Musique

Intervioù d’AaRON, à l’occasion de la sortie de Birds in the Storm

23 octobre 2010 | PAR Mikaël Faujour

Plus de trois ans après Artificial Animals Riding On Neverland, le duo français AaRON (i.e. Olivier Coursier et Simon Buret) est de retour avec un très beau deuxième album, intitulé Birds In the Storm (lire la chronique). Nous avons rencontré les deux très, très sympathiques musiciens à l’occasion d’un intervioù particulièrement gai.

Dans un intervioù, vous avez annoncé avoir construit Birds In the Storm autour de l’idée « de la journée qui commence et se termine ». À l’écoute de la musique et à la lecture des paroles, j’ai eu le sentiment de suivre les étapes successives d’un deuil amoureux (voire d’un deuil sur « Embers », le titre de clôture). Qu’en est-il ?
Simon Buret :
Tout l’album ?

Oui, non, peut-être. Certaines chansons plus que d’autres, sans doute…
Simon Buret :
Quand on compose les morceaux, on essaie de saisir un état d’esprit, des instants suspendus, comme une photo : c’est la comparaison qu’on a trouvée. Tu sais, tu cherches toujours à analyser rétrospectivement lorsque le journaliste t’interroge, mais quand tu crées, c’est à l’instinct. Donc effectivement, on essaie de saisir un état d’esprit, une atmosphère dans laquelle on est. Tu essaies de fixer un moment de ta vie sur l’album – donc sûrement, oui. Après, c’est ça entre autres choses.

La création de l’album a-t-elle été marquée par un état de deuil amoureux ?
Simon Buret :
Oui, pour certaines chansons.

Comment s’est déroulé le processus de création ? Cela s’est-il effectué en un temps limité ?
Olivier Coursier :
On a tout fait de septembre à décembre 2009. La musique ne va pas sans les paroles : les deux éléments sont fusionnels.
Simon Buret :
Chaque morceau est porté celui qui le précède, soit par l’énergie, soit par l’épure. Les deux éléments (musique et paroles sont en effet indissociables).
Olivier Coursier :
Le premier album, on l’a fait jusqu’à la fin tous les deux isolément. On avait besoin de retrouver cette base pour la création du deuxième album. On l’a donc fait de la même façon, en s’enfermant chez moi, où j’ai un studio. Toute la fin de l’année dernière, on a donc travaillé comme ça : c’était la meilleure manière d’appliquer directement nos idées sans contraire d’horaire ou d’ingénieur du son. On pouvait enregistrer immédiatement

Qu’écoutiez-vous lorsque vous composiez l’album ?
Olivier Coursier :
Pour ce qui me concerne, quasiment rien. J’étais impliqué dans l’album à longueur de journée, de 9h du matin à minuit ou 2h du matin, occupé à ciseler, retravailler.
Simon Buret :
Quand tu es quelqu’un de créatif, le travail en cours devient soudain assez obsessionnel : ça prend toute la place dans ta tête. Finalement, tu composes donc des titres et ça prend tout ton temps. Je n’ai pas le souvenir d’avoir écouté tout un album en boucle à ce moment-là. Je crois que c’est à cette période que j’ai découvert The XX. Voilà ce qui me vient à l’esprit si je dois penser à un artiste…

On ne peut pas dire que cela se sente, qu’il y ait une influence du groupe sur l’album…
Simon Buret :
Non. On est plus influencé par la vie elle-même, le quotidien. C’est ça qu’on transpose en musique, plus que nous ne copions un style ou un mouvement musical

Tu parlais tout à l’heure de l’aspect « photographique » des chansons, de la fixation d’un moment. La transition est donc toute trouvée pour causer des photos qui illustrent le livret. Elles présentent les grands espaces de solitudes nord-américaines [NDR – si bien qu’avant d’écouter le disque, on pourrait s’attendre à un tournant folk/americana] : plaine se confondant à l’horizon, route sans fin, canyon…

Cela évoque-t-il la solitude, la désolation, la rêverie ? Pourquoi ces photos ? En quoi prolongent-elles vos chansons ?
Simon Buret :
Je ne les vois pas comme véhiculant une ambiance de désolation, mais comme un champ de possibles : toute terre nue et inconnue est propice à y créer. Olivier et moi, on est naturellement plus attiré par l’inconnu que par ce qui est déjà fait. Je vois donc dans ces photos davantage une aspiration à une marche en avant qu’à un constat disant que tout est fini et qu’il n’y a plus rien. Notre volonté en choisissant ces photos est d’évoquer une liberté et l’idée que le vide appelle à la création.

