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[Critique] »Diamant noir », le rouge, le noir et la lumière des pierres vivantes chez Arthur Harari

[Critique] »Diamant noir », le rouge, le noir et la lumière des pierres vivantes chez Arthur Harari

15 avril 2016 | PAR Olivia Leboyer

Diamnt noir1

Arthur Harari nous avait frappés en 2013 avec son court-métrage Peine perdue (primé à Clermont, voir notre critique), qui distillait une mélancolie tenace. Ce Diamant noir nous captive : d’un noir de poix, poli et facetté, tout en gardant sa singularité asymétrique… un film précieux.

[rating=5]

On entre dans ce film comme par effraction, fixés par un bel œil étrange. La séquence suivante, cauchemardesque, presque onirique, est d’une violence rare. Tout le film s’arc-boute sur ce passage brusque de la beauté à la sauvagerie.

Romanesque et classique, l’intrigue suit le schéma d’une vengeance familiale dans un milieu très fermé : les diamantaires d’Anvers. Nous sommes chez les Atrides, et dans la pure tradition du film noir. Niels Schneider incarne avec grâce ce jeune héros, Pier, orphelin, apatride, en manque d’amour. Ses yeux assoiffés, et malades (pour l’un des deux yeux), boivent littéralement la lumière des diamants. Pierres vivantes, comme les flux nerveux qui traversent cette famille étrangère, qu’il tente d’intégrer. Car Pier désire venger son père, mutilé et abandonné des siens, qui ont fait bloc pour expulser l’élément imparfait.

Pier, avec son éclat trouble, va séduire et intriguer le clan, qui demeure tout de même méfiant. Un cousin névrosé, une femme fatale, un oncle repoussant et fascinant, un tailleur de pierres dévoué à son art, la galerie de portraits est saisissante. Et, du côté parisien, la famille de guingois de Pier, petits malfrats inquiétants, conserve une certaine emprise.

Pris entre deux feux, Pier va devoir chercher sa lumière. Jeux de regards, de perspective se répondent d’une scène à l’autre. Soudain, des gouttes d’eau éclaboussent la caméra, qui devient visible pour nous, témoin indiscret et malsain.

Diamant noir est un film impressionnant, fauve et apaisant, d’une grande force.

Diamant noir, d’Arthur Harari, 2016, France, 1h55, avec Niels Schneider, August Diehl, Hans-Peter Cloos, Abdel Hafed Benotman, Raphaele Godin, Ragunath Manet. Sortie le 8 juin 2016.

visuels: photos et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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