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Taylor Swift : toujours dans la même forêt ?

Taylor Swift : toujours dans la même forêt ?

08 septembre 2020 | PAR Eliaz Ait Seddik

Alors que Taylor Swift bat un nouveau record de ventes aux Etats-unis, précédemment détenu par Whitney Houston, avec son album Folklore, il était temps pour nous de revenir sur les raisons musicales de ce succès. 

« Are we out of the wood ? » (« Sommes nous sorti de cette forêt? ») demandait Taylor Swift en 2014 sur son album de transition de la country à la pop, 1989. Six ans plus tard et quelques millions d’albums vendus, c’est encore une forêt dans laquelle la chanteuse s’affiche sur la pochette de son nouvel album et une fois de plus une transformation que celle-ci vient accompagner. De sa peau d’adolescente maladroite et sur-émotive des débuts country elle était passée à celle d’une star de la pop à la maîtrise incontestée des hit-parades. Maintenant, après trois disques dans ces teintes conquérantes, la voilà empruntant les sentiers plus tortueux d’une musique étiquetée « indée » réalisée intégralement en quarantaine, où selon ses dires, son « imagination a vogué librement », et où froides orchestrations, piano et guitares tour à tour acoustiques ou électriques sont les couleurs musicales prédominantes. 

Nouveau collaborateur : nouveaux horizons ? 

Cela est en parti le signe de l’arrivée d’un nouveau collaborateur a ses cotés, dont les médias musicaux américains ont fait grande affaire : Aaron Dessner, membre fondateur et compositeur du groupe indie-rock The National. Une collaboration pour le moins inattendue pour la super star, plus habituée aux grands gourous de la Pop comme Max Martin (Britney Spears, Ariana Grande, etc…). Ce n’est d’ailleurs pas la seule présence inattendue puisque Bon Iver, autre chanteur de rock indépendant reconnu, vient le temps d’un duo (« Exile ») prêter sa voix caverneuse.   

La musique y est alors plus atténuée, voire parfois oppressante par ses notes éparses, et laisse ainsi plus de place à la voix de la chanteuse. Cette dernière,frêle et doucereuse, est bien loin de la puissance vocale de certaines de ses rivales, mais s’impose justement par ses caractéristiques propres. Un ton confessionnel, comme si elle nous lisait à voix basse le contenu de son journal, et parfois des inflexions spontanées, qu’elles manifestent l’enthousiasme ou le désespoir, en lieu et place des prouesses des grandes divas. 

Taylor Swift : toujours la même, après tout ? 

Mais, malgré cette mue musicale, Taylor Swift ne trompe pas grand monde. Il s’agit toujours de cette même adolescente rêveuse, qui écrivait des confessions musicales dans son journal intime, enfermée dans son corps d’adulte. Car, la raison de son succès et de la fidélité de ses fans est que, quand bien même Swift nuance, voire change, sa formule à chaque album, elle le fait sans jamais aliéner ce qui chez elle les a charmé, en premier lieu. C’est à dire, cette vulnérabilité érigée en arme de combat ainsi que ce regard plein de candeur face aux émotions humaines. Lesquels s’expriment par des envolées lyriques digne de poètes romantiques, dont elle revendique d’ailleurs la filiation dans le dernier titre « the lakes », où elle demande à son être aimé de l’amener « to the lakes where all the poets went to die » (« aux lacs où tout les poètes s’en sont allés mourir »).  Dans cette même idée, une forme de mélancolie semble enrober l’intégralité des titres où plus souvent qu’à l’accoutumé, elle parle au passé : du premier titre « the 1 » et son « the greatest loves of all time are over now » (« les plus grands amours de l’histoire sont tous finis à présent ») à « seven », réminiscence chargée de regrets d’une amie d’enfance dont elle a oubliée le nom. 

Le réel changement n’est alors pas tant à trouver dans la musique, que dans les paroles en elles-mêmes. Ainsi, ce qui est inédit ici, c’est l’effacement d’un « moi je » égocentrique qui jusque là régnait en maître absolu sur sa discographie. De fait, c’est cette capacité à se mettre dans la peau d’autres qu’elle-même qui nous parait un signe de maturité, plus que son envie de s’éloigner des conventions musicale de la pop. Exemplaires de cette nouvelle tendance, un triptyque de chansons, qu’elle surnomme « the teenage love triangle » (« le triangle de l’amour adolescent »), composé de « Cardigan », « August » et « Betty », où elle adopte tour à tour la perspective d’une adolescente se lamentant sur l’adultère de son amoureux, de l’amante d’une nuit d’été de ce dernier et enfin du trompeur en quête de rédemption lui-même. Tandis que dans le seul titre chargé de l’ombre de l’actualité, « Epiphany » elle se glisse d’abord dans la peau d’un soldat durant la 2nde guerre mondiale, puis de soignants durant l’épidémie de la Covid, effectuant ainsi une parallèle entre les deux fronts. 

Il est alors étonnant, qu’il ait fallut passer par l’isolement du confinement, le repli sur soi, pour que cette personnalité si publique, en arrive à se projeter dans la vies d’autres qu’elle-même. Taylor Swift ressort alors de cette forêt à la fois toujours semblable à elle-même mais avec une empathie que nous ne lui connaissions pas auparavant.

© Beth Garrabrant : pochette de l’album Folklore – Taylor Swift

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Eliaz Ait Seddik

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