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« Les rencontres d’après minuit », le sexe triste de Yan Gonzalez

« Les rencontres d’après minuit », le sexe triste de Yan Gonzalez

10 mars 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Yann Gonzalez fait fort avec ce premier long métrage.  Les rencontres d’après minuit, très théâtral, offre une esthétique hybride mixant les séries Z, les clips des années 80, les mots de Godard, le tout dans une bande son signée par M83 qui nous ramène tout droit dans le fauteuil d’Emmanuelle.

Ali, Mathias et Udo reçoivent ce soir. Il est bientôt minuit et les invités vont arriver. La chienne  la star, l’étalon et l’adolescent. Tous franchissent la porte d’entrée de la maison pensée comme un lupanar élégant et ouvert aux initiés. Tout y est sombre et un peu maléfique. Un juke box sensoriel y joue, idée géniale, votre humeur du moment.

Le film pue le sexe dans une distance arty souvent drôle. Le rythme est celui d’un spectacle de théâtre. On pense à Quand la nuit tombe de Guillaume Vincent ou au Misanthrope de Ivan Van Ho. Froides, les paroles sont froides comme la mort qui semble ici menacée partout. Il y a cette violence glacée qui se cache dans les motivations de chacun. De quoi la star (Fabienne Babe) se cache t-elle ? Pourquoi l’adolescent (Alain Fabien Delon) a-t-il fugué ? Qu’est ce qui rend la chienne (Julie Bremond) si boulimique ? Pourquoi l’étalon (Eric Cantona) est-il triste ? Qu’est-ce qui relie entre eux le trio composé d’un travesti (Nicolas Maury), d’un borgne (Niels Schneider) et d’une sylphide (Kate Moran) ?

Ici, le sexe est inaccessible alors que tous pensaient être venus pour lui. Les mots giclent plus que le sperme et les souvenirs de chacun se font orgiaques. Yann Gonzalez navigue entre populaire et élitisme sans tact, provoquant des ruptures inétendues, tel ce film en noir et blanc, projeté dans un souvenir qui bientôt sera suivi d’une scène de cimetières aux effets spéciaux ostensiblement bas de gamme.

Les acteurs jouent tous avec un air blasé, ils sourient tendrement mais rient finalement peu. Ni malsain ni parodique, Les rencontres d’après minuit offre une esthétique agréablement étrange, mi film fantastique mi film de série Z. Il est porté par un jeu admirable que le réalisateur laisse déployer dans des monologues où se racontent rêves et angoisses.

Doucement, on peut discuter un peu ! dit la bonne. Gonzalez manie le faux avec brio, et dans son décor au toc, c’est la comédie humaine qui est racontée.

Les Rencontres d’après minuit – Combo Blu-ray + DVD + CD bande originale (Blu-Ray), édité par Potemkine.
Date de sortie: mardi 4 mars 2014

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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