Musique
Le best of musique 2020

Le best of musique 2020

17 décembre 2020 | PAR La Rédaction

Qu’ont écouté et aimé les rédacteurs de Toute La Culture, toutes musiques confondues ? C’est ici !

Eliaz 

Malgré les confinements successifs et le climat de crise sanitaire mondial, l’effervescence de nouvelles musiques n’a guère été stoppée cette année. Parfois, les oreilles inondées par cette masse sonore en continu, permise et entretenue par l’ère du streaming, a pu me submerger, voire m’étouffer. Mais, c’est cette profusion qui permet aussi la diversité des voix qu’on y rencontre et de nombreux artistes musicaux ont su m’accompagner dans cette année de confusion et d’isolement. L’abondance d’excellents albums était si grande que je pourrai facilement céder à une longue énumération sans noyau dur. Mais, parmi eux, certains résonnaient d’un écho particulier avec les temps qui courent. 

Ainsi, avançant toujours à son propre rythme (en moyenne un album tous les 7 ans), Fiona Apple a sorti mon album favori de l’année Fetch the bolt cutters en plein 1er confinement, le 17 avril. Alternant entre chants de résilience (« Shameika », « For her ») et d’émancipation féministe (« Under the table », « Ladies », etc.), le disque au rythme très percussif est particulièrement remarquable par la manière dont l’artiste utilise son domicile (où elle a enregistré une grande partie de l’album) comme une véritable boite à musique pleine de trouvailles et d’inventions. Une invitation à la création à partir de son environnement quotidien, rendue d’autant plus presciente une fois que nous nous sommes tous retrouvés cloitrés chez nous. Punisher, de Phoebe Bridgers sonnait également comme un disque de confinement, mais pour des raisons bien différentes. Dans un album où le dépouillement et l’isolement règnent en maitre, le timbre clair et doux-amer de la jeune prodige résonne au-dessus des échos des fantômes du passé revenant la hanter, où annonce la fin du monde à venir, sur son dernier titre et magnum opus « I Know the End ». N’oublions pas non plus Soccer Mommy dont le deuxième album, Color Theorysorti début 2020, lorsque l’espoir naïf d’une année sans encombre était encore possible, dépeint tout de même des sentiments qui n’ont pu que nous habiter durant ces longs mois de confinement. Nulle mieux que sa chanson « Circle the drain » décrivant cette impression de tourner en rond au point de perdre pied. Ou encore, Taylor Swift, qui a enregistré son album Folklore entièrement en isolement et qui en a profité pour changer son fusil d’épaule et transitionner de ses balades égocentrées habituelles aux récits à la fois intimes et universels d’une galerie de protagonistes qui nous hantent longtemps après la dernière écoute (« August », « Betty »…). 

Cette année fut également pleine de temps d’indignation. La plus forte étant certainement celle face aux injustices raciales mises en lumière par la mort filmée de Georges Floyd, tué par un policier aux États-Unis. C’est ce climat de juste colère et de désirs enflammés de changement qui nourrit et donne toute sa force brute à mon deuxième album de l’année : RTJ4 du duo hip-hop Run the Jewels où les lignes dénonçant le racisme systémique (dans « Ju$t » en particulier, détaillant avec un regard acéré les affinités entre État capitaliste et État raciste) laissent place à des descriptions glaçantes (« walking in the snow ») sans ellipses ni concessions, d’images de mort rendus d’autant plus prescientes et traumatisantes par les images réelles qu’il nous a tous été donné de voir. C’est également l’indignation, mais cette fois-ci « de classe », qui anime la musique de Billy Nomates, nouvelle venue quasi inconnue de la scène rock américaine, qui dans la chanson  la plus mémorable de son 1er album éponyme : « Hippy Elite » vient dénoncer les difficultés pour la classe populaire de s’engager pleinement dans les combats d’aujourd’hui dans un monde où le travail et l’économie, sont les deux principes régnant en maîtres.

Enfin, il aurait été difficile de survivre à cette année, sans toutes ces chansons qui ont fait fi du contexte ou sont sorties avant que cette année prenne une tournure apocalyptique. Celles qui nous ont permis de nous échapper virtuellement dans un monde où les boites de nuit seraient encore le lieu d’accueil des corps enfiévrés par la musique et le désir et où retrouver ses amis pour faire la fête semblerait la plus banale et simple des choses à faire. Rendons ainsi hommage aux artistes qui ont su rendre ce miracle possible le temps d’un album : Dua Lipa et son Future Nostalgia qui fait revivre l’énergie libre et folle des clubs discos des années 80 tout en y apportant la précision et l’efficacité de la Pop d’aujourd’hui, mais aussi Lil Wayne et Damso qui à deux points totalement différents dans leurs carrières, témoignent à nouveau de leur vitalité en alternant égo-trips jubilatoires et autopsies introspectives de leurs grands cœurs malades sur des disques (respectivement Funeral  et QALF) qui n’offrent pas un moment de répit

Mahaut

Cette année, comme toutes les autres années d’ailleurs, la musique a été ma meilleure amie. Voguant sur quelques morceaux du nouvel album de Jul, La machine, que je n’ai pas honte d’adorer, cette année fut bercée par la voix mélancolique de The Weeknd dans son nouvel album After Hours. Un peu plus tard dans l’année, lors de la mort tragique de Georges Floyd aux États-Unis, je me suis surprise à écouter en boucle l’album de Beyoncé Black Is King, qui offre un hommage esthétique vraiment touchant à l’identité noire. Puis l’hiver est revenu, et avec lui, les heures sombres, délicieusement accompagnées du chanteur Joji et de son nouvel album Nectar mi RnB, mi pop.

