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Cannes 2019, Un certain regard : une ouverture brillante avec « La Femme de mon frère »

Cannes 2019, Un certain regard : une ouverture brillante avec « La Femme de mon frère »

16 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Actrice révélée chez Xavier Dolan, Monia Chokri réalise un premier film techniquement parfait, doté d’une grande profondeur universelle.

Lors de l’Ouverture de la section cannoise Un certain regard, mercredi 15 mai, l’actrice Monia Chokri, dont la première réalisation faisait office de film inaugural, s’est adressée au public, en disant qu’elle avait quelque peu le trac de revenir sur cette scène, qu’elle avait foulée en 2010 en tant qu’actrice pour Les Amours imaginaires, le film de Xavier Dolan qui la révéla. Juste avant ses mots à elle, la réalisatrice Nadine Labaki, présidente du jury Un certain regard en 2019, s’était exprimée, affirmant qu’elle n’appréciait pas trop l’idée de « compétition » au sein de la section.

On peut trouver qu’il n’est pas évident, au final, de juger sévèrement La Femme de mon frère, première réalisation de Monia Chokri. Car le film n’est pas que sincère et expressif : il est brillant et profond. Le personnage qu’on y suit, la jeune Québécoise Sophia (magnifique Anne-Elisabeth Bossé, déchaînée et fragile), se révèle extrêmement bien écrit : arrivée au bout de son doctorat, et donc devenue docteure, elle n’arrive pas à trouver un travail, et elle affiche par-dessus tout une attitude rigolarde et un peu désabusée, quoique sincère.

Seul l’amour qu’elle porte à son frère, avec lequel elle habite en colocation, la réconforte. Un jour, tout change : à la faveur d’un rendez-vous chez une gynécologue (pour un avortement, le deuxième de son existence), Sophia voit Karim son frère, reconnaître en Éloïse la doctoresse (excellente Evelyne Brochu) une ancienne amante. Dont il retombe amoureux…

Finesse et virtuosité

Dès lors, La Femme de mon frère creuse le thème de la jalousie que l’on peut éprouver devant les autres heureux, et de la complaisance dans le malheur qui en résulte. Une thématique ô combien universelle, traitée ici d’une façon fine : chaque personnage a ses raisons, sa personnalité (pas cliché), et tous sont peints d’une façon qui apparaît extrêmement vraie, extrêmement spontanée. Même Éloïse, assez « parfaite » en apparence, conserve une très grande part d’humanité. Niels Schneider, dans un court rôle de colocataire délirant et dragueur, évite lui aussi toute caricature dans son personnage.

Pour traiter cette histoire, le film adopte une forme de comédie. Mais là réside l’autre grande subtilité du film : une très grande part de ses effets comiques proviennent de son montage, furieux, parsemé d’embardées brusques et de répliques stylisées et vite enchaînées. Un tel choix pourrait se révéler périlleux : ici, tout apparaît au contraire lisible, et très bien filmé. Et le caractère emporté du style – avec disputes familiales, piques adressées en cascades, ou séquences de déprime burlesques – paraît découler de tout ce travail technique, et être parfaitement au diapason de lui. La Femme de mon frère apparaît ainsi comme un premier film extrêmement maîtrisé, très vivant et ouvert.

La Femme de mon frère est présenté à Cannes 2019, dans la section Un certain regard.

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

Visuels : © Memento Films Distribution ; affiche française de La Femme de mon frère ; ©Geoffrey Nabavian

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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