Politique culturelle
Alain Cofino Gomez : « Le Festival Off pourrait être le laboratoire des différences ! »

Alain Cofino Gomez : « Le Festival Off pourrait être le laboratoire des différences ! »

25 juillet 2021 | PAR Sylvia Botella

Le Festival Off s’achève bientôt, enfin presque. L’occasion de rencontrer Alain Cofino Gomez, le directeur du Théâtre des Doms et prendre le pouls de la création belge francophone. Roulez jeunesse, inventivité et avenir !

Quel est le bilan provisoire ?

Cette dernière édition du Festival Off a été un peu rude : pas d’affichage, ni flyage ; pas de restauration, ni bar ; entrée en vigueur du Pass sanitaire européen obligatoire à l’entrée des salles le 21 juillet dernier, etc. Cependant, le Théâtre des Doms a tenu ses promesses. On note que les professionnels et les publics étaient là. A ce jour, on estime que le taux d’occupation est de 80%. Les projections de billetterie sont bonnes. Mais, attendons les chiffres !

De quoi est fait le geste des artistes au Théâtre des Doms ? Quelle est sa singularité cette année ?

La percée de la jeunesse est la plus grande nouveauté. Elle y présente son visage le plus prometteur avec – outre la plus grande diversité des esthétiques – un intérêt marqué pour la réalité, brute ou retravaillée sur le plateau. Les thèmes sont significatifs : vieillir (Home de Magrit Coulon ; Tchaïka de la Compagnie Belova-Iacobelli) ; la condition sociale de la jeunesse (Ouragan de Ilyas Mettioui / Le Boréal) ou l’alcoolisme (Un silence ordinaire de Inti théâtre / Didier Poiteaux & Olivier Lenel).
On y trouve la volonté de s’affranchir de la figure de l’auteur, autrice et du quatrième mur. On aboutit à une étonnante musicalité de la parole adressée directement aux publics, passant sans cesse de part et d’autre d’étroites frontières, entre le plateau et la salle, entre la gravité et la joie, entre la vie difficile et la vie rêvée.

J’ai le sentiment que le Théâtre des Doms prend de plus en plus de risques. Cette année, vous avez imaginé le nouveau temps fort Garden Party. Il y a également le reportage photo de Céline Chariot et la bande dessinée Reporté.e.s ?

Etrangement, la crise sanitaire nous a permis d’expérimenter et briser le quatrième mur : faire autrement, autre chose ! Nous nous sommes improvisés éditeurs en imaginant des dating aveugles entre les artistes des arts de la scène qui avaient été empêchés de présenter leurs créations en 2020 et des artistes des arts visuels qui ignoraient tout de ces créations. Nous nous improvisés producteurs de podcasts audio. Nous nous sommes improvisés constructeurs d’une autre scène en plein air. Nous nous sommes improvisés créateurs in situ au travers du temps fort Garden Party.
Dans la crise, nous avons trouvé une salutaire tentative de renouvellement. Le Théâtre des Doms n’est pas seulement le formidable outil de diffusion des artistes et des œuvres de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est aussi un outil de création. Chercher le geste artistique et ne pas en faire un objet de marketing – et possiblement l’accident – est sans doute notre souhait le plus significatif en 2021. Plus que le photo-reportage, la série des podcasts Francophoniriques ou la bande-dessinée, la photographe Céline Chariot, le metteur en ondes Christophe Rault et les 9 artistes visuels ont posé un vrai regard artistique sur le théâtre, les artistes et les œuvres invités au Doms.
Garden Party a été l’occasion de convoquer un jury de non professionnels de la programmation (Dorcy Rugamba, Caroline Cornelis, Anne Thuot, Bérénice Masset, Soufian sl Boubsi). Je voulais être étonné, déplacé. Le jury a choisi trois formes courtes mixant cultures urbaines, performativité et théâtralité : Fusion de Joëlle Sambi & Hendrickx Ntela/Lézarts urbains (futures artistes associées du Théâtre National Wallonie Bruxelles) entre slam et Krump ; Ce baiser soufflé sera pour toi de Chloé Larrère entre football et pédicure ; La Pavane de Bogdan Kikena / Compagnie Wozu qui questionne la relation aux spectateurs. A la fin juin, je ne savais toujours pas ce qui serait vraiment présenté. C’était à la fois inquiétant et excitant.

Comment le Théâtre des Doms se positionne-t-il face à l’accélération de la digitalisation du spectacle vivant actuelle ?

Les déplacements que nous avons opérés se sont peu aventurés sur ce terrain-là. Notre attention s’est portée davantage sur des médiums plus classiques : la radio, le dessin, la photographie. En revanche, je suis fasciné par les expérimentations hybrides qui ne sont ni du cinéma ni de la création audiovisuelle telle que la captation filmée du spectacle Desperado de Willem De Wolf et Ton Kas des collectifs Enervé & Tristero sur la plateforme numérique de la RTBF : Auvio. Je m’intéresse aux frictions des médiums. Pour comprendre ce que c’est, il faut découvrir le spectacle La Dernière Nuit du monde de Laurent Gaudé mis en scène par Fabrice Murgia au Festival d’Avignon. Dans ce sillage, nous devions accueillir le journal théâtralisé de Valérie Cordy. Mais faute de matériaux suffisamment tangibles pour elle, nous avons préféré reporter le projet.

Quel est votre état d’esprit ?

Je suis à la fois heureux et triste. Mais le Festival Off a eu lieu ! Ceci étant dit, le festival est à un tournant ! Je fais partie du bureau des Associations. Je tâche d’être très actif. Selon moi, il s’offre à lui deux possibilités. Redevenir ce qu’il était. Ou évoluer en intégrant de manière positive ses grands questionnements écologiques et sa spécificité : la diversité. Le Festival Off pourrait être le laboratoire des différences. Que pouvons-nous faire unis dans nos différences de moyens et méthodes ? Comment le Festival Off peut-il être à la fois libre et de qualité ? Au regard de la crise qui a accentué la pauvreté culturelle et financière, l’enjeu est de taille. Attelons-nous y !

Théâtre des Doms / Festival Off du 5 au 27 juillet 2021

Visuel © Céline Chariot

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Sylvia Botella

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