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Honneur et blâme pour Alain Delon au Festival de Cannes

Honneur et blâme pour Alain Delon au Festival de Cannes

15 mai 2019 | PAR Juliette Mariani

Alors que le Festival de Cannes semblait s’orienter vers plus d’inclusivité, la polémique éclate autour de la décision de récompenser Alain Delon en dépit de ses déclarations publiques misogynes et homophobes. Réveil d’un débat interdisciplinaire : jusqu’à quel point l’œuvre peut-elle être distinguée de l’homme ?

Il y a exactement un an à Cannes, le Collectif 50/50 publiait ces chiffres : dans toute l’histoire des sélections du Festival, on compte 82 films de réalisatrices, contre 1 645 films mis en scène par des hommes. Cette année, les organisateurs du Festival semblaient avoir compris la leçon : mise à l’honneur d’Agnès Varda, constitution d’un jury paritaire, sélection en compétition pour la Palme d’or de quatre films de réalisatrices — un record. Mais dans ce contexte de restauration d’image, une pétition lancée par une internaute américaine fait du bruit : elle conteste la décision d’attribuer à Alain Delon, accusé de misogynie, d’homophobie et de racisme, une Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Cette pétition, qui rassemble déjà 20 000 signatures, fait référence aux nombreuses déclarations controversées de l’acteur, comme sur le plateau de France 2 en novembre dernier, à la veille de la journée contre les violences faites aux femmes : « Une gifle, c’est machiste ? Oui j’ai dû être machiste. » L’association Osez le féminisme ! dénonce sur sa page facebook : « N’est-ce pas choquant de célébrer un agresseur machiste un an après #Metoo ? ». L’acteur s’est également fait remarquer pour des propos homophobes, déplorant entre autres dans le Figaro en 2013 « une époque qui banalise ce qui est contre-nature ». La pétition fait enfin mention de sympathies pour l’extrême-droite.

Réagissant à cette vague de protestations, Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, a déclaré à l’occasion d’une conférence de presse donnée il y a deux jours ne pas revenir sur la décision de récompenser Alain Delon, et dénonce une « police politique » : « Alain Delon a le droit de penser ce qu’il pense ». Il ajoute : « Le Festival condamne certains propos, mais pas la liberté d’expression ». Le président du Festival, Pierre Lescure, a tenu un discours similaire sur France Inter hier matin, enjoignant de distinguer le discours d’Alain Delon de ses actes. D’autres soutiens de l’acteur déplorent un discours moralisateur attribué à « l’ère #MeToo », et soutiennent que c’est la carrière et le jeu légendaires de Delon qui sont récompensés, et non ses idées. On peut pourtant se demander si des violences physiques et des propos homophobes ne sont pas davantage du côté du délit que de celui de la simple « opinion ». Question d’autant plus problématique quand c’est un personnage sous le feu des projecteurs, et non une personne privée, qui fait entrer sur la scène publique lesdites opinions…

 

Visuel : affiche éditée par le Festival de Cannes en l’honneur d’Alain Delon. 

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