Cinema
Transformer son héritage familial en création artistique. Entretien croisé de Frankie Wallach et Romy Trajman

Transformer son héritage familial en création artistique. Entretien croisé de Frankie Wallach et Romy Trajman

08 août 2020 | PAR La Rédaction

Pendant le confinement, tout laissait penser que l’industrie du cinéma tournait au ralenti : arrêt des tournages, report des sorties en salles, annulation de festivals, … Pourtant, deux jeunes réalisatrices finissaient chacune leur premier long métrage.

Par Célia Angelier

Frankie Wallach, 26 ans, achevait Trop d’Amour, un véritable feel good movie sur la famille, co-produit par AGAT et Schmooze. Romy Trajman, 25 ans, quant à elle, clôturait la post-production d’un documentaire musical, Le Divorce de mes Marrants, co-produit par Daguerre Films, Kwassa Films et Sunset Junction. Focus sur ces deux réalisatrices jeunes et déterminées qui ont immortalisé la richesse des héritages familiaux sur le grand écran.

Formées à l’école de la débrouille, après un passage par l’école de la Cité de Luc Besson pour Romy et par le King’s College à Londres pour Frankie, les cinéastes n’ont jamais abandonné leur film malgré les difficultés que peut présenter un premier long métrage.

Frankie n’a pas attendu d’avoir fini son scénario pour lancer une cagnotte Kickstarter de 5 000 euros. Elle en a finalement récolté 20 000 pour débuter le tournage. Alors qu’elle pensait tout d’abord réaliser un court métrage, le soutien d’un producteur de AGAT, Patrick Sobelman, l’a convaincue d’adapter son projet en long métrage. Trop d’Amour était né. Une fois le projet lancé, l’école de cinéma La CinéFabrique de Lyon lui a prêté main forte en lui fournissant le matériel nécessaire et en offrant à ses élèves la possibilité de participer au tournage. Enfin, elle a eu la chance de rencontrer Mathieu Sibony, producteur chez Schmooze, qui est tombé amoureux du projet à tel point qu’il « a obtenu gratuitement toutes les chansons que [Frankie] rêvait d’avoir, de Biolay à Christophe ».

De son côté, Romy a suivi les Ateliers du Festival d’Angers avec Rebecca Zlotowski, qui l’a convaincue d’intégrer ses propres chansons au film. Romy signe donc la B.O de son film, avec Alexandre de la Baume (du groupe Film Noir). L’École de la Cité de Luc Besson, dont elle est diplômée, a participé aussi au projet, en mettant à disposition du matériel de tournage. En plus d’être débrouillardes, Frankie et Romy sont très investies personnellement dans leur film et allient les rôles de scénaristes, réalisatrices, actrices et productrices.

Dans Le Divorce de mes Marrants, Romy recherche les raisons du divorce de ses parents, entre documentaire et chansons. Elle porte un « un regard intime » sur cette enquête familiale. En abordant un sujet si personnel, Romy voulait s’impliquer totalement dans le projet. « Je l’ai co-réalisé avec une amie, Anaïs. […] Tout de suite, j’ai été très investie dans la production ». Elles ont eu la chance d’être soutenu rapidement par deux maisons de production, Kwassa Films et Sunset Junction, qui l’ont co-produit. Elle ne s’est pas arrêtée là. Après 3 ans de tournage et d’investigations, elle a fait elle-même le montage de son film. Cette étape semblait nécessaire pour sortir la tête du guidon après la longue étape de réalisation : « Au montage, j’ai pris du recul, de la distance. […] ça me permet de sublimer cette histoire de familiale ».

Au-delà de leur démarche similaire, les deux cinéastes abordent un sujet semblable. Les deux longs métrages traitent en effet de l’héritage familial et de ses non-dits, sur fond de traumatismes liés à la Shoah. D’après Frankie, cette introspection au sein de la famille est un passage obligé, nécessaire : « Je devais aller creuser au sein de ma famille pour mieux me construire. […] J’ai très vite réalisé que c’était universel et propre à chaque jeune de 25 ans qui devient adulte ».

Le sujet de la famille est « obsédant » pour les deux réalisatrices. Pour Romy, « on ne choisit pas ses cris intérieurs. Ils sont là, ils jaillissent. » Elle veut montrer « ce qu’un enfant reçoit d’un divorce, l’héritage d’une dualité. » Frankie, elle, cherche à combattre sa phobie de la mort en immortalisant sa grand-mère de 94 ans dans son long métrage.

A sujets semblables, formats différents et créatifs, tous deux. En effet, alors que Frankie a adopté la fiction, Romy a opté pour le documentaire, chacune y apportant un ton audacieux et personnel, à la croisée des genres.

Pour Frankie, la fiction semblait être l’évidence : « Ça me permet d’être encore plus libre, d’aller résoudre les non-dits et de creuser les problématiques qui me hantent sans violer l’intimité de ma famille. »

Romy, quant à elle, était en quête de la forme parfaite pour raconter son histoire et le choix n’a pas été évident. Elle décrit : « J’écrivais pleins de trucs sur mon rapport à leur divorce : un bouquin, un script, des chansons ». Finalement, seul le documentaire lui a permis « d’aller au nerf » de son histoire familiale, « c’est total et salvateur. »

Que ce soit une fiction ou un documentaire, il s’agit finalement d’un film d’apprentissage libérateur dont elles sortent grandies. Toutes les deux se disent aujourd’hui « apaisées ». La réalisatrice de Trop d’Amour affirme que son rapport à la mort a changé et que cette réalisation lui a permis de « couper le cordon ». De son côté, celle de Le Divorce de mes Marrants explique que le tournage l’a aidée à redéfinir sa place au sein de sa famille et à s’envoler vers d’autres projets : « J’ai davantage envie d’écrire sur la passion, le coup de foudre. On verra ce que l’avenir nous réserve ! ».

visuels : DR

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