Classique
Un Chausson historique au Concert de dimanche matin

Un Chausson historique au Concert de dimanche matin

22 octobre 2020 | PAR Victoria Okada

Le 18 octobre un peu avant 11 heures, au Théâtre des Champs-Elysées. Nous attendons le deuxième concert de la saison des Concerts du Dimanche Matin. Le programme s’annonce intense, mais nous ne savons pas encore à quel point. À l’issue de cette matinée, nous avons compris que nous étions très privilégiés en étant témoins d’une interprétation exceptionnelle que l’on peut qualifier d’ « historique », notamment du « Concert » d’Ernest Chausson.

Adam Laloum au piano, Pierre Fouchenneret, Sarah Namtanu et Deborah Nemtanu au violon, Lise Berthaud à l’alto, François Salque au violoncelle, ainsi que la chanteuse mezzo-soprano (ou alto ou contralto, c’est selon) Lucile Richardot. Ils appartiennent aux meilleurs des musiciens français, aux valeurs les plus sûres que l’on peut entendre actuellement sur les scènes internationales. Les voilà réunis pour le temps d’un concert, l’un des premiers avec les nouvelles restrictions sanitaires. L’attente est à la mesure de ce contexte difficile, autant de la part du public que des interprètes. Ainsi, le Théâtre des Champs-Elysée, avec la contrainte de laisser une place à côté de chaque spectateur ou groupe de spectateurs, est complet jusqu’au 2e balcon, plus d’un quart d’heure avant le début de l’entrée des artistes sur scène.
Avec les Märchenbilder pour alto et piano op. 113 de Schumann, Lise Berthaud et Adam Laloum nous mènent d’emblée dans la profondeur de leur pensée musicale : une véritable leçon sur les humeurs changeantes de Schumann. Lucile Richardot, qui aborde désormais les Lieder de Mahler (disque Das Lied von der Erde chez Alpha Classics en septembre dernier) a livré ce matin des Brahms : deux Chants op. 91 et deux Lieder op. 43. Sa projection toute droite avec peu de vibrato change des interprétations grandiloquentes « post-romantiques » auxquelles nous sommes habitués dans ce répertoire, mais la beauté de sa voix très particulière exerce toujours une fascination émerveillée. D’autant que la cantatrice explore tous les registres : couleur, timbre, luminosité, expression et théâtralité. La grande douceur dont elle fait preuve dans Von ewiger Liebe est remarquable. À la fin de cette matinée, elle chante Chanson perpétuelle de Chausson comme un récit, avec un certain détachement — est-ce son contrôle vocal qui donne cette impression ? — plutôt qu’une incarnation de la femme abandonnée et désolée. L’altiste et le pianiste sont en osmose avec la cantatrice et se complètent dans toutes les nuances.

© Quatuor Strada


Inoubliable Concert de Chausson

Arrive maintenant le clou du programme, le Concert pour piano, violon et quatuor à cordes op. 21 de Chausson, avec Pierre Fouchenneret au violon solo et le Quatuor Strada, ainsi que notre pianiste. L’entrée du violon solo est marquée par une certaine aigreur de la sonorité et le son reste autour de l’instrument, sans qu’il ne se projette au loin, mais à la réexposition, la sonorité change totalement et devient plus ample. La Sicilienne harmonieusement berçante est suivie par le troisième mouvement où les cordes se répondent réciproquement, créant une sonorité encore plus riche. L’attention des musiciens attire celle de l’auditoire, et toute la salle est absorbée par la concentration extrême mais agréable sur la scène. Puis, au mouvement final, un miracle se produit : Sept interprètes ne font qu’un. Ils ne sont plus violoniste, ni altiste, ni violoncelliste, ni encore pianiste, mais de simples serviteurs de la musique. Ainsi accèdent-ils ensemble à une véritable apothéose, une consécration triomphante de la Muse. Chaque note est un moment de plénitude et de profondeur, une réalisation rare. C’est sûr, cette interprétation restera dans les annales de l’œuvre, et on la citera pendant longtemps comme l’une des plus belles de l’histoire.

Photo © Pierre Fouchenneret

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Victoria Okada

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