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[Live Report] Festival des Artefacts 2017

[Live Report] Festival des Artefacts 2017

29 juin 2017 | PAR Simon Théodore

Dimanche 25 juin, au Zénith de Strasbourg, se déroulait le Festival des Artefacts. Du punk celtique au thrash metal, cette journée placée sous le signe de l’éclectisme programmait des artistes aussi divers que Flogging Molly, Anthrax ou encore les légendaires Trust.

Les découvertes du début de journée

Il est 13h30 quand les Suédois Royal Republic ouvrent cette édition 2017. Habillés en tenues de soirées, le quatuor délivre un rock énergique et profite d’une bonne qualité de son. Les mélodies sont accrocheuses et, malgré une fosse encore un peu clairsemée, ils parviendront à faire monter la chaleur d’un cran, la foule s’osant ainsi à quelques déhanchés. Au vue du reste de la programmation beaucoup plus « métal », la musique des Nordiques pouvaient paraître comme trop différente du reste de l’affiche… Pourtant, Adam Grahn, chanteur aussi drôle que sympathique, réussira à facilement amadouer, en interpellant un fan surnommé « François » ou en multipliant des blagues en dessous de la ceinture, les premiers arrivants. Pendant près d’une heure, ils enchaîneront les titres les plus efficaces. « Underwear » verra s’envoler un sous vêtement féminin, le tube « Baby » évoquera les meilleurs refrains d’Electric Six et « Addictive » sera interprété à la guitare acoustique. En somme, Royal Republic proposera un concert de rock varié durant lequel les fans chanteront en chœur à la demande du frontman. Ces Scandinaves apparaissent sur une affiche métal et ils le savent. Ainsi, en fin de prestation et avant un ultime titre, ils proposeront un meddley Battery (Metallica)/ Ace of Spades (Motörhead). L’intensité sera alors à son paroxysme et le groupe gagnera les cœurs de ceux qui ne les connaissaient pas.

Deuxième groupe non métal de cette journée, Flogging Molly apportera un vent d’Irlande en Alsace. Aux côtés des Dropkick Murphys, elle est l’une des formations les plus celtiques des États-Unis. Logique lorsque l’on repense au fait que Dave King, chanteur et fondateur du groupe, est né de notre côté de l’Atlantique, au pays du shamrock. Si l’humour caractérisait le concert d’ouverture, la prestation des sept musiciens sera marquée par une convivialité certaine. Il ne faudra que quelques morceaux pour le public danse, tape dans ses mains et chantent comme s’il était à une fin de match dans un pub. Les interludes seront surtout l’occasion d’offrir généreusement des canettes de Guinness à la fosse assoiffée. Revers d’une longue setlist, certains morceaux sembleront un peu répétitifs pour les non-initiés. Néanmoins, à l’instar de « Requiem For A Dying Song » ou « Devil’s Dance Floor », des titres se démarqueront de l’ensemble. Plus lente, plus lourde, ce sera aussi le cas de « Crushed (Hostile Nations)», extraite de leur dernier album Life is Good (2017). En somme, leur concert se distinguera par ses sonorités plus folkloriques et dansantes mais force est de constater qu’il faudra être fan du genre pour véritablement apprécier l’instant. Quoi qu’il en soit, à voir les pogos festifs en fin de prestation, Flogging Molly aura bien échauffé une foule, maintenant prête à accueillir les premières légendes de la journée : à savoir Anthrax.

Anthrax en forme et la messe Powerwolf

C’est à présent le milieu d’après-midi. Il fait encore jour à l’extérieur mais la salle du Zénith est plongée dans le noir. Voir Anthrax dans ces conditions, l’un des légendaires groupes du Big Four du thrash, est quelque chose de peu commun, tant la formation américaine est habituée à assumer le rôle de tête d’affiche. Sur l’étendard dressé dans le fond, les somptueuses couleurs de la pochette du disque For All Kings serviront de décors. La tension est palpable durant les dernières secondes d’attente. Dès les premiers titres, le show commencera à vive allure avec « Among the Living » et « Caught in A Mosh », deux morceaux extraits de l’album Amon The Living. D’ailleurs, la moitié du set sera dédié à ce disque sorti en 1987. Visiblement en forme, le front Joey Belladonna n’hésitera pas, pied de micro en main, à déambuler de part et d’autre de la scène et distribuera, pour le plus grand bonheur des fans arborant le nom du groupe sur leurs vestes à patchs, de nombreux médiators. De leurs côtés, Scott Ian et son acolyte guitariste assèneront riffs et soli ultra rapides dans la pure tradition du genre. Après un « Madhouse » efficace, le quintet enchainera sur « Fight ‘Em ‘Til You Can’t » et « Breathing Lightning », deux compositions aux refrains accrocheurs. Seule cette dernière chanson leur permettra de défendre leur dernière offrande métallique, pourtant réussie et résolument moderne. Le mythique « Indians » clôturera ce set d’une rare intensité mais d’une courte durée. Après une heure de jeu, ce sera finalement l’impression que beaucoup de morceaux phares ont été enlevés et la hâte de les revoir bientôt gagnera facilement….

