Classique
Le piano, un des points forts du Verbier Festival

Le piano, un des points forts du Verbier Festival

25 juillet 2021 | PAR Victoria Okada

De retour cette année en « présentiel » après avoir décliné en version numérique, le Verbier Festival offre un large choix de répertoire pour satisfaire tous les goûts. Si le Verbier Festival Orchestra a été remplacé par le Verbier Festival Chamber Orchestra à deux jours de l’ouverture (cas Covid chez les musiciens), le piano reste un des points forts à Val de Bagnes.

Les Sonates de Mozart par Mao Fujita, un véritable bonheur


L’événement pianistique de cette édition : l’intégrale des Sonates de Mozart par Mao Fujita, le 2e prix au dernier Concours Tchaïkovsky. Le pianiste japonais de 22 ans, invité à l’Académie en 2018 suite à son premier prix au Concours Clara Haskil l’année précédente, il y revient pour cinq récitals précédés d’un concerto de… Mozart avec le Verbier Festival Chamber Orchestra sous la direction de Gábor Takács-Nagy (17 juillet). À chacun de ces concerts, son jeu chaleureux et son bonheur de jouer du piano impressionnent les mélomanes. Lors de son premier récital à Verbier avec cinq sonates (n° 3, 4, 5, 14, 10), il communique indéniablement sa joie par une interprétation infiniment intime. En effet, il ne bouscule rien. Avec sa sonorité pure d’une beauté renversante, il introduit ça et là des fantaisies dans le respect du style classique. Ses ornements, légers et discrets, font preuve de son goût très raffiné. Dans notre interview (réalisée en japonais, à venir), il affirme que Mozart laisse une grande liberté à l’interprète, contrairement à Beethoven qui a tout écrit dans la partition. Il déclare également qu’il s’amuse toujours à imaginer comment il peut « jouer » avec ses notes. Cet « amusement » est transparent dans son interprétation, extrêmement lyrique et opératique. Il sait véritablement faire chanter le clavier, chuchoter à nos oreilles, caresser les notes. Au lieur de faire sonner pleinement certains accords comme tout le monde le fait, il pose à peine les doigts pour chérir leurs harmonies. Et cela crée un effet de surprise tendre. Mais dans l’ut majeur K. 457, les troubles sont bien là, exprimés tout à fait autrement que par la violence du son à laquelle on fait recours habituellement. Son Mozart est, encore une fois, infiniment intime, voire pudique. Mais la pudeur n’empêche pas de s’affirmer avec force. Mao Fujita est l’un des rares pianistes chez qui cohabitent l’intimité et la force affirmative, tout comme la musique de Mozart ! Les Sonates de Mozart par Mao Fujita, c’est un véritable bonheur.
* Ces cinq récitals sont retransmis en direct par Medici.tv puis visibles en replay.

Achúcarro et Kissin : les maîtres


Deux maîtres régalent le public. Joaquín Achúcarro donne un récital Brahms dans un tout autre style. Il prend tout d’abord le micro pour introduire l’auditoire à la Sonate n° 3 en insistant le lien entre les 2e et 4e mouvements. L’interprétation est tannée par le temps, riche de son vécu. Il connaît la partition jusqu’aux moindres détails, ses doigts se souviennent de comment jouer. Chaque note est chargée de souvenirs précieux, heureux ou tragiques, peut-être historiques aussi. C’est pour cela que malgré les imperfections, sa musique nous émeut. Pouvoir témoigner d’un tel jeu est absolument émouvant.
Evgeny Kissin, l’un des plus fidèles du Festival, apparaît au soir du 19 juillet à la salle Combins avec des œuvres du XXe siècles et de Chopin. Il joue la Sonate de Berg avec une perfection parfaite, en articulant tout avec clarté. Ainsi, il s’exprime bien l’idée de la série : traiter toutes les notes de façon égale. Mais cette manière d’articuler devient pesante, justement à cause de l’absence de l’hiérarchie sonore. Puis, il plonge complètement dans sa bulle en interprétant les Cinq pièces op. 2 de Tikhon Khrennikov (1913-2007), visiblement inspirées par Chostakovitch. Les Trois Préludes de Gershwin offrent une occasion de confirmer, une fois de plus, qu’il est capable de jouer n’importe quelle partition et ce, de manière impeccable, tout comme les pièces de Chopin (Nocturne, Impromptus et Polonaise « Héroïque »). Pour la question de spontanéité comme le swing ou le caractère improvisateur, l’opinion sera divisée. Quoi qu’il en soit, sa formidable concentration dans tous les répertoires nous surprend toujours.

Abduraimov et A. Gergiev : la relève


Aux côtés des maîtres les jeunes générations prennent la relève. Nous avons juste eu le temps d’écouter Behzod Abduraimov dans les Variations sur un thème de Corelli op. 42 de Rachmaninov. (Un rendez-vous avec un artiste juste avant s’est prolongé de manière inattendue.) Son engagement, sa compréhension acoustique de l’instrument, les plans sonores multiples, sa théâtralité saisissante… tout cela dans une fascinante variation infinie de la dynamique et de l’agogique. On s’emporte toujours après un tel voyage, presque initiatique que pianistique !
Nous avons également écouté le jeune Abisal Gergiev dans Schubert (Sonate en la majeur D. 664), Rachmaninov (Etudes-Tableaux n° 2 et 3) et Scriabine (Etude op. 8 n° 12 et Sonate n° 3). Il est à l’aise dans les œuvres russes, les ombres et lumières y sont peintes avec art, que ce soit d’une teinte claire ou sobre. Si son expression est encore hésitante à certains moments — par exemple, le « Drammatico » manque de franchise dans la Sonate de Scriabine —, il a tout de même une remarquable sensibilité pour la musique russe (et on attend son évolution). C’est pourquoi, nous regrettons qu’il n’ait pas proposé un programme entièrement russe, au lieu de proposer la Sonate de Schubert dans laquelle il peine à s’exprimer

Photos : Mao Fujita et Joaquín Achúcarro © Janosh Ourtilane ; Bezod Abduraimov © Lucien Grandjean

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