeon proposera son interprétation du mythe de Chtullu de H.P. Lovecraft. Enfin, la salle de l’ancien fumoir accueillera, pour une performance inhabituelle, les sonorités acoustiques de Spectrale.

Né des cendres des Métallurgicales

Le Métal rythme la vie des passionnés et investit, parfois, des espaces inescomptés. « Nous avons tous un travail très différent à côté, une vie de famille, etc…À partir de ces éléments, je dirai donc que sans être surhumaine ou inaccessible, l’organisation d’un tel événement n’est ni facile, ni simple, et demande énormément d’implication et de travail » rappelle Frédéric Cotton. La recherche de financements et de partenaires, les démarches administratives, la programmation à planifier et la sécurité à prévoir. Toutes ces contraintes et obligations prennent du temps et de l’énergie pour ces amoureux de musiques amplifiées. Au final, l’équipe organisatrice regroupe sept personnes dévouées et, le 7 mars, elles seront épaulées par une cinquantaine de bénévoles.

Heureusement, l’association Nord Forge réunit des individus aguerris, ayant participé à l’organisation du festival Les Métallurgicales, dans cette même ville de Denain, entre 2009 et 2014. À l’initiative de cet événement ayant accueilli d’importantes formations hexagonales et internationales (Anthrax, Trust, Soulfly, etc.), le Député Maire de Denain Patrick Roy, décédé en 2011 d’un cancer du pancréas. Dans le monde du métal, il était connu comme l’homme de l’Assemblée portant la veste rouge et brandissant, à deux reprises, un numéro du magazine Rock Hard lors de débats dans l’hémicycle.

Fervent défenseur de cette musique mal connue et souvent caricaturée, il lui faisait gagner de nouveaux territoires insoupçonnés. « C’était un homme bienveillant et très impliqué dans la vie locale, qui savait faire le consensus autour de lui, tout en étant parfaitement capable de dire haut et fort ce qu’il avait à exprimer. Il avait pris la parole à de nombreuses reprises pour défendre notre style musical préféré, mais aussi pour défendre de nombreux autres sujets cruciaux (le scandale de l’amiante, la pauvreté, le mal-logement…) » se remémore Frédéric Cotton. L’ancien instituteur, qui faisait chanter du AC/DC à la chorale de son école, a laissé son empreinte dans l’histoire du métal français. Lors des Métallurgicales en 2010, les métalleux présents se souviennent de son passage sur scène pour interpréter le titre « Furia » en compagnie de Mass Hysteria. Le 4 avril prochain, une soirée hommage, avec ce même groupe avec lequel il a partagé les planches, sera d’ailleurs organisée au Théâtre au Denain. Sans aucun doute, le festival In Theatrum Denonium trouve dans sa réussite une partie de l’héritage laissé par cette personnalité atypique et sincère…

À la découverte du Nord métallique

Depuis plusieurs années, la musique métal résonne en France à travers le prisme du HellFest, l’un des plus importants événements dédiés à cette culture et prenant place à Clisson (Loire-Atlantique). Bien qu’il se distingue par son cadre unique et ses proportions humaines, le festival In Theatrum Denonium n’est pas une manifestation isolée dans la région Hauts-de-France. Se déroulant à la mi-avril, le Betizfest de Cambrai accueille également des groupes internationaux. En mai, le Dreamerfest fêtera, lui aussi, son cinquième anniversaire avec un groupe suédois en tête d’affiche. Enfin, le Tyrant Fest de Oignies met également à l’honneur le métal extrême au mois de novembre. Historiquement, avec des groupes comme Loudblast (death metal), fondé à Lille en 1985, le Nord de la France est un berceau fertile pour cette musique. À partir de conseils avisés qui nous ont été prodigués, les curieux pourront alors découvrir des formations comme Nornes, Putrid Offal, Blowdown ou encore les Denaisiens de Downfall.

Quand on l’interroge sur l’état des lieux de la scène métal nordiste, le constat du passionné est mitigé : « Il existe de très nombreuses assos et quelques salles dans la région afin de faire vivre le métal extrême, des petites salles sur la métropole lilloise, comme la BratCave, St Sauveur, ou encore la Malterie, quelques cafés concerts que l’on soutient sont disséminés dans la région mais souffrent comme beaucoup ailleurs… La scène est vivace mais manque tout de même, malgré l’implication de plusieurs acteurs, de lieux pour répéter et d’endroits où pour se produire et se lancer ». Alors que le hard rock avait pu bénéficier des politiques culturelles mises en place dans les années 1980, faire vivre (et exister) cette musique, comme bon nombre d’autres domaines artistiques, semble être, aujourd’hui, une affaire de gens dévoués…

Toutes les informations au sujet du In Theatrum Denonium sont disponibles ici.

Visuels : (c) In Theatrum Denonium / Frederic Cotton.

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