Jazz
Chick Coréa Trilogy : Good for your soul

Chick Coréa Trilogy : Good for your soul

03 mars 2020 | PAR Antoine Couder

Le trio magique s’est arrêté hier soir à la Philharmonie, à la satisfaction évidente des intéressés et d’un public enthousiaste qui a bravé les lois du coronavirus.

À bientôt 79 ans, celui que l’on considère comme l’un des plus grands pianistes de sa génération explique ce que ses amis et lui vont essayer de faire : en quelque sorte nous «coudre» un concert, ouvrage live à plusieurs mains extraits de cette Trilogy de 2003 dont il est question ce soir, enregistré live et récompensé par un Grammy pour la même formation. On reste donc entre amis.

Scarlatti. Corea fait beaucoup de blagues, lève le pouce bien souvent pour remercier ses comparses. Il prend un plaisir évident à en rajouter encore, à dire autant que faire dans ce mélange d’improvisation et de répétition extatique où le jazz est un chien fou qui s’ébroue gracieusement dans le répertoire. Ce soir, on va sentir le frisson radical du Quartet de Miles, les haussements de hanches d’un ragtime jubilatoire et une surprenante déclinaison autour d’une sonate de Scarlatti. (L 366 D). Et puis l’humour toujours lorsqu’il explique qu’il a tenté de joindre le compositeur italien par mail pour quelques points de détails, mais que celui-ci n’a pas donné suite, «sans doute trop occupé».

Diesel. Le pianiste engraine gentiment ses collègues, dans un phrasé mystérieusement tendre qui illumine Ellington, Monk et Charlie Mingus. Magique. S’il fallait émettre une réserve, on dire que le trio fonctionne un peu au diesel et qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est bien lancé. Le dernier quart d’heure de la première partie est ainsi un sommet qui nous fait saliver pour la suite… Mais, à nouveau, il faut redémarrer, vérifier les placements, sortir de sa zone de confort… Un concert est également un contrôle technique, mais sur celui-ci, les musiciens ne font pas semblant d’être sérieux et s’envolent, légers, dès que l’occasion se présente. Le contrôle devient démonstration inédite de l’art de jouer ensemble et crée la jubilation.

Gong. La seconde partie laissera un peu plus de temps à l’improvisation solo, Christian Mac Bride toujours prêt à suivre les sautillements de Corea, avec un archet si besoin tandis que la batterie de Brian Blade produit la même intensité en soutien discret qu’en improvisation générale, entre rythmes latino et esprit free jazz. La conclusion intervient passée 22 h 30, avec un petit rappel convivial où Corea finit par faire chanter la salle avant de lâcher un dernier coup de gong pour signifier la fin des réjouissances. 

Vue de la Philharmonie depuis le parc © William Beaucardet / Philharmonie de Paris

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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