Classique
Lucile Richardot et Jean-Luc Ho à l’heure anglaise

Lucile Richardot et Jean-Luc Ho à l’heure anglaise

10 juin 2020 | PAR Victoria Okada

Le dimanche 7 juin, un concert en plein air dans le quartier de La Chapelle à Paris s’est déplacé à La Matrice où nous nous sommes déjà rendus pour le rodage public d’Adam Laloum quelques jours auparavant. La mezzo soprano Lucile Richardot y a chanté des airs anglais en compagnie de Jean-Luc Ho à l’orgue et au clavecin.

© V.O.

Le ciel incertain n’était hélas pas propice pour un moment côté cour/côté jardin en plein air initialement prévu. Mais La Matrice offre une configuration autrement originale, avec une galerie-balcon qui domine la salle.
Jean-Luc Ho, que nous avons écouté quinze jours auparavant, poursuit sa série « passer la mélancolie », cette fois avec Lucile Richardot dans un programme consacré à la musique anglaise. La musique d’outre-manche n’a pas de secret pour la mezzo-soprano qui l’a abordée à maintes reprises ; elle a d’ailleurs enregistré avec l’Ensemble Correspondances et Sébastien Daucé un disque Perpetual Night (Harmonia Mundi) où des airs délicieusement mélancoliques sont légion. Pour le concert de ce jour, ils proposent des œuvres de la même époque, essentiellement de Henry Purcell.
Le concert commence par une pièce au clavecin, Dance for chinese man & women, extraite de Fairy Queen, suivie de l’air Ah! Belinda (Didon et Énée). Puis, la chanteuse prend la parole pour annoncer non sans humour le programme. Jean-Luc Ho est soit assis au clavecin — à droite de l’instrument, les partitions sont posées sur un pupitre sur pied aux extrémités duquel sont placées deux bougies qu’il a allumées au début du concert —, soit debout à l’orgue, tandis que Lucile Richardot déploie sa voix chaude en évoluant autour des deux instruments. Parfois, elle s’accompagne de gestes pour mieux s’exprimer. Ces gestes trahissent sans doute sa joie de retrouver l’auditoire et de communiquer avec lui ; En effet, dès la présentation du concert, elle a l’air particulièrement de bonne humeur et le ton est jovial lorsqu’elle explique certaines pièces, malgré la dramaturgie sérieuse de celles-ci. À l’instar de nos deux premières soirées post-confinement (celui du 1er juin est ici), une assistance réduite et la proximité approchent les musiciens du public, rendant la musique plus intimiste.

Entre ces songs tour à tour intériorisé, tendre et dramatique, les pièces de clavecin et d’orgue plus animées ravivent l’atmosphère. Au milieu, Since from my dear Astrea’s sight de Purcell sur le texte de Thomas Betterton, chanté depuis la terrasse dans une belle tension musicale, constitue le climax.

Since from my dear Astraea’s sight
I was so rudely torn,
My soul has never known delight,
Unless it were to mourn.

But oh! alas, with weeping eyes
And bleeding heart I lie;
Thinking on her, whose absence ’tis,
That makes me wish to die.

Outre les pièces de Purcell, les deux interprètes proposent des morceaux de William Webb (Pow’ful Morpheus, ley thy charms, vidéo ci-après avec l’Ensemble Correspondances), Orlando Gibbons et Maurice Green, et concluent le concert dans une touche « coquine » (le mot est bien souligné par la cantatrice !), avec l’air One charming night extrait de The Fairy Queen :

One charming night
Gives more delight
Than a hundred
Than a hundred
A hundred lucky days

Le talent de Lucile Richardot pour incarner le personnage et les doigts imaginatifs de Jean-Luc Ho sur le clavier donnent pleine vie aux partitions et aux textes, nous invitant à entrer dans cet univers suavement mélancolique — la mélancolie que les échanges avec les artistes après le concert a vite été dissipée.

photos © V.O.

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Victoria Okada

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