Originaire de Sarrebruck, les Allemands Powerwolf auront la difficile tâche de poursuivre les hostilités. Outre la qualité des compositions, la force de ce combo réside dans la faculté à associer une esthétique black metal et romantique à des influences issues de chants liturgiques dont certains textes sont clamés en latin. Les mélodies seront véritablement accrocheuses et la salle du Zénith deviendra, le temps d’un concert, la cathédrale d’un power metal fédérateur. « Blesed & Possessed », « Coleus Sanctus » ou encore « Let There Be Night » ; les hymnes de cette formation défileront à une vitesse folle et Attila Dorn (chant) prendra soin d’aérer la prestation en s’adressant au public dans la langue de Molière. Bien réalisé, le maquillage du claviériste lui conférera un teint blême et cadavérique. Celui-ci voyagera, de chaque côté de la batterie, derrière ses instruments ornés d’un aigle et il viendra même titiller les fans du premier rang avec un drapeau à l’effigie du groupe. Pour plus de spectacle, les Teutons useront même d’un changement de décor et de quelques effets pyrotechniques sur le devant de la scène. Témoins de l’engouement du public, des walls of death seront aussi improvisés dans la fosse. Après plus d’une heure de show, les puissants « Sanctified with Dynamite » et « We Drink your Blood » marqueront la fin d’une prestation véritablement envoûtante.

Mastodon décevant et les mythiques Trust

En ce début de journée, les différents artistes ont bénéficié d’une excellente qualité de son. Malheureusement, ce sera moins le cas pour Mastodon. Depuis Remission (2002) et Leviathan (2004), deux albums orientés vers le sludge, les Géorgiens d’Atlanta ont évolué et proposent, à l’instar du très réussi Emperor of Sand (2017), un stoner metal progressif aux mélodies imparables. La sonorisation empêchera cependant de profiter pleinement de quelques titres mais force est de constater qu’avec une setlist largement orientée autour du dernier opus, le show sera néanmoins agréable. Contrastant la puissance des compositions, le jeu de lumière impose parfois une atmosphère plus intimiste. Cette ambiance n’empêchera par le pit, constitué de connaisseurs, de se défouler et de lancer de nombreux circle pit. Sans aucun doute, Troy Sanders et ses amis sont de bons musiciens. Ainsi, le chant sera assuré parfois par l’ensemble du quatuor, batteur compris. Impatience de voir Trust et son parfois brouillon, ce show de plus d’une quinzaine de morceaux apparaîtra finalement, pour certains, comme un peu long… Malgré le brutal « Mother Puncher », la volonté de les revoir, en tête d’affiche et dans d’autres conditions, finira par gagner….

Est-il encore nécessaire de présenter Trust ? Depuis 1977, malgré une carrière entachée par des périodes d’inactivité, les Franciliens se sont imposés comme les pères fondateurs du hard rock français. Mythe, légende, les qualificatifs pourraient être nombreux pour définir Trust, tant leur musique a bercé des générations de « hardos » à travers l’hexagone. 2016 était donc l’année de leur grand retour et cet été était l’occasion, pour eux, de se produire dans les plus grands festivals français comme le Hellfest. Le moment tant attendu arrivera finalement vers 22h. Bernie Bonvoisin et ses musiciens prennent place sur scène et ouvrent avec « L’Archange ». Bob sur la tête, lunettes de soleil, débardeur Anthrax, le frontman est caché derrière son attirail et dégage une sorte de nonchalance malgré ses quelques mouvements de bassin et ses déplacements sur scène. « Marche ou Crève », « Au Nom de la Race » ou encore « Le temps efface tout » seront chantés par tous et les paroles seront connues sur le bout des lèvres. La majorité des titres interprétés ce soir ont plus de vingt ans. Certains dans la salle n’étaient pas nés mais les textes trouvent toujours un écho dans les mentalités. Norbert « Nono » Krief, présent dans le groupe depuis les débuts, et Ismaila Diop, connu pour ses collaborations avec les Rita Mitsouko ou Olivia Ruiz, exécutent leurs riffs à la fois rock et teintés de blues. Sans cesse titillés par le chanteur, les musiciens semblent heureux d’être de retour sur les routes et témoignent de la bonne ambiance qu’il règne aujourd’hui au Zénith. Malgré une setlist commençant à faire son temps mais loin d’être ennuyeuse, ce concert se terminera une première fois sur le mythique « L’Élite ». L’apothéose de ce festival viendra alors pour le rappel… Les quelques mots du guitariste d’Anthrax plus tôt dans l’après-midi et le haut de Bernie Bonvoisin laissaient deviner quelques indices. Ainsi, lors de l’ultime « Antisocial », les New Yorkais s’inviteront sur les planches pour partager un moment d’anthologie. Les paroles de ce tube, qui a bercé de nombreuses générations, seront hurlées en français et en anglais. L’énergie dégagée sur scène alimentera alors l’hystérie dans la fosse. Un véritable moment de convivialité et de fraternité qui restera, pour beaucoup, gravé dans les mémoires ! Finalement, après tant d’émotions, la traditionnelle photo de famille scellera le sort de cette soirée.

En somme, ce festival à la programmation éclectique fut un agréable moment. Entre découvertes et concerts de groupes légendaires, il fut doté d’une richesse musicale certaine. Les quelques regrets durant la prestation de Mastodon auront vite été éclipsés par le retour de Trust sur scène et Anthrax aura confirmé son statut d’incontournable du thrash. Pour conclure, on sera impatient d’entendre si la formation française proposera, prochainement, un nouvel album studio et on attendra, avec curiosité, l’affiche de la prochaine édition du Festival des Artefacts. En espérant que celle-ci soit aussi variée et métallique que l’édition 2017…

Visuels : (c) Maxime Alix / Affiche du festival

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Simon Théodore

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