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Retour de la musique baroque à l’Abbaye de Silvacane à La Roque d’Anthéron

Retour de la musique baroque à l’Abbaye de Silvacane à La Roque d’Anthéron

06 août 2022 | PAR Victoria Okada

Pour sa 42e édition, le Festival international de piano La Roque d’Anthéron est dégagé de la limitation de lieux, cantonné au Parc de Florans, à cause des restrictions sanitaires durant ces deux dernières années. Désormais, la manifestation est répartie sur treize lieux, dont l’Abbaye de Silvacane pour la plupart des concerts de musique baroque en juillet. Huit moments quotidiens avec clavecin, en fin d’après-midi, ont régalé les amoureux des instruments anciens. Les trois concerts que nous avons écouté avaient une allure de petite fête de Bach.

Margaux Blanchard et Diego Ares : une complicité heureuse


La violiste Margaux Blanchard et le claveciniste Diego Ares mettent en avant la « polyvalence » de la musique du cantor de Leipzig. En effet, il propose trois sonates pour viole de gambe et clavecin, très probablement des transcriptions d’œuvres écrites pour d’autres instruments, notamment le n° 1 en sol majeur BWV 1027 était initialement composé pour deux flûtes, et basse continue (BWV1039). Si, de notre place dans la salle, le clavecin était beaucoup plus sonore que la viole, les deux musiciens réalisent une belle complicité en bravant la la chaleur qui frôlait les 40 degrés. Même si la fusion entre les deux instruments ne semble pas arriver facilement dans certains passages, une partie à cause de la chaleur qui fait modifier considérablement l’accord, la fluidité de l’une se marie avec la rigueur de l’autre. Le bis, tiré des notes d’Anna Magdalena Bach, montre le mieux leur complicité, dans l’aspect du chant mis en avant.

Jean-Luc Ho : une élégance juvénile


Jean-Luc Ho
et Pierre Hantaï  succèdent à Diego Ares, sur un même clavecin construit par Philippe Humeau d’après Gräbner, facteur proche de Bach. L’instrument originellement allemand est pour une sonorité germanique et pour la clarté des plans sonores, mais « le tempérament est français pour plus de couleur » explique le claveciniste. En effet, Bach a beaucoup copié les partitions de Couperin et affectionnait le style français. L’interprétation met l’accent sur les caractères de danses dans la Partita n° 6 en mi mineur, avec une part de légèreté « à la française », alors que le musicien insiste le côté descriptif des Pièces de clavecin (8e ordre en si mineur, du 2e Livre), restant fidèle aux indications (« légèrement », « gravement », « tendrement », « gaiement », « légèrement et très lié »). Le jeu de Jean-Luc Ho est toujours teinté d’optimisme, même les moments les plus graves tendent un sourire rassurant. Cela confère à la musique qu’il joue, notamment de Bach, une élégance juvénile.

Pierre Hantaï : une fascination naturelle

Pierre Hantaï rend hommage à Gustav Leonhardt disparu il y a 10 ans, avec des transcriptions que le Néerlandais réalisait et jouait d’après des pièces écrites pour luth et violon. « On sait que Bach jouait ces œuvres au clavecin, mais il n’en a pas laissé la trace », fait remarquer le claveciniste concernant la motivation de Leonhardt pour ces transcriptions. Comme à l’accoutumée, Hantaï choisit dans son classeur des pièces supplémentaires qui ne sont pas indiquées dans le programme, afin de compléter le tableau. Par exemple, on a pu entendre un Prélude pour orgue sans pédalier de Bach, un Prélude sans mesure de Louis Couperin et « La Flore » (5e ordre en la du 1er Livre) de François Couperin. Ces morceaux illustrent la sympathie qu’éprouvait Bach pour le style français. Excellent conférencier également, l’un des plus grands clavecinistes de notre temps livre un récit passionnant par la parole et par la musique, avec sa somptueuse virtuosité, avec ses ornements ingénieux et inventifs, avec sa façon subtile de sonner le clavecin… Chez lui, il n’y a que cette fascination naturelle, cette splendeur radieuse, cette magnificence accessible.

Le style élégant de Ho ainsi que la maestria et la liberté de Hantaï nous ramènent à l’essentiel, l’art de rester fidèle à la composition avec une abondance d’imagination.

Le Festival se poursuit jusqu’au 20 août.

Photos : Pierre Hantaï, Margaux Blanchard/Diego © Pierre Morales ; Jean-Luc Ho © Valentine Chauvin

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