A l'affiche
« Quelle joie de vivre » Alain Delon virevoltant et libre chez René Clément

« Quelle joie de vivre » Alain Delon virevoltant et libre chez René Clément

07 août 2020 | PAR Olivia Leboyer

Un an après Plein soleil, Alain Delon retrouve le réalisateur René Clément pour une comédie franco-italienne entre ombre et lumière, tout en légèreté. Ce film de 1961 sort en reprise, ne le manquez pas.

L’action se situe à Rome, en 1921. Le jeune Ulysse (Alain Delon) sort de l’orphelinat avec son copain Turridu. Sans repère dans la grande ville, les deux garçons s’inscrivent, par facilité, au parti fasciste. « Voilà un sandwich d’homme libre ! » lance Ulysse à son compère qui avait sagement pris de la mortadelle. Lui y fourre toutes sortes de bonnes choses à profusion, mozzarella, olives, oignons. Sa première mission d’Ulysse consiste à infiltrer une petite imprimerie familiale tenue par des anarchistes. Mais là, le jeune homme va trouver un foyer bizarre, plein de charme. La cuisine de la Mama, les noms originaux des fils (Aéoroplane, Univers), un grand-père ermite et farceur le séduisent. Surtout, la jolie Franca (Barbara Lass), jeune fille de la maison, retient son attention. Alors, Ulysse se glisse naturellement dans les attitudes et les codes des anarchistes, se donnant pour nom El Composanto (le cimetière). Quitte à passer pour un anarchiste, autant prendre le costume d’un grand terroriste flamboyant !

D’une saynète à l’autre, le film se déplie sur un mode bondissant. René Clément chorégraphie comme un ballet les mésaventures et malentendus en cascade. Sans identité figée, Ulysse épouse sans difficulté les allures de son personnage et fascine le petit cercle des anarchistes. Une grille d’aération, une trappe, un trou de serrure forment un dispositif scénique très théâtral. Souplesse de chat, regard plein de candeur, Alain Delon imprime à ce rôle une touche de douce mélancolie. Amoureux de Franca, il lui avoue la supercherie, mais en vain, la jeune fille persiste à le croire un héros. « Allons-y, je serai merveilleux, mais c’est vous qui l’aurez voulu ! » réplique-t-il alors. Prisonnier de cette image de héros, le voilà entraîné dans de folles aventures, lui qui rêve de calme et de douceur : « Si j’étais riche, j’achèterais plein de parenthèses en or pour y vivre avec vous ».

« Candida, ma candida, quelle joie de vivre et quel émoi ! Quelle joie de vivre quand mon cœur flotte, suspendu au fil du bonheur », cette chanson résonne dans un petit restaurant où les deux amoureux en cavale se sont réfugiés momentanément. L’esprit du film est à l’unisson, vibrations légères vers une liberté menacée et si précieuse : « La liberté, c’est un petit trou dans une prison, comme la moelle dans l’os ».

Quelle joie de vivre!, film franco-italien de René Clément, avec Alain Delon, Barbara Flass, Gino Cervi, Rina Morelli, Carlo Pisacane, 1h55. En salles aux Ecoles Cinéma Club et au Luminor Hôtel de Ville.

visuels: affiche et photo officielles du film.

L’agenda du week-end du 8 août
« Rachel et les siens », la Palestine originelle rêvée de Metin Arditi
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *