Théâtre
Meng Jinghui impose son purgatoire au Festival d’Avignon

Meng Jinghui impose son purgatoire au Festival d’Avignon

19 juillet 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Nous avions découvert la star chinoise en 2019 lors du déroutant et tourbillonnant La Maison de Thé. Nous le retrouvons pour une autre épopée dans un cloître des Carmes sublimé.

Paru en 2013, Le Septième Jour a consacré internationalement Yu Hua. Le livre a dépassé les frontières chinoises, il est traduit en français chez Actes Sud. La première question qui se pose quand un texte arrive d’un pays en dictature, c’est de savoir quels compromis ont été faits dans l’écriture, et comment il a pu arriver jusqu’à nous. Le Septième jour n’est pas une pièce politique. On a beau chercher, même dans le symbolique, on ne trouve pas trace ici d’une critique du régime. Nous sommes dans le registre du conte, encore une fois lors d’un voyage. Ceci explique sans doute cela.

Les Carmes débordent. Chaque recoin du cloître est rempli d’éléments de décor tous plus fous les uns que les autres. Une armée de squelettes, des cadavres de bouteilles, des canapés et surtout une immense machine agricole, un genre de broyeur.

« Ma crémation était prévue pour 9 heures »

L’histoire est aussi facile à résumer qu’elle est absurde : Yang Fei vient de mourir et atteint l’autre rive, il attend son enterrement, ou plutôt sa crémation. Dans ce purgatoire il croise son passé et ses regrets. La première scène de la pièce laisse penser que nous allons assister à un chef-d’œuvre. Le geste est d’une force inouïe. Imaginez : toute la troupe, et ils et elles sont nombreux et nombreuses, arrivent le visage vide d’émotion, tout en blanc, casque de musique sur les oreilles. Nous comprenons que nous sommes dans l’au-delà et que ces gens en sont les serviteurs. Très vite, et comme dans 80 % de la programmation de cette année, la musique live fait son entrée (à noter que ce phénomène se retrouve également dans le Off d’Avignon). Elle sera, au fur et à mesure que les jours avancent, de plus en plus métal.

« Nous sommes en deuil de nous-mêmes »

La pièce convoque des mythes bibliques et tragiques. On y croise Oedipe, par exemple, et l’histoire se rejoue. Au plateau, l’engagement de la troupe est total : Chen Minghao, Han Shuo, Huang Xiangli, Mei Ting, Sun Yucheng, Wang Zihang, Xiao Dingchen jouent de tout leur corps et nous font entrer doucement (ils et elles ont le temps, ils et elles sont tous et toutes mort.e.s) dans ce moment où les âmes flottent. Dans la religion bouddhiste, les fidèles effectuent des rituels tous les sept jours pour accompagner le défunt dans son voyage.

Mais ce voyage vers l’éternité nous semble un peu long, à nous les vivants. Les scènes se répètent sur le même modèle (le mort revit les moments clés de son existence) et une fois le procédé compris, un peu comme dans Le Moine noir, la pièce de Kirill Serebrennikov qui ouvrait le festival, le trop-plein fait déborder la pièce de sa précision.

Du point de vue scénographique, on a rarement vu le cloître être utilisé aussi bien, du sol au balcon. Et alors que les incendies ont repris de plus belle autour d’Avignon, il est étrange de sentir la planète brûler en regardant un spectacle eschatologique sous le regard millénaire des gargouilles qui attendent que l’eau tombe. Encore une fois, le réel et la fiction s’entrechoquent dans cette édition du Festival d’Avignon.

Le Septième Jour, Meng Jinghui, 2022 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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