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Cannes 2019, compétition : « Les Misérables », de Ladj Ly, malaise dans la Cité

Cannes 2019, compétition : « Les Misérables », de Ladj Ly, malaise dans la Cité

16 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

Avec Les Misérables, Ladj Ly, le réalisateur part de son court-métrage nommé aux César et de Victor Hugo pour nous faire entrer dans le quotidien de trois flics de la BAC à Montfermeil. Une plongée rythmée et une image magnifique signée Julien Poupard pour exprimer la colère. 

Pour se rapprocher de son fils, Stéphane (Damien Bonnard, excellent) quitte Cherbourg pour intégrer la Brigade anticriminalité de Montfermeil, dans le 93. Ses deux coéquipiers sont Chris, qui joue les petits chefs et collectionne les cochons (Alexis Manenti) et Gwada, qui vit encore chez sa mère. Il découvre alors le fragile équilibre entre points d’autorité étrange qui tient la cité debout et à peu près sans effusion de sang. Mais un rien suffit à tout faire dégénérer : un lionceau disparaît du cirque, les enfants s’emballent et un coup est vite parti. Si en plus un drone vient l’immortaliser, les trois flics risquent gros et surtout de perdre pied avec l’éthique et le bon sens. 

Après avoir filmé Montfermeil dès 1997, participé au fameux groupe Kourtrajmé avec Kim Chapiron et Romain Gavras et triomphé avec A voix haute, l’autodidacte Ladj Ly se place sous l’insigne de Victor Hugo pour présenter son premier long-métrage de fiction à Cannes. L’unité de temps donne une véritable puissance au film : plonger avec Damien Bonnard dans un quotidien de violence larvée et d’équilibre des pouvoirs dans une cité multiculturelle, pauvre et avide d’autorité marche parfaitement sur deux jours. Surtout que l’unité d’action rythme tout cela avec merveille : les plus jeunes se rebiffent, les policiers font une bavure. Comment remédier à cette petite révolution ?

Les images sont très léchées, à commencer par la liesse et la communion introductives, après la victoire de la France à la Coupe du monde de football, et par la saturation de couleurs qui sublime un peu la misère de la grande dalle de béton et des cages d’escaliers ternes en préfabriqué. Les dialogues sont ciselés, y compris dans les petites saynètes clin d’œil comme celle où Jeanne Balibar campe une cheftaine un peu bourrue et tactile. Il faut saluer tous les acteurs du film, qui sont vraiment tous époustouflants. L’humour nous accroche et évite avec le cadre resserré de l’intrigue, l’écueil de la leçon de morale. On n’atteint pas tout à fait le souffle de Victor Hugo, mais la tension qui porte le film vient d’une colère et d’une révolte du peuple tout à fait dans l’esprit des Misérables.

Les Misérables, de Ladj Ly, avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly, Steve Tientcheu, Almamy Kaoute, Nizar Ben Fatma, Raymond Lopez, Luciano Lopez, Jaihson Lopez, Jeanne Balibar, Omar Soumare, Sana Joachaim et Lucas Omiri, France, 103 min.

Visuel : affiche du film / Lily Films / Le Pacte

 

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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