Fictions
Thierry Clermont est séduit par la Havane dans « Barroco Bordello »

Thierry Clermont est séduit par la Havane dans « Barroco Bordello »

10 juin 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

Thierry Clermont est un journaliste, critique musical et poète français. Barroco Bordello est le portrait, haut en couleurs de La Havane des années vingt à nos jours, à travers le regard des nombreux artistes qui ont été envoutés par cette ville.

Lady Fotingo était « belle comme une chaude nuit ». Elle a invité le narrateur à Cuba en 1995 et lui fit découvrir La Havane et sa langue. Le narrateur a été séduit par cette Île « à la fois enchantée et martyrisée ». Il s’y est rendu à de nombreuses reprises, sur les traces du poète Robert Desnos qui, lui, a accosté à Cuba sur le vapeur « Espagne » le 6 Mars 1928. Le narrateur décrit ses promenades diurnes et nocturnes dans la Havane, sur le Malecon dans le « Barrio chino », à Cojimar le village de pêcheurs où séjournait Hemingway. Il nous parle de ses rencontres avec Gladys la mulâtresse, avec Sally l’américaine qui lui offre un tableau, « le village cubain » de Pascin, avec Padrino l’ancien guérillero centenaire qui dessina à l’encre de chine un portrait de Desnos. Il recherche surtout les traces et les souvenirs des séjours à Cuba de Robert Desnos mais aussi d’Hemingway, Garcia Lorca ou Prokofiev. Tous ont aimé « cette île au centre du désir ». La musique et la poésie cubaines imprègnent le récit, le narrateur rend hommage aux poètes cubains Lezama Lina et Escobar.

Le coeur du récit est la ville de La Havane, belle et délabrée, qui offre au visiteur de nombreuses sensations : les nuits tropicales langoureuses, la lumière de l’aube, la chaleur épaisse et visqueuse, les odeurs mais aussi la mer omniprésente, et la musique. La Havane est riche de son histoire : l’auteur décrit la guerre de la braguette entre proxénètes dans le quartier des plaisirs en 1909 ou l’enlèvement du champion de formule 1, Fangio par un commando lors de la révolution castriste en 1958. Il aborde aussi la « grande histoire » avec les dictatures de Machado et de Battista puis le castrisme. « Après la révolution la joie fut aussi courte qu’intense ». Il parle des pénuries, de l’autoritarisme de la censure et de la déception des intellectuels comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir qui se sont rendus à plusieurs reprises à Cuba après la révolution. Le livre se termine sur un adieu à Cuba tandis que les souvenirs heureux s’estompent …

Barroco Bordello est un récit sensuel et poétique, grâce à l’écriture de Thierry Clermont. Les descriptions donnent au lecteur l’impression d’une ballade langoureuse dans la ville de la Havane. Celle-ci est décrite à travers les yeux du narrateur mais aussi de ceux de tous les grands artistes du vingtième siècle qui ont aimé cette Ile. C’est donc une invitation au voyage à Cuba mais aussi dans le monde artistique des années Vingt et Trente. La poésie irrigue le récit. Les citations et les poèmes écrits en espagnol dans le texte plongent le lecteur dans l’ambiance cubaine. Le livre donne aussi un bon aperçu de l’histoire contemporaine de Cuba. Ce récit est une déclaration d’amour à cette île voluptueuse et pauvre, un vibrant hommage au peuple cubain.

Thierry Clermont, Barroco bordello, Seuil, 236 pages, 19 Euros, sortie le 27 Mai 2020

visuel : couverture du livre

Volontarisme, solidarité et adaptabilité au programme des opéras pour l’ « après » Covid
Lucile Richardot et Jean-Luc Ho à l’heure anglaise
Jean-Marie Chamouard

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