Electro
Arnaud Rebotini : virilité dans le style, testostérone dans les platines

Arnaud Rebotini : virilité dans le style, testostérone dans les platines

29 juin 2013 | PAR Bastien Stisi

Arnaud_Rebotini_600Il l’énonce avec une animalité sexuée, il le répète en couvrant la fureur des guitares de sa voix aggravée de crooner des années 50, il le porte dans sa musique comme dans sa mise en scène globale d’artiste : Arnaud Rebotini, le leader emblématique des Black Strobe, est un homme, dans le sens rustique (et préhistorique ?) du terme, s’affirme avec hauteur et machisme en tant que tel, et paraît porter cette masculinité exacerbée comme une marque de fabrique inéluctable et perpétuelle. « I’m a man / I spell M-A-N  ! » Pour de vrai ?

Un look de rockeur des années 90, la moustache épaisse, les cheveux sombres coiffés en arrière, le visage rustique et dur, la pilosité pectorale laissée à la vue de tous grâce à une chemise largement ouverte, les manières d’un mafioso un peu machiste qui aurait trouvé après un court voyage en prison une bonne raison de se donner un air nouveau de gentleman attendri derrière un sourire bien difficile à déchiffrer… Dans un milieu aussi conforme et branché que celui de l’électro, où les minets en slim et en caleçon sont aussi nombreux que les hipsters aux chemises de bûcheron et aux lunettes élargies, le style et les manières de Rebotini détonnent forcément. « Un homme, un vrai« , imagine-ton déjà acter celles qui auraient perdu avec l’arrivée du XXIe siècle et des cols en V pour garçons toute occasion de pouvoir fantasmer sur l’image d’un homme grand et fort, animal et affirmé, malodorant et par là même foncièrement masculin.

Rebotini is a man, et on n’osera pas lui contester ce postulat si acharnement revendiqué. Mais ce qui intéresse davantage dans cette genèse comportementale, c’est le lien viscéral tissé entre l’allure du bonhomme et l’engendrement global de son univers musical, dont la concupiscence affamée ne se contente pas de trôner à travers l’enveloppe vestimentaire et charnelle qui entoure son squelette grossi par une armature corporelle imposante et des épaules de déménageur, individu que l’on imaginerait a priori plus à l’entrée du club dans le rôle du videur que dans celui de l’animateur de platines…

Cette image d’Épinal caricaturale et désuète aussi travaillée que ses boucles d’électro assombries, on la trouve donc aussi dans la discographie des Black Strobe, et plus encore dans l’inévitable single « I’m a Man », titre portatif et porteur du penchant électro blues de l’artiste, déchargement nerveux et acharné de testostérone sonore où les guitares tentent de rivaliser avec la lourdeur et la hauteur des lyrics sexués et pseudos machistes du morceau : « You know, baby, we can have a lot of fun / I can make a love to you, baby, In an hours time / The way I make love to ’em, They can’t resist ». Rebotini séducteur, Rebotini charmeur, Rebotini sûr de sa force et de son impact sur une gent féminine dont il espère ici attirer les faveurs en posant ses parties viriles sur le dance-floor, de la même manière qu’il baladera sa silhouette élégante et rouleuse dans le clip du morceau, armé sur le boulevard de Clichy d’une canne élancée comme une arme de séduction et de défense au bout de la main, rejetant les prostituées trop zélées comme les marginaux drogués et alcoolisés de Barbès de la même main de fer et poignante.

Testostérone aussi dans les compositions solos du bonhomme, où une électro vintage centrée sur l’accumulation d’arrangements techno dans une ambiance résolument obscure (on parlera même de l’un des pionniers de la démarche « Dark is Beautiful ») asperge son auditeur de la même virilité viscérale et profonde : dans le projet Black Strobe comme sur les sons simplement ciglés « Arnaud Rebotini » (deux albums complets, et quelques EPs, dont le charnel Another Time, Another Place), on abandonne le dandinement traditionnel et normé des hanches et des épaules pour favoriser le bombage de torse assuré et fortifié.

Alors, un simple misogyne aseptisé par les préceptes archétypaux véhiculés par un environnement social où le clivage homme/femme serait un obstacle sans franchissement possible ? Si l’on ne regarde pas plus loin que le bout de la moustache de l’homme Rebotini, on pourrait avoir tendance à le penser. Jusque dans la confidence supposée des interviews, l’auteur joue en effet également de ce côté proprement masculin sur lequel il semble définitivement baser une bonne partie de sa communication artistique. En début d’année 2013 notamment, dans le cadre de journées de promotion organisées pour la sortie de l’excellente EP The Girl From the Bayou, on le voyait ainsi donner rendez-vous à son interlocuteur dans un restaurant pour y déguster un épais steak de viande rougeoyante (pour le Bonbon), affirmer son côté cow-boy triste en rappelant son aspiration pour la bouteille de whisky (pour Brain) ou constater son attrait pour le virulent personnage d’Harry Callahan dans L’Inspecteur Harry (dans le Next de Libération). Rustique, on en parlait.

Chevalier au grand cœur des platines ou véritable macho en puissance dépassé par son personnage aux chromosomes Y poussés au maximum ? Impossible ici d’apporter une réponse sans rentrer dans la vaine psychologie fallacieuse et arrogante de bistrot. Retenons plutôt, humecté dans le son des guitares et des boucles électro, la formidable et intelligente construction communicante d’un artiste qui aura su donner à son image physique la même impression de force et d’élégance que les contours globaux de sa musique viscéralement virile. « I spell M-A-N  ! »

Visuel © : capture d’écran de « Frontières » d’Arnaud Rebotini

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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