Ça rejoint le thème de l’errance, qu’on retrouve en filigrane dans les paroles, çà et là, non ?
Simon Buret :
Oui, je pense. Mais ce n’est pas forcément une errance de détresse. On se laisse vagabonder.

Une errance de rêverie ?
Simon Buret :
Oui, plutôt qu’une errance subie.

Le titre Birds In the Storm [NDR – qui est d’abord le titre d’une chanson, puis celui de l’album] évoque la fragilité et la vulnérabilité. Pourquoi ce titre ?
Simon Buret :
La chanson, qui a donné son titre à l’album, est construite de telle façon qu’elle comporte en elle la synthèse des autres morceaux du disque. C’est pour ça que nous avons choisi de donner le titre de cette chanson à l’album. Le titre en lui-même exprime l’idée que tout n’est qu’équilibre : l’extrême fragilité côtoie la toute-puissance ; cette idée nous parle. Où il y a beaucoup de lumière, il y a aussi beaucoup d’ombre – rien n’est blanc ou noir ; tout est une question d’équilibre des rapports. En un claquement de doigt tout peut basculer.

Pourquoi avez-vous choisi de réaliser l’album intégralement (écriture et composition, mixage)
Simon Buret :
Pour la liberté que ça comporte ! La liberté de travailler seuls est magique : nos esprits fonctionnent sur la même longueur d’onde.
Olivier Coursier :
L’idée-clé est de pouvoir poser ce que nous avons à l’esprit sur un support. Et travailler seuls nous a paru le moyen le plus direct de le faire. Quand tu travailles avec quelqu’un, c’est moins évident. Pour autant, on n’est pas fermé. Si ça se trouve, on fera le prochain album avec quelqu’un. En tous les cas, ça nous convenait de nous retrouver seuls avec nos idées.

C’est donc une chance que le succès de votre premier album Artificial Animals Riding On Neverland, puisque votre label vous a laissé toute liberté.
Simon Buret :
Oui, mais ç’aurait pu être l’inverse aussi bien. Il aurait aussi pu y avoir davantage de pression. Mais on est dans un label qui parle musique avant de parler business.
Olivier Coursier :
On nous a même invité à prendre notre temps. On a donc fait l’album et on l’a présenté une fois achevé.

Nous allons passer aux questions idiotes, ou fast questions. Comme il existe la fast food, avec service et consommation rapide, je vais vous soumettre des questions auxquelles vous devez répondre rapidement. Commençons. Qu’avez-vous dans votre playlist et/ou quels sont vos coups de cœur musicaux du moment ?
Simon Buret :
Bon Iver. Voilà mon coup de cœur. En ce moment, c’est ça.
Olivier Coursier :
Pas mal de Lou Reed, en ce moment.

Retour aux classiques ?
Olivier Coursier :
Ouais, j’étais passé à côté. J’écoute beaucoup de « classiques » que je ne découvre que maintenant.

Quelles est la question la plus stupide qu’on vous ait posée en intervioù (hormis celle-ci) ?
Simon Buret :
On m’a demandé quel était le rapport entre le fait d’être acteur et celui d’être comédien. J’ai trouvé ça bizarre. Comme si je n’avais pas le droit de faire les deux. C’est ta prochaine question ?

Absolument pas ! Et toi, Olivier ?
Olivier Coursier :
Non, aucun souvenir.
Simon Buret :
Lui, on ne lui pose pas de question stupide. Il n’appelle pas à ça !

Comment AaRON passe son temps en tournée ?
Simon Buret :
Euh… Kinder Bueno…
Olivier Coursier :
Quelle horreur ! Tu peux pas résister ! Ils sont là… Ils t’attendent
Simon Buret :
Rocher Suchard, station service… Beaucoup, beaucoup de stations services.
Olivier Coursier :
Hôtel, balances… Si t’as le temps, tu visites la ville.
Simon Buret :
Hôtel, balances, route, route, route… Enfants pas déclarés… Voilà… Drogues.
Olivier Coursier :
Bus…
Simon Buret :
Animaux.

