Fictions
« Rachel et les siens », la Palestine originelle rêvée de Metin Arditi

« Rachel et les siens », la Palestine originelle rêvée de Metin Arditi

08 août 2020 | PAR Yaël Hirsch

Dans le nouveau roman qu’il nous livre pour cette rentrée littéraire 2020, l’écrivain francophone d’origine turque Metin Arditi nous plonge au centre d’une grande famille de cœur unie à Jaffa dans les années 1910 et où juifs ashkénazes, séfarades et arabes maintiennent tant bien que mal les liens qui les unissent malgré les soubresauts du 20e siècle. Rachel et le siens procure de la nostalgie à l’état pur. 

Rachel, l’héroïne du livre, grandit à Jaffa dans les années 1910, de parents juifs séfarades et de frère de lait arabe. Son enfance heureuse est bouleversée par l’arrivée d’une sœur d’adoption: la petite Ida, juive russe orpheline, recueillie par ses parents coupables de n’avoir pas sauvé sa famille. La fin de l’Empire Ottoman tend la situation en Palestine et la famille de Rachel doit quitter sa maison pour aller se réfugier dans un Kibboutz d’idéologie sioniste. Où Rachel commence à faire jouer à sa sœur à l’âge de 12 ans des pièces nostalgiques de la fraternité entre arabes et juifs dans la langue qu’elle vient juste d’apprendre : l’Hébreu… Un enfant mort, un deuxième né, un mari massacré pendant la guerre à Istanbul où elle a dû se réfugier et une histoire d’amour avec un diplomate collabo plus tard, elle reprend, loin de Jaffa, sa carrière de dramaturge … 

Touffu est emprunt d’énormément de nostalgie pour la Palestine avant Israël et la Turquie avant la fin de l’Empire Ottoman, ce roman étonnant joue sans se cacher la carte du mélodrame pour restituer la complexité d’un contexte géopolitique à la fois complexe et tragique. Avec quelques accents wagnériens autour de l’inceste et les pactes de sang pour signer la paix des peuples dans la chair, assez touchant avec des personnages féminins plus forts et marqués que les hommes, c’est un livre de résilience. Le propos de cette fresque s’assortit assez bien à son charme démodé et sa langue théâtrale pour nous retenir en haleine sur plus de 500 pages. 

Metin Arditi, Rachel et les siens, Grasset, 512 p., 24 euros. Sortie le 26/08/2020. 

visuel : couverture du livre 

 

 

« Quelle joie de vivre » Alain Delon virevoltant et libre chez René Clément
Avec « Black is King », Beyoncé offre un certain hommage esthétique à l’identité noire
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *