Electro

[Live report] Jeff Mills à la Gaîté Lyrique : quand l’Homme se confond avec la Machine

[Live report] Jeff Mills à la Gaîté Lyrique : quand l’Homme se confond avec la Machine

03 octobre 2013 | PAR Bastien Stisi

Poursuite ce mercredi du très exigeant festival d’Île-de-France, qui après quelques récitals classiques et jazz de haute facture, engageait hier soir du côté de la Gaîté Lyrique un virage considérablement électronique en guise de performance futuro-dystopique. L’Humain fusionne avec la Machine, et les tourbillons numériques du pionnier technoïde Jeff Mills avec les pas de danses feutrés et engagés de la danseuse française Emmanuelle Huynh : voici Oneness, la dernière création follement expérimentale et enrichissante du dj américain le plus audacieux de l’univers.

Il y eut d’abord la nuit. Une nuit totale, inquiétante et pernicieuse, imposée par une extinction totale des lumières couplée avec la performance des Downilers Sekt (l’une des dernières signatures du label InFiné), étrange duo de djs franco-espagnol venu confronter le public à ses réalités contemporaines les plus préoccupantes en imposant la dictature des machines et de sonorités numériques aussi écrasantes qu’assombries.

IMG_0032Perte des sens, écrasement des tympans et des rétines, et nouvelle avancée vers l’inévitable confrontation de l’Homme et de la Machine avec l’arrivée de l’américain Jeff Mills sur scène, tout de blanc vêtu comme s’il devait incarner le créateur de l’univers tout entier.

Confectionnée dans les clubs les plus urbains de Détroit et sous l’influence pionnière de Juan Atkins et consorts, la techno sèche et tambourineuse de Jeff Mills, qui brutalisa les dancefloors du Monde entier à la fin des années 80, a engagé depuis le début du second millénaire une mutation arty et cérébrale, révélant au grand jour la passion viscérale de l’américain pour l’architecture, la science-fiction, le futurisme, et l’utilisation des musiques électroniques au service d’une réflexion sur la place de l’homme vis-à-vis de la société qu’il occupe.

En lieu et place des platines et des ordinateurs qui maculent habituellement la scène, c’est au sein d’un monolithe géant qu’est encastré le matériel de l’artiste, référence évidente au 2001 de Kubrick, influence considérable de l’artiste dans le renouvellement de son univers visuel et sonore. Tout autour de la salle, des écrans lactés vidés de toute substance, dont l’un d’eux accueillera bientôt une projection de la Terre.

IMG_0117Alors que la Planète Bleue commence son tournoiement orbital, en adéquation parfaite avec les bourdonnements émis par les machines de Mills, c’est au tour de la danseuse française Emmanuelle Huynh d’arriver sur scène et de capter l’attention du public. Du noir dans les cheveux, du noir dans les habits (le contraste avec la tenue blanche de Jeff Mills, statique et imperturbable, est total), et un corps qui s’agenouille, qui rampe sur le sol dans une gestuelle animale, comme pénétré de plein fouet par les sonorités d’électro tribales émises par un environnement délétère et hostile.

Puis, son corps s’accélère et se détend soudain, en écho aux vibrations traumatiques, anxiogènes et spatiales  qui inondent la salle. Des effluves de cloches ont beau s’échapper des machines du Millsart, pas question cependant de se voir offrir les contours sonores de « The Bells », le tube techno ultime de l’artiste : étendu et aérien, à la limite parfois du bruitisme abrutissant, le set ne tournera jamais vers le mainstream et la perforation dancefloor malgré les velléités affirmées des membres les plus jeunes du public.

IMG_0042Après de longs et stimulants préliminaires et quelques basses égarées au hasard du déferlement numérique, la foule croira bien toutefois se voir offrir enfin un coït salvateur bien mérité. Illusion simpliste, et éjaculation techno précoce : les basses n’étaient pas une invitation à l’orgasme, mais une déclinaison des cuivres apocalyptiques annonciateurs d’un chaos imminent. Vaincue par le maléfice du numérique malgré une belle résistance terminale, la danseuse épousera alors les formes du dj en venant se coller à sa peau : les Humains et les Machines ne forment plus désormais qu’un seul tout. Il est l’heure pour le Monde de changer, et pour la Gaîté d’ovationner la superbe performance du duo Mills/Huynh.

Même lieu, même festival, mais changement d’atmosphère radicale en prévision ce soir, avec la performance à venir des Black Srobe d’Arnaud Rebotini et de son poulain synthpop Yan Wagner.

Visuels : © Frankie & Nikki

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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