Musique

Entre-deux-tours : Quand les élections inspirent aux musiciens la défense d’une certaine idée de la France

Entre-deux-tours : Quand les élections inspirent aux musiciens la défense d’une certaine idée de la France

25 avril 2012 | PAR Yaël Hirsch

Même si les titres ont été pensés et enregistrés pendant les heures orageuses du débat imposé sur l’identité nationale, l’entre-deux-tours engage plusieurs artistes à mettre en avant certains titres résumant  leur vision de la France. Et cette espèce en voie de disparition qu’est la chanson politique semble retrouver, le temps d’un printemps, un nouveau souffle. Bateau ou vivifiant, petit tour de France par trois musiciens…

Au rayon ancien-combattant, l’on retrouve Nilda Fernandez (voir notre critique de son dernier grand concert parisien à l’Elysée-Montmartre). Se terminant, comme il se doit pour le chanteur d’origine Andalouse par un brin d’espagnol, le premier single de son prochain album s’intitule « Pense à la France ». La chanson daterait d’avant le printemps arabe, mais le clip sort, très à propos, juste maintenant. Nilda Fernandez le dédie à sa famille de résistants et enjoint ses concitoyens à aimer leur pays pour offrir à la France une union sacrée : « Pense à la France / A tous ceux qui l’ont tant aimée / Mais crache à la face / De ceux qui veulent l’écarteler / (Derrière les barbelés) / Pour mieux nous diviser ». Un message politique donc, mais tout de même assez vague dans ses symboles.

Prix Georges Moustaki pour son premier album « Écoute s’il te plaît » (Discograph / voir notre critique) où elle moquait après Gainsbourg la Marseillaise avec le très beau « Aux Armes! »la jeune chanteuse engagée Melissmell est revenue fin mars 2012 avec un Maxi enragé contre la vague « Bleu Marine » (premier titre du disque). De sa voix rauque, l’ardéchoise exprime une vraie colère contre la France qui vote Le Pen. Avec un brin d’ambiguïté tout de même : si elle dit à son pays « La France, tu me fatigues », une parcelle d’espoir est encore là et elle appelle au vote.

Enfin, à l’occasion compagnon de scène de Féfé, le jeune Toma a la même vision constructive et old style de la citoyenneté responsable que Nilda Fernandez. Le titre de son tube « Bâtisseurs de France » en témoigne. Il s’aligne aussi sur la jeunesse et la voix rauque de Melissmell, la Cantat touch en moins, et le rythme reggae en plus, pour fêter la diversité culturelle du pays. Les mots sont  simples « Mon kiné est chinois / mon dentiste renoi / mon chirurgien est malien / Crois moi ça change rien/ Tu as peut-être comme voisin / Quelqu’un qui vient de loin/ Il y aura toujours une place/ Dans nos rues dans nos impasses / On n’a peut être pas la même chance / On n’a peut-être pas la même France ». Le rythme entraînant convoie un message dans la même veine mais bien moins douteux que le premier single du nouvel album des Zebda (voir notre article).

Les élections motivent donc un revival de la chanson politique, de la vieille garde attentive aux jeunes talents engagés. Mais c’est la France qui est au centre de l’engagement. Et la chanson reste donc « au-dessus de la mêlée ». Une identité aux angles multiples, nécessairement floue, est vantée tandis que les idées partisanes semblent avoir définitivement perdu le pignon qu’elles avaient dans la grande avenue de la Chanson Française.

Visuels  : (c) Mellismell  / Nilda Frenandez (c) Marylène Eygtier / (c) Toma

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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