Classique
Le pianiste Adam Laloum reprend le service

Le pianiste Adam Laloum reprend le service

03 juin 2020 | PAR Victoria Okada

Le 1er juin au soir, Adam Laloum a joué devant un petit rassemblement deux grandes Sonates, l’une de Brahms et l’autre de Schubert, dans un lieu inattendu du 9e arrondissement de Paris.

Alors que les terrasses de café, les parcs et les jardins s’apprêtaient à rouvrir dès le lendemain à Paris, nous étions encore dans les règlements de la phase 1 du déconfinement, avec des distanciations et le port de masque rigoureusement respectés. Dès 18h30, un petit nombre de gens commencent à arriver à « La Matrice », une ancienne fabrique au charme d’antan dont on imaginerait jamais l’existence avant de franchir les trois portes qui mènent au lieu de la soirée.
Le piano, un demi-queue parisien des années 1900, n’est pas un instrument de concert. Il a certainement besoin d’une révision complète car au cours des deux sonates il désaccordait nettement. Mais peu importe, nous sommes heureux d’entendre de vrais sons acoustiques qui vibrent — tout comme à notre tout premier concert après le déconfinement !
Adam Laloum, qui se distingue particulièrement dans le répertoire germanique, propose un « rodage public » avec la Première Sonate en fa mineur op. 5 de Brahms et la dernière Sonate de Schubert, la fameuse D960 en si bémol majeur. Il joue l’œuvre de Brahms pour la première fois devant un public et demande d’être indulgent. Mais son appréhension est vaine, car malgré quelques touchers du clavier qui peinent à sonner, et malgré un déséquilibre entre les tessitures, il réussit à apprivoiser l’instrument et le faire chanter avec poésie. Il est capable d’en ressortir une sonorité savoureuse, comme par magie. Et cette sonorité, on l’imagine plus proche de ce qu’auraient entendu nos deux compositeurs, alors notre oreille s’ajuste naturellement pour profiter de la personnalité de l’instrument et même en goûter !
La sonate de Schubert fait partie de son programme actuel, il l’a déjà interprétée au Théâtre des Champs-Elysées en février dernier. Comme dans Brahms, les mélodies ressortent merveilleusement, il remplace la voix tout simplement par le clavier ! Quelle beauté et quelle pureté dans ce conte schubertienne pourtant hanté par l’ombre de la souffrance et de la mort… Tout semble y être purifié par sa sonorité délicate qui éclaire l’œuvre entière de la douce lumière.
Voilà une soirée pleine de grâce et de réconfort qui nous a fait un bien fou !

Pour apprécier son interprétation de Schubert, son dernier disque avec les Sonates en sol majeur D 894 et en ut mineur D 958 dans lesquelles il déploie une musicalité exceptionnelle vous fera un grand bonheur.  1 CD Harmonia Mundi.

Photo © V.O.

 

 

 

 

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