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Avec « Black is King », Beyoncé offre un certain hommage esthétique à l’identité noire

Avec « Black is King », Beyoncé offre un certain hommage esthétique à l’identité noire

08 août 2020 | PAR Loïs Rekiba

L’album visuel « Black is King » revisite « le Roi lion » et nous offre un récit de l’histoire de la subjectivation noire et de son empowerment. Un résultat très esthétique, à la frontière entre la promotion des talents africains et d’un capitalisme assumé mettant en avant la créativité indéniable de Beyoncé.

black is king

L’album visuel Black is King n’est pas « radical » en matière de politique. Il a plutôt pour ambition de décrire l’histoire des Noirs en montrant la portée des luttes et des sacrifices d’ancêtres ayant portés la cause noire, et leurs enjeux dans notre présent. 

Cependant, il faut avouer que, à l’instar du blockbuster Black Panther (signé Marvel), ce clip-fleuve semble mettre en scène une sorte d’afro-optimisme, et donc une Afrique relevant presque…d’une chimère propre à figurer sur les papiers glacés. Sommes-nous après tout en droit d’en réclamer plus de la part d’une franchise grand public telle que Disney+ ? Certes non. Mais une chose reste certaine. Beyoncé fait très bien le job. Elle reste une figure inspirante et, surtout, hautement inspirée pour produire un univers extrêmement léché et extravagant dont elle seule détient la recette.

De ‘Lion King’ à ‘Black is King’, continuités et écarts remarquables 

The Lion King : The Gift, l’album que Beyoncé avait produit pour accompagner le film Le Roi Lion était déjà à lui seul une intense et belle déclaration de fierté, d’unité et de puissance créative de la diaspora africaine. On pouvait y écouter des voix africaines modernes et des sons africains l’étant tout autant, non pas comme la caution d’exotisme de la grande production américaine, mais bien plutôt comme des égaux qui, par le travail musical, se renforcent mutuellement, dans une admirable et engageante fraternité internationale.

L’album Black Is King que nous livre aujourd’hui Queen B est d’ailleurs construit sur les chansons de l’album The Lion King: The Gift. Mais il pousse le bouchon encore plus loin. La version deluxe de The Lion King : The Gift ne prolonge que peu l’album original ; un des ajouts notables est constitué de deux versions de la chanson « Black Parade » (dont l’une, magnifique, où l’on peut entendre un choeur style fanfare), une chanson qui parle principalement des protestations du mouvement international Black Lives Matter. Aussi, la version deluxe ne connaît pas les bribes de dialogue du « Roi Lion » qu’on pouvait entendre dans l’album d’origine (heureusement!).

trailer black is king

Black Is King contient encore des extraits de Lion King – notamment lorsqu’il s’agit d’insister sur certains de ses messages comme, par exemple l’idée (contestable) que la royauté est associée à une nécessité et à une responsabilité « virile ».

Aussi, Beyoncé y déclame des poèmes de Warsan Shire -la poétesse britannico-somalienne- pour mettre en valeur, à travers eux, les gloires des beautés noires et la pluralité d’héritages millénaires de l’Afrique. D’autres tracks de l’album font aussi appel à la musique traditionnelle africaine avec, notamment, plusieurs enregistrements de Smithsonian Folkways – éditeur de musiques à but non lucratif. Et, de fois à autre, l’album intercale des choeurs de voix absolument magnifiques là encore (prenez le chœur en costume violet qui rejoint Beyoncé pour chanter « Spirit », en a capella !).

Beyoncé, la seule et l’unique

Beyonce

Mais au delà de tout ça c’est incontestablement Beyoncé qui est la vedette de Black Is King. La reine de la soul et du RnB se met en scène à travers toute une myriade d’archétypes : mère, business-woman, clubbeuse, motarde, reine. Elle nous en met plein les yeux avec une garde-robe sans limite inspirée de l’iconographie africaine ancienne mêlée à une dimension extravagante de la Haute Couture. Sur scène -ou plutôt sur les scènes- la diva se donne à fond au milieu de glorieux paysages ouverts, d’un manoir, en passant par un vaste entrepôt de gravier jusqu’à…une Rolls-Royce aux motifs léopard ! 

« Black is King » est à voir sur la plateforme Disney+.

©visuels du clip par Travis Matthews 

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