Naoual 

La musique nous accompagne au quotidien ; elle nous communique des sentiments, nous transporte ; cette année loin de nos proches, elle a particulièrement réchauffé nos cœurs, mon cœur. Alors entre deux conférences zoom plusieurs morceaux et albums m’ont suivie. Il y a tout d’abord l’album Gore de Lous and the Yakuza sortie en octobre 2020 que j’écoute en boucle depuis. Empreints à une forme de romantisme, ses textes mêlent habilement rap, trap, R’nb et mélancolie. J’ai énormément aimé écouter Ben Mazué dont mon coup de cœur pour son morceau Le cœur nous anime en collaboration avec l’artiste Poupie dont je ne me passe plus. Pesetas de Rilès m’a également accompagnée lors de longues journées. Je remercie également l’artiste Camille Lellouche pour son titre coco Corona qui m’a donné le sourire à de nombreuses reprises. Et enfin entre deux confinements cet été Dance Monkey de Tones And I m’a permise d’oublier l’espace de 3:29 minutes que la vie d’avant c’était avant. 

Pierre

Consolons-nous en cette fin d’année plus que nulle avec cinq albums rocks qu’on a pu avoir la chance d’écouter (et réécouter encore et encore entre deux tentatives ratées de pain maison pendant nos confinements) avec, pour commencer, une petite perle, une petite pépite, les Tascam Tapes de DeWolff. Sorti en tout début d’année (ah, nostalgie), cet album du trio néerlandais est un chef-d’œuvre. Chef-d’œuvre qui, il faut le souligner, a été enregistré au moyen d’un Tascam Porta Two, un enregistreur 4 pistes cassette des années 80. Et le son est par ailleurs magique. Leur rock psyché disco touche à la perfection et clairement, l’année 2020 partait sur de bonnes vibes.

Puis, vient le retour des mastodontes, du groupe ayant marqué le retour du post-punk au début des années 2000, les Strokes. Le quintet new-yorkais se rappelle au monde après sept ans d’absence avec The New Abnormal, sorti en avril. Sans jamais trop s’éloigner de leurs racines, les Strokes font de la musique d’adulte, et l’album reste comme toujours une merveille. Il paraît nécessaire de souligner leurs clips, toujours plus engagés, avec, en particulier, celui de « The Adult are Talking », sorti il y a peu, magnifique et drôle, à l’image des Strokes.

Continuons rapidement avec encore et toujours du post-punk, et parlons des Fontaines D.C. Après leur premier album sorti l’année dernière, ils reviennent asseoir leur statut de phénomène du genre fin juillet dernier. Et, il est peu dire qu’ils ont réussi l’impensable. En magnifiant leur style, leur poésie, leur noirceur, le quintet dublinois s’est fait montre d’une facilité déconcertante à cocher toutes les cases d’un album absolument parfait. Un autre chef-d’œuvre de l’année, sans aucun doute.

Un autre mastodonte récent, qui, lui, n’a déjà plus grand-chose à prouver, a remis le couvert avec un troisième album punk absolument faramineux. Le quintet IDLES, straight from Bristol, était de retour avec Ultra Mono. Toujours aussi politisés, toujours aussi énergiques, toujours aussi noirs, entachés de pointes d’humour dont ils se sont fait une signature, les Anglais restent dans leur base pour un album qui ne peut être mieux illustré que par sa cover, un énorme ballon rose en pleine tête. C’est clairement l’effet que fait la combinaison de deux guitares au son ravageur, d’une batterie percutante, d’une voix acerbe et d’une basse plus que massive. Une vraie pépite de punk, pour bien comprendre qu’on n’est jamais vraiment seul à détester la tournure que prend le monde.

Et pour finir, le trio Bee Bee Sea, voyant le monde occidental retomber dans une deuxième vague, nous a fait cadeau d’un nouvel album début octobre dans le but de survivre face à une fin d’année qui s’annonçait plus que maussade. Et clairement, ils ont fait mouche. Le rock garage aux touches psychédéliques des Italiens est une pure merveille. Chaque chanson est une sorte d’hymne où l’on se surprend à s’époumoner une fois le soleil tombé (à 14h, donc). Il est parfois incompréhensible de voir si peu d’audience devant tant de talent, et s’il est bien un album qui a le mérite d’être écouté, surtout pendant les déprimes de Noël (qui aime vraiment Noël ?), c’est bien celui-ci !

Jean Marie

Les concerts se sont faits rares cette année, mais je me rappelle quelques coups de cœur ! À la Philharmonie de Paris, le 11 février, la pianiste d’origine géorgienne Élisabeth Léonskaja interprètait des œuvres romantiques allemandes. Beethoven, Schumann et Schubert : trois sonates interprétées avec simplicité, sobriété, virtuosité, délicatesse. Ce fut un moment de grande émotion. Les festivals aussi se sont faits rares cet été. Celui de l’abbaye de Lassay a été préservé : L’orchestre de chambre « les Talens Lyriques » a interprété Les quatre saisons de Vivaldi et un concerto pour clavecin de JS Bach. Cette abbaye normande du 11e siècle est somptueuse et ce fut magique. La Seine musicale enfin cet automne. Vivaldi aussi avec l’orchestre Jupiter et Léa Desandre. Plusieurs concertos et un bon aperçu de l’œuvre vocale de Vivaldi. La jeunesse des musiciens, leur entente amicale leur enthousiasme était communicative et le public a été séduit.

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La Rédaction

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