(Rires)… Un musicien me disait avoir été félicité après un concert : « Pendant tels morceaux, on sentait que tu étais vraiment à fond ». En fait, pendant ces morceaux, il pensait à une recette de cuisine et se disait : « Avec les cèpes, il faut veiller à ne pas mettre trop de crème, faute de quoi, tu noies le goût. Or, la cèpe a une saveur noble », etc. Vous arrive-t-il également de penser à des choses saugrenues, lorsque vous êtes sur scène ?
Simon Buret :
Hmmm non. Enfin, c’est hyper rare. Je suis dans l’instant. Je ne crois pas que ça puisse m’arriver. En revanche, il y a une différence de perception des choses : toi, tu peux te dire que tu as fait un concert de merde, tandis que les gens ont trouvé ça génial. Ou inversement : il nous est arrivé que je ne trouve pas notre concert bon et qu’Olivier ait adoré.
Olivier Coursier :
Il s’agit de quelque chose que tu ne maîtrises pas particulièrement. Et ça fait la magie des concerts.
Simon Buret :
La perception du temps est vraiment différente aussi. Ça sembler passer en 2 secondes, alors que ça fait 2 heures que tu es sur la scène. Voilà ce qui peut se passer dans la tête…

Quel est votre meilleur souvenir musical, en tant qu’artiste et en tant que mélomane ?
Simon Buret :
Au Paléo Festival (Nyon) : on jouait entre Arcade Fire et Björk. Je n’avais pas bien compris ; j’apprenais tout sur le tas. Je n’avais pas bien compris qu’il y aurait 14 000 personnes devant nous dans 3 minutes. J’avais cru qu’on jouerait dans une petite salle à côté. Quand on m’a dit « non, c’est là », ç’a été assez perturbant. Mais ç’a été génial.
Olivier Coursier :
Moi je croyais qu’il y avait quelqu’un qui était passé sur scène, parce que le public était à fond. En fait, on ne croyait pas que c’était pour nous. Ça fait partie des instants magiques : tu te sens vraiment porté.
Simon Buret :
En tant que mélomane, il y en a plein. J’estime que n’importe quelle scène peut être sublimée si tu as la bonne musique dans les oreilles. Dès que je suis dans un endroit où je me sens bien, j’ai envie de mettre de la musique en adéquation.
Olivier Coursier :
Pour moi, c’est un concert de Björk. Chaque fois qu’elle était passée, dans de plus petites salles, je l’avais loupée. Un jour elle est passée à Bercy… Je me suis dit « OK, c’est Bercy, mais au moins je pourrai la voir ». Je me suis pris une claque énorme. Elle habitait tout l’espace, seule avec quatre ou cinq musiciens. Elle a enveloppé Bercy – et j’étais dedans.

Nous passons maintenant aux flash questions : vous répondez du tac au tac. Quelle est la chanson la plus stupide qui vous vienne à l’esprit ?
Simon Buret
(se met à chanter) : T’eeees trop mignon-mignon-mignon-mignon et gros !

René la Taupe ?
Simon Buret :
C’est la plus débile !

Quelle est la meilleure chanson qui vous vienne à l’esprit ?
Simon Buret
(se met à chanter) : T’eeees trop mignon-mignon-mignon-mignon…

Une reprise de René la Taupe par AaRON est-elle envisageable ?
Simon Buret :
Hé bien, on vient de la faire.

Il faudrait peut-être la retravailler, non ?
Simon Buret :
Non, je pense qu’il faut garder la spontanéité.

Oui, ce côté brut, punk.
Simon Buret :
Elle est punk cette chanson !

Quel est selon vous le pire groupe des années 2000 ?
Olivier Coursier :
Wow, la colle !
Simon Buret :
Hmmm, je sais pas… Les mecs qui étaient sur des ailes d’avion dans le clip. Super connus. Un boys band romain.

Ozone ! « Numa numa yei » ? Bravo, je l’avais oubliée. Olivier ?
Olivier Coursier :
Le plus ridicule que je vois, c’est à l’Eurovision… je crois il y a deux ans… Essaie de le voir : c’est tellement énorme ! C’est surjoué… Il y avait un mec qui faisait du patin à glaces dans un truc aussi grand que ce canapé, avec le chanteur au milieu. [NDR : Serait-ce Dima Bilan ?]

Merci, messieurs, de nous avoir fait profiter de votre vaste savoir musical !

 


La Fiac du Grand Palais au Jardin des Tuileries.
Séance Dailymotion au Cinéma des Cinéastes
Mikaël Faujour

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