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Cinq questions à David Théodoridès, directeur général de l’abbaye aux dames

Cinq questions à David Théodoridès, directeur général de l’abbaye aux dames

29 avril 2022 | PAR Hélène Biard

Alors que le festival de Saintes approche à grands pas, David Théodoridès, le nouveau directeur général de l’abbaye aux dames, arrivé en septembre 2021, nous a accordé un entretien au cours duquel nous avons évoqué ses projets pour la structure et le festival qui fêtera, en cet été 2022, son cinquantième anniversaire.

Bonjour. Tout d’abord je vous remercie de m’accorder cet entretien pour Toutelaculture. Vous avez succédé à Odile Pradem Faure en septembre 2021. Quel est votre projet pour l’abbaye aux dames ?

Il faut tenir compte de l’histoire du site, mais aussi de l’anniversaire important qui s’annonce, car 50 ans pour un festival ce n’est quand même pas rien. Le projet que je porte s’inscrit directement dans cette optique-là. Dès le début, le festival de Saintes a été dédié à la musique des XVIe et XVIIe siècles, ce qui ne nous empêche pas de programmer des musiques d’autres périodes. Il y a une effervescence et une ambiance extraordinaires dans ce lieu. Mais j’ai aussi un projet d’avenir qui s’inscrit dans un lieu ouvert sur le monde avec des résidences d’artistes venus aussi de la région Nouvelle-Aquitaine. Je souhaite aussi que l’abbaye aux dames ait un rayonnement plus important dans la région et qu’elle y acquière une dimension plus large et plus vaste. Sur le long terme, je veux également une recréation de la fête de l’abbaye avec une place plus importante faite aux musiciens amateurs et la mise en place d’une tournée pour des jeunes artistes émergents et plus particulièrement des claviéristes. Dans ce cadre-là, il y aura des concerts dès le mois d’octobre 2022. Je veux également que le JOA* sorte du paysage régional ou il est maintenant bien ancré ; et pour cela, nous assurerons une promotion plus importante et nous mettrons l’accent sur les résidences d’artistes. Nous comptons aussi assurer une visibilité plus grande autour de musicaventure. C’est un projet ambitieux qui a été pensé pour s’inscrire dans la durée, mais qui est le fruit d’une réflexion menée pour établir un juste équilibre entre toutes les actions que nous menons à l’abbaye aux dames.

En 2022, le festival de Saintes fêtera son cinquantième anniversaire. Y a-t-il des festivités particulières pour célébrer cette édition si spéciale ?

Avec Stephan Maciejewsky, le directeur artistique de l’abbaye aux dames depuis 20 ans, nous avons préparé un programme avec une tonalité très spéciale. Déjà, le programme du concert d’ouverture inclut des œuvres de Gioachino Rossini (1792-1868) ce qui est une première dans un concert du festival qui est axé sur la musique ancienne et la musique baroque. Quant au concert de clôture, dirigé par Philippe Herreweghe, il aura lieu en plein air. Rappelons qu’Herreweghe est l’un des piliers du festival (dont il fut d’ailleurs le directeur artistique de 1982 à 2002). Par ailleurs, le côté plus festif, plus rieur et plus frais du festival sera accentué. Ajoutez à cela la présence d’habitués comme le grand claveciniste Pierre Hantaï ou la violoniste Amandine Beyer qui viendra avec son orchestre Gli incogniti. Il y a aussi la volonté de réinvestir la ville de Saintes et de retourner dans des lieux qui, très utilisés dans les premiers temps du festival, avaient été plus ou moins oubliés et donc progressivement moins utilisés.

L’abbaye aux dames est fermée à cause d’une poutre dangereuse. Comment avez-vous dispatché les concerts du prochain festival ?

