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L’ensemble Correspondance triomphe à la cathédrale Saint-Pierre de Saintes

L’ensemble Correspondance triomphe à la cathédrale Saint-Pierre de Saintes

19 juillet 2022 | PAR Hélène Biard

L’Ensemble Correspondance était présent en ouverture du Festival de Saintes. En dépit de tempi trop lents adoptés par le chef, ce fut une belle soirée.

2022 est une année particulière pour le festival de Saintes puisqu’il fête son cinquantième anniversaire. Son directeur artistique, qui part en retraite, dans la foulée, a préparé un programme de haute volée pour célébrer ce bel anniversaire avec dignité. L’abbaye aux dames étant fermée aux concerts (à cause d’une poutre dangereusement branlante), ils ont lieu dans différents bâtiments de Saintes et à l’auditorium de l’abbaye aux dames.

La présence de l’Ensemble Correspondance, fondé et dirigé depuis par Sébastien Daucé, est un peu due au hasard. En effet, c’est l’ensemble Les cris de Paris qui devait, au départ, donner ce concert en la cathédrale Saint Pierre de Saintes ; son désistement avant le début du festival a permis l’arrivée de Sébastien Daucé et de ses musiciens qui étaient disponibles. Nous apprécions la présence dans la distribution de l’excellente alto Lucile Richardot, qui, invitée par Sébastien Daucé, a interprété l’intégralité des œuvres au programme du concert ; certaines d’entre elles étant interprétées en duo ou en quintette ce qui a permis aux trois autres artistes présents de se mettre en avant. La programmation de ce concert a le mérite de présenter des œuvres de compositeurs peu connus. Si l’intention est excellente, on regrettera une lecture d’une lenteur excessive, y compris pour la suite de danses et le Jubilate final.

Dès les premières notes de « Herr, wenn ich dich nur dich habe » de David Pohle (1624-1695), on se laisse surprendre par la lenteur excessive des tempos adoptés par Sébastien Daucé. Cela fait que, malgré les grandes qualités musicales et artistiques de l’ensemble correspondances et de son chef, brillant organiste et chef d’orchestre de talent, nous ressentons instantanément une réelle impression d’ennui. En ce qui concerne la soliste de ce concert en demi teinte, nous trouvons une interprète exceptionnelle en la très belle alto Lucile Richardot ; la voix grave et chaleureuse de la jeune femme envahit la cathédrale Saint-Pierre de Saintes sans efforts. La diction est impeccable tant en allemand qu’en latin (ses brillantes études l’ont aidée dans la pratique de ces deux langues). Si les graves sont sublimes, le médium et les aigus sont également parfaitement maîtrisés et les nuances sont quasi parfaites ; l’artiste donne le meilleur d’elle même au cours de cette soirée. Pour l’interprétation du psaume « Jesu nostrae, spes salutis » de Christian Geist (vers 1650-1711), Lucile Richardot chante en duo avec la soprano Caroline Weynants ; les deux voix s’accordent parfaitement et dialoguent avec une fluidité remarquable. Nous remarquons également une complicité rafraîchissante entre les deux jeunes femmes qui chantent ensemble avec, un plaisir évident. Pour « couper » un peu la litanie des psaumes qui se suivent, sans pour autant décoller, les musiciens interprètent une suite de danses composée par Sebastian Knüpfer (1633-1676). Si cette œuvre de musique instrumentale est la bienvenue car elle offre une respiration nécessaire au milieu de tous ces psaumes, elle ne convainc pas d’avantage ; les tempos adoptés par Sébastien Daucé sont toujours aussi lents et sans énergie. Même le « Jubilate et exultate, vivat Rex Carolus » composé par Franz Tunder (1614-1667) à l’occasion du couronnement du roi de Suède Charles XI en 1675 n’est pas aussi festif qu’il devrait l’être. Les cinq chanteurs réunis pour cette ultime œuvre, chantée en quintet ont bien du mal à nous convaincre qu’ils célèbrent le sacre du souverain d’un pays très en vue sur la scène européenne du XVIIe siècle.

Ainsi, nous avons apprécié les réelles qualités musicales des musiciens de l’ensemble Correspondances dont le talent et la valeur sont à porter au crédit de cette chaude soirée d’été, même si elles ont été un peu gâchées par les tempos lents adoptés par Sébastien Daucé. Lucile Richardot a chanté, avec un cœur énorme, l’ensemble des psaumes inscrits au programme et ses quatre collègues (les sopranos Caroline Weynants et Caroline Bardot, le ténor Antonin Rondepierre et la basse Sebastian Myrus), dont nous avons trop peu entendu les voix pourtant si belles, doivent être également salués.

Pour assister au festival de Saintes, c’est ici.

Visuel : © festival de Saintes

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