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Cannes 2019 : « Le Daim » de Quentin Dupieux ouvre la Quinzaine des réalisateurs en folie

Cannes 2019 : « Le Daim » de Quentin Dupieux ouvre la Quinzaine des réalisateurs en folie

16 mai 2019 | PAR Adrien Naselli

En ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, le Français Quentin Dupieux présentait un septième long-métrage déconcertant, à la fois gore et hilarant, Le Daim. L’histoire d’un type qui développe une relation fétichiste avec son blouson 100 % daim, et qui finirait par emporter dans sa folie le plus cartésien des festivaliers.

Ça commence par la ballade de Joe Dassin : « Et si tu n’existais pas / Dis-moi pourquoi j’existerais. » Georges, incarné par un Jean Dujardin plus daddy que jamais avec sa barbe fournie et sa légère bedaine, est sur les routes dans un coin incertain de la France. Des paroles programmatiques pour évoquer la relation exclusive qu’il va tisser avec sa veste en daim. Pendant tout le film, Georges contemple son reflet dans le miroir et aime ce qu’il voit : « Un pur style », « Ça bute », « Putain », lâche-t-il en prenant la pose. Le comique de répétition sur le narcissisme du anti-héros finit par provoquer des pouffements de rire, même chez les plus frileux : comment résister à une telle tempête d’absurdité ?

Après s’être fait larguer par sa femme, le quadragénaire s’isole dans un hôtel qui grince en pleine montagne. Il y fait la rencontre de Denise (Adèle Haenel), serveuse dans un bar où on ne croise guère plus de deux clients et où le soleil ne pointe jamais le bout de son nez. Georges commence par faire le ventriloque avec son blouson et finit par formuler son plus grand rêve : être la seule personne qui porte un blouson sur Terre. Même si cela implique de buter les villageois récalcitrants pour confisquer leurs blousons. Mais « la folie de Georges s’inscrit dans une réalité. Vous pourriez croiser Georges dans la rue. Vous pourriez même être Georges. C’est ça qui fait peur […] Normalement, dans un récit sur la folie, on assiste au glissement du personnage. Ici, on ne sait quasiment rien de Georges », explique le réalisateur dans le dossier de presse du festival de Cannes.

« Un mec qui filme, c’est un mec qui fait un film »

A mesure qu’il s’enfonce dans son délire, Georges filme ses aventures à l’aide d’une petite caméra. Denise, la serveuse, lui explique même qu’en réalité, elle est monteuse. Lui ne connaît rien au cinéma, mais s’improvise réalisateur en embauchant la jeune femme qui se révèle bien plus tordue qu’elle n’en a l’air. Il se passionne pour Les Métiers du cinéma, un ouvrage dépassé volé dans une librairie, et se surprend même à affirmer « Un mec qui filme, c’est un mec qui fait un film », comme pour se donner une légitimité. On serait dès lors tenté de voir Le Daim comme une nouvelle fable sur le cinéma. Une interprétation que le réalisateur récuse : « Il n’y a pas de lecture au second degré », affirme-t-il, préférant parler d’un pur film d’horreur.

Derrière la caméra comme dans la vie, Quentin Dupieux fait le pitre, mais il garde les idées claires. Venu présenter son film sur la scène de la Quinzaine, mercredi 15 mai, juste après la diffusion d’un montage en hommage à John Carpenter : « J’ai sucé ses films jusqu’à la moelle. Ça me remet à ma place, c’est super. » Le réalisateur de 45 ans explique d’ailleurs avoir « abordé Le Daim comme un premier film, alors que c’est le septième. »

Le Daim sortira en salles le 19 juin.

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

Visuels : ©Atelier de production

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Adrien Naselli

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