Dès que nous avons découvert le problème, nous avons commencé à réfléchir à la question sans même attendre la visite de la commission d’inspection. Cela nous a permis de préparer la réutilisation de lieux comme la cathédrale Saint Pierre ou l’église Saint Vivien. Après sa visite de l’abbaye, la commission d’inspection ne nous accordait qu’une jauge de 300 personnes ce qui était inenvisageable quand on sait que ce site peut accueillir entre 500 et 600 personnes. Cependant, des concerts seront donnés dans l’auditorium voisin, à la cathédrale ou à Saint Vivien, quelques concerts, ceux du matin, seront donnés à l’abbaye. C’est aussi une occasion unique de réinvestir des lieux que nous avions perdu l’habitude d’utiliser et d’investir la ville d’une manière différente, mais aussi de transformer un problème en un avantage ; et puis cela permettra à chacun de vivre une expérience différente que nous espérons réussie. Quelle que soit la date de réouverture de l’abbaye, elle reprendra sa place dans le paysage culturel saintais, mais elle n’en sera plus forcément le centre comme cela était le cas jusqu’à présent, car nous parlons bien du festival de Saintes, pas du festival de l’abbaye aux dames.

Quels concerts de la prochaine édition ont retenu votre attention ? Et pourquoi ?

C’est une question que l’on me pose souvent ; et il m’est difficile d’y répondre, car les artistes et les ensembles présents sont d’une très grande qualité. Et il faut aussi prendre en compte que ce sont quatre siècles d’histoire de la musique que nous visitons en huit jours de concerts. Si je considère qu’il faut assister au festival dans son ensemble pour ne pas avoir à choisir, on peut considérer que, dans la jeune génération la version des concertos brandebourgeois par Amandine Beyer et Gli incogniti font partie des ensembles incontournables. De même, Sébastien Daucé et son ensemble Correspondances qui remplacent au pied levé Les cris de Paris font partie des meilleurs ensembles actuels. Ils ont fait leurs débuts à Saintes et sont les dignes héritiers d’ensembles comme Les arts florissants. Ars Nova viendra cette année avec un programme consacré au compositeur et chef d’orchestre estonien Arvo Pärt. Les surprises, et son programme consacré aux compositeurs vénitiens, tout comme la compagnie La tempête (fondé et dirigé par Simon Pierre Bestion) devraient attirer un public nombreux. Mais parmi les artistes de la génération précédente, « la vieille garde », l’on retiendra la présence du claveciniste Pierre Hantaï ou encore Philippe Herreweghe à la tête de son Orchestre des Champs Élysées participent à leur manière et avec talent à défendre la diversité des répertoires.

Le Jeune Orchestre de l’Abbaye tient une place à part tant pendant la saison d’hiver que pendant le festival. À part le concert d’ouverture, prévu le 16 juillet, est-il programmé à une autre date et avec quel chef d’orchestre ?

Cette année, le Jeune Orchestre de l’Abbaye ne donne que le concert d’ouverture placé sous la direction d’Alexis Kossenko. Cela dit, il a indiscutablement sa place dans le paysage musical français. Nous voulons le voir s’ouvrir à de nouveaux horizons à Saintes, bien sûr, mais aussi dans d’autres lieux en France et à l’étranger. Il est important de poursuivre cette ambition qui permet aux jeunes musiciens français et étrangers en fin de parcours universitaire (conservatoires, parcours d’études supérieures) ou en tout début de carrière de s’insérer professionnellement et de jouer en orchestre. Car le Jeune Orchestre de l’Abbaye c’est aussi une matière vivante ; et même si cela a été compliqué avec la pandémie, le public du JOA est toujours aussi nombreux et fidèle. Nous avons pu le constater lors des deux derniers concerts de l’orchestre en décembre dernier et en février : le Gallia (la salle de théâtre de la ville de Saintes) était très bien rempli ; et de toute façon il aura toujours sa place à l’abbaye. Et d’ailleurs les deux résidences d’artistes de la prochaine saison sont déjà actées ; ces concerts sont des moments d’émotion, car nous sommes dans l’instant présent et puis ces soirées, qui sont différentes les unes des autres, permettent aussi de faire de la création en temps réel. Cette expérience unique prend une dimension presque sacrée.

Merci pour votre accueil et pour toutes les précisions que vous nous avez apportées. Il reste à attendre, avec impatience, le début du festival.

Le programme complet du festival de Saintes est ici.

* JOA : Jeune Orchestre de l’Abbaye

Visuel : © Léa Pavery Bourasseau

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Hélène Biard

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